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Rand Paul, le sénateur républicain en guerre contre l’espionnage américain

Le républicain Rand Paul n’a que deux ans et demi d’expérience au Sénat américain, mais il y est devenu le visage de la contestation des programmes de surveillance américains, recommandant même aux Européens de se méfier quand ils décrochent leur téléphone.

“Si vous êtes une entreprise européenne et que vous appelez une entreprise américaine pour parler d’une fusion, vous devez comprendre que vous êtes peut-être sur écoute”, dit-il dans un entretien, dans le bâtiment historique en face du Capitole où il a son bureau. “Les gens sont en colère en Europe car ils n’ont aucune protection. En fait, il semble qu’on n’en ait rien à faire”, dit-il. “Sans règles, les relations entre nous et les autres pays vont se dégrader. Je pense que c’est pour cela que des pays accordent l’asile à Snowden”. Sur les 100 membres du Sénat, combien osent défendre Edward Snowden, l’auteur des fuites récentes sur les programmes de surveillance d’internet et des communications de l’Agence de sécurité nationale (NSA)? Quelques démocrates, quelques républicains, mais Rand Paul est le plus incisif.

En 2012, Edward Snowden a fait deux dons à la dernière campagne présidentielle du père de ce dernier, Ron Paul, héraut du mouvement libertaire (“libertarian”) aux États-Unis et deux fois candidat aux primaires du parti républicain. Ron Paul a déclaré que Snowden avait rendu un “grand service” au pays. Son fils Rand, 50 ans, cite comme lui continuellement la Constitution et accuse sans hésiter l’exécutif américain d’abus de pouvoir. “Dans notre pays, nous devons respecter la Constitution, dont le quatrième amendement explique que les citoyens ont le droit d’être garantis dans leurs personne, domicile, papiers et effets”. Mais même “les citoyens américains ne sont pas respectés”.

Renouveler les valeurs du parti républicain

Lecteur dès l’adolescence de penseurs ultra-libéraux comme Ayn Rand, Rand Paul n’est entré en politique qu’en 2010, au sommet de la vague du Tea Party, en se faisant élire au Sénat dans l’État rural du Kentucky, après une carrière d’ophtalmologue. Son credo: l’économie de marché; la réduction du pouvoir de l’État fédéral, en se débarrassant d’agences fédérales comme celle de l’Environnement dont les règlementations freinent à ses yeux la croissance ; et la défense des libertés individuelles. “Ce sont des idées libertaires républicaines – la protection de la vie privée, le fait qu’internet doive être protégé, que nos données d’appels téléphoniques doivent être protégées. Ce sont des idées qui intéressent beaucoup de jeunes”, souligne-t-il.

Il se différencie ainsi de l’un de ses probables rivaux aux primaires républicaines pour la course à la Maison Blanche, en 2016: le sénateur Marco Rubio, 43 ans, lui aussi issu du Tea Party mais qui défend la NSA et est favorable à l’envoi d’armes aux rebelles syriens, une éventualité à laquelle est fermement opposé Rand Paul. Les deux se sont aussi opposés sur la réforme de l’immigration, pour laquelle Rubio a voté jeudi. Sans rien confier de ses intentions pour 2016 -officiellement, il ne se décidera qu’après les législatives de novembre 2014 -, Rand Paul décrit déjà son ambition de renouveler les valeurs du parti républicain.

“Une politique étrangère moins agressive, croire aux libertés civiles, estimer qu’aucun Américain ne devrait pouvoir être détenu indéfiniment sans procès: ce sont des sujets qui élargissent le parti républicain et nous aideront”, assure-t-il. “Franchement, si un républicain de tendance libertaire faisait face à une démocrate va-t-en-guerre comme Hillary Clinton, qui n’a pas l’air très intéressée par la protection de la vie privée et veut qu’on s’engage dans la prochaine guerre en Syrie, on aurait une élection d’un genre jamais vu. Les gens vont tout d’un coup se mettre à penser qu’ils peuvent voter pour le parti républicain”.

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