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Retour dans les Sixties avec le nouveau réalisme de Martial Raysse à New York

Jusqu’au 13 juillet, la galerie Luxembourg & Dayan à New York propose une rétrospective surprenante de la carrière de Martial Raysse, nouveau réaliste dont les œuvres remontent au début des années 1960.

Méconnu du grand public, Martial Raysse, 77 ans, est pourtant l’un des fondateurs du groupe des Nouveaux Réalistes en 1960 et précurseur de bien des mouvements artistiques que l’on observe encore aujourd’hui. Si la paternité de ces techniques est difficile à vérifier, il a largement introduit les figures féminines aujourd’hui dites à la Warhol ou l’utilisation de néons dans les toiles par exemple. La galerie Luxembourg & Dayan à Manhattan propose en ce moment une rétrospective de ses œuvres surprenantes, de 1960 à 1974 – la première exposition solo qui lui soit consacrée dans la Grosse Pomme depuis 1970.

C’est une petite galerie privée au bord de Central Park, dans une résidence classée parmi les plus étroites de Manhattan et conçue par le célèbre architecte Stanford White. Au rez-de-chaussée, dès l’entrée, deux vidéos sont projetées au mur. “Ces films contextualisent les toiles”, explique la commissaire de l’exposition Alison Gingeras, qui tenait à commencer par ces éléments. “Ils contiennent beaucoup de références aux événements politiques des années 60, à la libération sexuelle.” Au-delà de l’univers délirant de l’artiste, les courts-métrages sont effectivement révélateurs d’une époque. La composition A propos de New York (1965) représente Martial Raysse avec son ami Jean Tingaly alors qu’ils cohabitaient à Chelsea avec aussi Niki de Saint Phalle et Armand. Une belle entrée en matière.

Réappropriation de l’histoire de l’art

En effet, après avoir fondé l’école de Nice dans le Sud de la France, il s’installe à New York en 1963, puis à Los Angeles. Il ne rentrera en France qu’en 1968, quand il prend connaissance des événements de mai qui agitent Paris. Il y prendra d’ailleurs part en confectionnant des affiches à l’atelier populaire des Beaux-Arts. Dès le début de ses travaux ,il était dans la remise en question du monde qui l’entoure. La colonne est faite de multiples capsules de plastique transparent recellant des babioles trouvées au Prix Unique, “véritable musée d’art contemporain pour lui”, s’amuse Alison Gingeras.

Dans sa série Made in Japan, il détourne des toiles classiques comme l’Odalisque d’Ingres pour y intégrer motifs et couleurs, collages et dessins à la Matisse. Il se réapproprie ainsi l’histoire de l’art, s’amuse avec les débuts de la photocopieuse, casse le coin de ses toiles, introduit la technique du flocage, joue à partir des reliefs… Puis dans les années 1970 il réalise la série Coco Mato. Soit de multiples sculptures, pour la plupart installées dans des boîtes en bois, qui représentent en majorité une forêt de champignons. Certaines de ces boîtes n’avaient pas été ouvertes depuis des décennies et c’est la première fois qu’elles sont montrées aux Etats-Unis. “C’est un monde fantastique, évocateur de substances hallucinogènes, très poétique”, commente la commissaire américaine. En vis-à-vis avec un clip montrant l’artiste en train de chanter dans un cercle de hippies aux allures de chamanes tribaux, cette fin de parcours atteste des évolutions dans la vie de Raysse comme dans le monde post 1968.

“C’était une période pour lui de radicalisation, d’expérimentation avec les drogues, de vie en communauté…”, précise Alison Gingeras, qui connaît l’artiste et l’a fait venir au vernissage de l’exposition alors qu’il n’était pas venu aux Etats-Unis depuis 30 ans. “Cet homme a complètement changé de vie. On a voulu initier les Américains à son travail, puisque pour beaucoup ici sa bande de Nouveaux Réalistes est à l’origine du pop art.”

Martial Raysse, 1960-1974 : galerie Luxembourg & Dayan, 64 East 77th Street, New York. Du mardi au samedi de 10h à 17h. 212-452-4646.

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