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Rencontre: Jean Wiart, métallier d’exception

Les 12 et 13 avril, les services culturels de l’ambassade de France à New York accueillaient une dizaine de maîtres artisans. Une initiative de la French Heritage society, pour mettre en valeur le savoir faire français incarné par des artisans installés depuis plusieurs années aux Etats-Unis. Rencontre avec Jean Wiart le plus fin métallier de l’artisanat français.

A l’image des immigrants européens qui découvraient le Nouveau Monde avec la Statue de la Liberté, Jean Wiart a entamé son histoire d’amour avec les Etats-Unis grâce à ce symbole absolu. On est en 1984, lorsque les Métalliers Champenois, entreprise reconnue dans la métallerie de luxe, remporte le marché de rénovation du monument. Jean Wiart n’est alors qu’un simple employé, mais il est nommé co-chef de projet d’une équipe de 10 personnes. Cela deviendra « le projet de sa vie ». Avec sa femme, Monique, et ses deux petites filles, il fait le grand saut.
Direction Brooklyn et une grande maison pour contenir tout le petit monde. La cuisinière est jamaïcaine et prépare les gamelles tous les midis du lundi au samedi soir. La moyenne d’âge de la troupe s’élève à 24 ans, et tous les matins, c’est en navette qu’ils se rendent dans leurs ateliers sur l’île de la statue. Lorsque Jean se remémore ces moments, c’est avec un relâchement sincère : « Nous étions tous soudés, il n’y avait aucune concurrence. Ça a été 12 à 14 mois d’état de grâce, un grand succès ! »

Si l’enfant de Cambrai reconnait avoir eu le ventre serré par ses nouvelles responsabilités, il se défend d’avoir eu peur. « C’est comme l’alpinisme, on ne peut pas commencer si l’on a peur. Je me souviens d’une montée d’adrénaline énorme devant un tel défi. »Le projet consiste à refaire toute la partie supérieure de la torche, flamme comprise. Le travail est méticuleux et difficile, mais le groupe de français se montre serein. Et même lorsque le FBI enquête sur des vols d’ornements dans les ateliers, Jean Wiart n’hésite pas à se porter garant de son équipe. Le 4 juillet 1986, pour son centenaire, la Statue de la Liberté éclaire de nouveau après plus d’un an de travaux. Ronald Reegan et François Mitterrand, présidents des Etats-Unis et de la France, se sont déplacés pour l’évènement. Une grande cérémonie, un feu d’artifice mais surtout un groupe d’artisan fier de son travail. Pour sa part, Jean Wiart sera élevé au rang de chevalier de l’Ordre du Mérite pour cette tâche dument accomplie.

« J’avais 32 ans, je ne pouvais pas refuser l’aventure »

Ressortir d’une telle expérience humaine et professionnelle peut parfois s’avérer compliqué. Une proposition qui ne se refuse pas va faire s’envoler les derniers doutes de notre ferronnier. « On m’a proposé de rester à la tête de l’atelier américain de l’entreprise. J’ai dit oui sans réfléchir. J’avais 32 ans, je ne pouvais pas refuser l’aventure ». Toute la petite famille emménage alors dans le New Jersey. Une nouvelle vie commence, et même si les projets pour les ateliers sont au rendez-vous, Jean et Monique ont du mal a réellement s’installer. « On voulait pas acheter, pour pas s’enraciner. On pensait au retour, une certaine nostalgie. » Mais en 1991, pour la naissance de leur quatrième fille, le couperet tombe, et Madame tranche. Les Wiart resteront aux Etats-Unis et donneront à leurs enfants une double éducation ! Le visage fier et pétillant, Jean affirme : « qu’il s’agit là de sa plus grande satisfaction. Mes filles avaient le meilleur des deux pays ».

Aujourd’hui, les ateliers des Métalliers Champenois se trouvent à Patterson, dans le New Jersey. L’entreprise emploie 19 employés, travaille sur une vingtaine de projets par an, et réalise 5 millions de chiffre d’affaires annuel. Les escaliers, les garde-corps et les portes représentent la majeure partie du travail effectué. Entièrement réalisées à la main, ces pièces se vendent entre 120 000 et 180 000 euros. Les ouvriers que vous croiserez dans cet atelier sont des artistes qui manient le marteau, le pinceau ou la presse avec une dextérité certaine. Aujourd’hui, Jean, 56 ans, cherche à transmettre le flambeau à ses jeunes collaborateurs. « Cet atelier doit me survivre. C’est mon devoir, mon défi. C’est une entreprise en pleine santé ! » Derrière les carreaux de ses lunettes, l’artisan caresse déjà son désir secret : relancer l’atelier de son père, construit dans la grange familiale en 1925. « Certains veulent une Bentley, ou un tour du monde, moi c’est ça ! ». D’ici là, Jean Wiart bichonnera et apprêtera les demeures des américains très fortunés, amateurs du « savoir-faire à la française ».

 

Liste et contact des artisans présents lors de l’événement 

Thomas Abad 201 710 51 00
frenchpolish@optimum.net

Christophe Augerson 845-677-5231
chris@augersonartconservation.com

Gabriel Ravet 614212016
Gabriel.Ravet@club-internet.fr

Penn and Fletcher (Ernie Smith) 212-239-6868
pennandfletcher@aol.com

Saul de Jesus 917-698-6832
dejesussaul@yahoo.fr

Eric Chapeau 201-653-2860 Office, 201-310-1306 Cell
eric@chapeaudesign.com

Gregory Muller 718-599-6220
gregorymuller@verizon.net

Jean Wiart 973-279-3573
jean@l-m-c.com

Baptiste Gohard 973-523-6100
contact@gohard-gilding.com

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