Subscribe

Renault : le faux scandale d’espionnage provoque la chute du numéro 2

Renault espère tirer un trait sur le faux scandale d’espionnage qui l’ébranle depuis janvier avec la démission lundi de son numéro deux Patrick Pélata, le débarquement de six autres responsables et l’indemnisation des trois cadres licenciés à tort dans ce fiasco.

Le bras droit du PDG Carlos Ghosn, M. Pélata “a demandé à être relevé de ses fonctions” de directeur général délégué et “cette demande a été acceptée”, a annoncé le constructeur automobile après un conseil d’administration extraordinaire. Son départ n’est toutefois pas immédiat et une fois qu’un successeur lui sera trouvé, il se verra proposer “d’autres fonctions au sein du groupe constitué par l’Alliance Renault-Nissan”.

Le service de sécurité du constructeur, à l’origine de l’enquête interne ayant abouti au licenciement abusif des trois cadres, a été décapité, avec le départ de son directeur Rémi Pagnie, Dominique Gevrey et Marc Tixador. M. Ghosn a chargé le criminologue Alain Bauer et un ancien haut responsable du contre-espionnage français, Alain Juillet, d’une mission visant à une “refonte” de l’ensemble du service, jugée “prioritaire” par l’audit remis lundi aux administrateurs.

Trois cadres dirigeants de Renault sont par ailleurs relevés de leur fonction, là aussi dans le cadre d’une refonte du management de l’entreprise. Il s’agit du directeur des cadres dirigeants, Jean-Yves Coudriou, du directeur juridique, Christian Husson, et de la secrétaire générale, Laurence Dors. Ces deux derniers seront remplacés par Mouna Sepehri.

Le constructeur est également parvenu à un accord pour indemniser les trois cadres licenciés à tort, Michel Balthazard, Matthieu Tenenbaum et Bertrand Rochette, ainsi qu’avec Philippe Clogenson, licencié en 2009 dans des circonstances similaires et qui va réintégrer Renault. M. Tenenbaum devrait lui aussi reprendre sa carrière au sein du groupe, a indiqué une source proche du dossier à l’AFP.

Une page douloureuse

Le montant total des indemnisations se monte entre 5 et 10 millions d’euros, selon cette source. Cette somme devrait être couverte grâce aux bonus et stock options auxquels les dirigeants impliqués dans le fiasco ont renoncé, selon cette source, conformément à un engagement pris en mars par Carlos Ghosn. “Ce conseil d’administration extraordinaire tourne une page douloureuse de l’histoire de Renault”, dont “tous les salariés du groupe ont souffert”, a déclaré M. Ghosn, cité dans le communiqué.

Le PDG de Renault avait reconnu le 14 mars que le groupe avait accusé à tort le trio Balthazard-Rochette-Tenenbaum d’avoir monnayé des informations sur le programme phare des véhicules électriques. Il avait à l’époque refusé à l’époque la démission de Patrick Pélata et avait lancé un audit chargé de tirer les choses au clair, dont les conclusions accablantes ont été présentées lundi.

L’Etat, actionnaire principal de Renault avec 15% et qui avait réclamé des têtes, a pris “acte des décisions du conseil d’administration”. La ministre de l’Economie, Christine Lagarde, et celui de l’Industrie, Eric Besson, “ont prévu de faire avec Carlos Ghosn dans les prochains mois le point sur la stratégie industrielle de nature à renforcer l’alliance Renault Nissan”, ont-ils fait savoir dans un communiqué.

Parmi les syndicats, la CFE-CGC se félicite que “toutes les conséquences des erreurs commises” aient été tirées et que les cadres aient été indemnisés et que deux d’entre eux souhaitent réintégrer l’entreprise. Quant à la CGT, elle estime que “rien n’est encore réglé sur le fond” et elle s’étonne que M. Ghosn soit “écarté de toute responsabilité”.

Dysfonctionnements

Un service de sécurité qui agit en solitaire, un conseil d’administration délibérément tenu à l’écart, plusieurs milliers d’euros versés sans aucun contrôle: les conclusions du rapport d’audit sur la fausse affaire d’espionnage chez Renault sont accablantes pour le groupe. Cet audit avait été lancé le 14 mars par le PDG de Renault, Carlos Ghosn, une fois avéré que l’affaire avait été montée de toutes pièces et que le constructeur avait licencié à tort et sans preuves trois cadres injustement accusés d’avoir monnayé des secrets sur ses programmes de voiture électrique.

Révélées lundi par Renault, les conclusions de cet audit, réalisé par un comité ad hoc interne au groupe et par un cabinet de conseil externe, BearingPoint, relèvent toute une série de “dysfonctionnements”.

La direction de protection du groupe, dont les trois membres vont être mis à la porte, “s’est autosaisie et son directeur n’a pas maîtrisé le déroulement de l’enquête”, souligne le rapport, dont le verdict sans appel a été publié en annexe du communiqué de presse diffusé lundi par le constructeur.

“Les écrits très succincts traduisant le résultat de l’enquête n’ont pas été soumis à un examen critique réel, ni de leur contenu ni de leur source, par les principales personnes responsables des décisions de mise à pied puis de licenciements” des cadres victimes de l’affaire, accuse le document.

Les décisions prises l’ont été par “quelques personnes de façon informelle”, sans que les services compétents (juridique ou direction des ressources humaines) en soient forcément informés. “Le versement de plus de 200 000 euros à des sociétés mal connues et pour des prestations non précisées a été possible” sans réel contrôle, relève encore ce rapport.

Dans les semaines qui avaient suivi début janvier l’éclatement de l’affaire, le numéro deux de Renault, Patrick Pélata, puis Carlos Ghosn lui-même avaient avaient assuré que le constructeur français était victime d’une vaste affaire d’espionnage industriel, dont ils affirmaient disposer des preuves.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related