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Renouveau figuratif

Le Grand Palais à Paris héberge une grande exposition sur un mouvement qui a marqué l’art français des années 60 et 70. Juste au moment du quarantième anniveraire de mai 68.

L’exposition "Figuration narrative. Paris, 1960-1972" qui se déroule du 16 avril au 13 juillet, fait suite à celle présentée en 2007 sur le Nouveau Réalisme et regroupe plus d’une centaine de peintures, objets et films, explorant les sources du renouveau figuratif. Ce mouvement, qui fut animé par des artistes d’origines diverses tels que Adami, Fromanger, Klasen, Monory, Rancillac, Stampfli ou Télémaque, s’attacha à faire à nouveau de l’art un outil de transformation sociale, dénonçant les aliénations de la vie contemporaine. "Il a été occulté dans les années 70-80, écrasé entre le Pop Art et le Nouveau Réalisme, alors qu’il était très important et avant-gardiste. L’objectif aujourd’hui est de lui redonner sa place", explique Bénédicte Ajac, commissaire de l’exposition. Le point de départ du mouvement, fut l’exposition "Mythologies quotidiennes" organisée en juillet 1964 au Musée d’art moderne de la Ville de Paris par le critique d’art Gérald Gassiot-Talabot et les peintres Bernard Rancillac et Hervé Télémaque. Alors que le Pop Art triomphe à la Biennale de Venise, les 34 artistes qui exposent à Paris (dont Arroyo, Bertholo, Bertini, Fahlström, Klasen, Monory, Saul, Vosso), placent la société contemporaine au coeur de leurs oeuvres.

Dans les deux premières salles, l’exposition présente les prémices du mouvement à la fin des années 50 avec dix œuvres qui furent exposées dans "Mythologies quotidiennes". Ces oeuvres montrent comment les artistes ont voulu s’émanciper de l’école de Paris et se sont nourris de ce que la civilisation de consommation leur apportait. Le travail de Rancillac sur la matière, qui part de la peinture classique d’après-guerre pour s’en éloigner, illustre notamment cette évolution. L’exposition se décline ensuite en thèmes qui inspirèrent les artistes du mouvement. Pour de nombreux peintres de la figuration narrative, la bande dessinée fut une formidable source d’images, tantôt subversives ou grand public. La série d’oeuvres de Rancillac sur Walt Disney qui marque une rupture dans le style de l’artiste, avec une peinture beaucoup plus sèche, à l’impact plus fort en est un exemple. La peinture des maîtres tels que Matisse, Picasso ou Rembrandt fut également pour ces artistes, un vaste champ d’expériences.

Les chefs-d’oeuvre furent détournés par juxtapositions, distorsions formelles ou ajouts, les faisant sortir de leur esthétisme et de leur neutralité culturelle. L’oeuvre collective Vivre et laisser mourir ou la fin tragique de Marcel Duchamp, de Gilles Aillaud, Eduardo Arroyo et Antonio Recalcati – suite de huit tableaux représentant l’assassinat fictif de Marcel Duchamp par ces mêmes artistes, qui fit scandale en 1965 – est présentée dans la quatrième partie de l’exposition. Viennent ensuite des oeuvres qui puisent leur inspiration dans les films noirs et les romans policiers, comme les Meurtres de Jacques Monory.

La dernière pièce de l’exposition, s’attache à montrer l’importance du contexte politique des années 60 – guerre du Vietnam, conflit israélo-arabe, mort de Che Guevara – pour les peintres de la figuration narrative, et même l’engagement militant de certains d’entre eux, avec des oeuvres telles que le vynilique sur toile et miroir À verser au dossier de l’affaire (l’affaire Ben Barka) de Rancillac, ou les animaux enfermés dans des cages dans les tableaux d’Aillaud, comme L’Orang-outang de la Havane. Hasard du calendrier selon Bénédicte Ajac, l’exposition tombe au moment de l’anniversaire de mai 68.

 

« Figuration narrative Paris, 1960-1972 »
Du 16 avril au 13 juillet 2008
3, av. du général Eisenhower
75008 Paris
Tél. : 00 33 1 44 13 17 17
www.rmn.fr

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