Subscribe

Renoir, une palette de couleurs

Avec Renoir, le réalisateur français Gilles Bourdos signe un épisode biographique lumineux et passionné. Le film, en salles américaines à partir du 29 mars, devrait trouver son public aux Etats-Unis, où le nom et l’œuvre du maître sont appréciés. On y va pour la performance de Michel Bouquet, pour la musique d’Alexandre Desplat et surtout, pour la beauté des images de Mark Ping Bing Lee, le technicien génial de Wong Kar-Wai pour In the Mood for Love.

Nous sommes en 1915. Tandis que dans les tranchées la guerre fait rage, Auguste Renoir (Michel Bouquet), dévoré par la polyarthrite, achève son existence dans sa propriété des Collettes, sur la Côte d’Azur. Il vient de perdre sa femme, et son fils Jean (Vincent Rottiers) revient blessé du front. Pire, il souhaite y retourner sitôt guéri, au grand dam de son père. La mort rôde autour du peintre. Pour la tromper, il se réfugie dans son atelier posé au milieu des oliviers. Là, il parfait son art, le pinceau attaché à sa main raidie par des bandelettes de tissu. Dans sa maison atelier, le temps s’écoule lentement, entre ses toiles le jour et crises de rhumatisme la nuit.

L’arrivée d’Andrée (Christa Théret), une jeune modèle à la beauté et au tempérament incendiaires, va ébranler le quotidien de la maison. Cette rousse électrique est comme une source de jouvence pour le vieil artiste. A son contact, il retrouve un regain d’énergie et de créativité. Le corps d’Andrée devient l’objet même de sa peinture, et la jeune modèle devient sa muse. Sa beauté et sa force de caractère ne laissent pas non plus Jean indifférent. Le jeune fils du peintre, qui n’a encore aucune idée de sa future carrière de cinéaste, et son modèle entament une liaison amoureuse, sous le regard un peu jaloux du père. Dans la vraie vie, Jean épousera Andrée en 1920. C’est sous ses injonctions qu’il se lancera dans le cinéma. Andrée sera même la vedette, sous le nom de Catherine Hessling, de son premier long métrage La Fille de l’eau (1924), puis jouera la courtisane dans Nana (1926) d’après le roman de Zola. Le couple finira par se séparer quelques années plus tard et Andrée terminera ses jours dans l’anonymat, tandis que Jean deviendra l’immense réalisateur que l’on connaît.

La caméra pinceau

L’un des intérêts du film réside dans son aspect documentaire. “Tous les personnages du film sont historiques”, précise Gilles Bourdos. Pour coller à la véracité biographique, Gilles Bourdos a fait appel à Sylvie Patry, conservatrice au musée d’Orsay et spécialiste de la peinture impressionniste et post-impressionniste. L’historien de l’art Augustin de Butler, auteur d’un livre sur les Ecrits et entretiens du peintre, réunissant tous les textes, lettres, paroles rapportées et propos de table de Renoir a créé les dialogues. La reconstitution minutieuse des costumes et de la maison des Renoir à Cagnes-sur-Mer achève de plonger le spectateur dans l’intimité du clan Renoir.

Faute de pouvoir tourner dans la propriété originelle, le réalisateur a déplacé le décor dans le Rayol (Var), une enclave méditerranéenne où il a fait planter des oliviers plusieurs fois centenaires. La beauté des paysages du Sud baignés de soleil, cette lumière chaude et douce confère au film une atmosphère chaleureuse. “Cette couleur et cette joie de vivre sont omniprésentes en Méditerranée. Le rouge, le bleu, l’ocre, la terre, le vert. Renoir la célèbre, c’est un film de coloriste”, explique le cinéaste niçois, heureux d’avoir pu tourner sur sa terre natale.

A la recherche du temps perdu

Mieux, le film restitue l’expressivité des tableaux du peintre. “Le but n’était pas de recopier ou d’imiter les tableaux de Renoir mais de s’imbiber des impressions que les tableaux de Renoir offrent.” L’utilisation partielle du flou à l’écran renvoie aux toiles impressionnistes du peintre. “A cette période de sa vie, Renoir n’est déjà plus impressionniste. Il est plus proche de ce que fera le jeune Picasso ou Bonnard ou Matisse que de Manet et du Déjeuner sur l’herbe. La peinture impressionniste témoignait de son époque. Or les dernières toiles de Renoir ne témoignent plus d’aucune époque. Il s’est débarrassé complètement des costumes, ce ne sont plus que des corps féminins qui flottent dans une nature intemporelle et idyllique”, rappelle le réalisateur.

Cette ambiance joyeuse, on la doit aussi aux femmes qui entourent Renoir à la fin de sa vie, domestiques, couturières, nourrices et modèles. Toutes ces femmes, constamment affairées autour d’un Michel Bouquet magistral et décidé à peindre jusqu’à son dernier souffle, donnent un coup de frais à l’ensemble. “Je me suis aperçu que sa peinture était une réponse à la négativité du monde, explique Gilles Bourdos. Cet acte de peindre est en fait une manière de résister. C’est le sens de ses paroles à son fils lorqu’il dit : ‘il y a suffisamment de choses terribles dans le monde pour que moi-même je n’en rajoute pas.’ Il y a toujours eu ce désir chez Auguste Renoir d’être dans une tradition de volupté, de plaisir, de sensualité. De refuser la noirceur, le mélodrame, même le témoignage du monde. Renoir est avant tout le peintre des enfants et des fleurs”.


Renoir, un film de Gilles Bourdos. Avec Michel Bouquet, Christa Théret, Vincent Rottiers… Durée : 1h51. En salles américaines à partir du 29 mars.

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related