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Rencontres entre musiciens français et amérindiens à La Nouvelle-Orléans

Pour un musicien, se rendre à la Nouvelle-Orléans “c’est comme aller à La Mecque pour un musulman”. Et quand des musiciens français et amérindiens s’y rencontrent, ils ressuscitent une vieille langue utilisée à l’époque des trappeurs.

Pour Emmanuel de Gouvello, compositeur et bassiste du groupe français Mezcal Jazz Unit, originaire de Montpellier, “New Orleans” était un passage obligé. Avec ses acolytes, il s’est donc envolé il y a un an en Louisiane pour son tout premier – et trop “bref” à son goût – pèlerinage en ces terres musicales, françaises de 1718 à 1803.

Un voyage productif, car un attaché du consulat général de France sur place, bien au courant de l’intérêt de ces artistes pour les musiciens indigènes, leur a présenté Grayhawk Perkins. Cette institution de la scène musicale de Louisiane, fier représentant des tribus indiennes Choctaw et Houma, parcourt avec son groupe depuis des années les routes du Sud des Etats-Unis, faisant raisonner sa voix et ses percussions porteuses des traditions de ses ancêtres autochtones.

Les musiciens de Mezcal Jazz Unit avaient déjà collaboré avec des populations indigènes à travers le monde, du Nigeria au Vietnam. Avec à chaque fois pour objectif de comprendre la culture de ces populations, puis d’y ajouter leur propre “couleur” afin de préserver et compléter la musique traditionnelle, explique Emmanuel de Gouvello. “Nous voulons créer quelque chose qui n’est pas commun, qui ne consiste pas simplement à insérer une batterie ou de l’électronique”, indique-t-il. “Nous devons respecter la tradition, mais faire aussi quelque chose de tout à fait nouveau par-dessus”.

Treize lunes

De son côté, Perkins mélangeait déjà, au sein de son groupe Grayhawk Band, des chants indigènes avec de la musique moderne – essentiellement du blues et du funk – mais il souhaitait ajouter à son répertoire une touche d’influence française. Nouvelle-Orléans oblige. “C’était très intriguant pour moi de le voir de Gouvello débarquer et dire – Salut, je voudrais prendre ce son traditionnel et voir ce que je peux en faire”, raconte-t-il.

La collaboration transatlantique entre Grayhawk Perkins et trois des musiciens de Mezcal a porté ses fruits grâce à internet. Perkins envoyait par fichiers audio des chants a cappella en mobilian – langue véhiculaire qui facilitait autrefois le commerce entre tribus indiennes mais également avec les colons européens – à Gouvello, qui les réceptionnait et s’attachait à créer la partie instrumentale. L’ensemble a pris le nom de “Thirteen Moons” (“Treize Lunes”) en référence au calendrier des tribus amérindiennes. Le nouveau groupe a ainsi composé 13 chansons qui sont autant de contes pour chaque lune.

L’une d’elles, “Chestnut Moon”, relate l’histoire des musiciens noirs et autochtones de la Place Congo, où esclaves et hommes libres se réunissaient dans la Nouvelle-Orléans d’avant la guerre de Sécession pour inventer de nouveaux morceaux. Le groupe a entamé une tournée en juin dans tout le sud-est de la Louisiane et un album est en discussion. “Mon objectif, plus si secret que ça, serait d’emmener Grayhawk en France”, confie Elizabeth Riley, qui gère le groupe.

En bon natif de la Nouvelle-Orléans, où les musiques d’Afrique, des Caraïbes, d’Amérique et d’Europe se sont de tout temps mélangées, Perkins dit apprécier l’ouverture et la variété de Mezcal. Mais sa plus belle surprise a été cette possibilité de faire revivre le mobilian, vecteur de communication et dans le même temps d’unification des cultures. “Nous nous retrouvons à faire exactement ce que nos ancêtres faisaient il y a 300 ans. C’est vraiment génial, c’est un moment historique”.

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