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Retour sur l’affaire Polanski avec Marina Zenovich, réalisatrice du film Polanski: wanted and desired

Roman Polanski ne s’est pas présenté le 7 mai dernier devant le juge de Los Angeles. Le magistrat  a ainsi rejeté la requête du cinéaste qui demandait que les poursuites le visant depuis 30 ans pour avoir eu des relations sexuelles avec une mineure de 13 ans, soient abandonnées. La demande d’abandon des charges avait été déposée en décembre dernier par les avocats de Roman Polanski, sur la base d’élements recueillis dans le cadre du documentaire Polanski: Wanted and desired, de Marina Zenovich. Cette dernière a répondu aux questions de France-Amérique.

Pour les autorités américaines, Roman Polanski est « en fuite » depuis plus de trente ans. Le réalisateur français d’origine polonaise avait plaidé coupable de « relations sexuelles illégales » en 1977 après avoir été arrêté à Los Angeles à la suite de la plainte des parents d’une adolescente de 13 ans, Samatha Geimer. Incarcéré pour une « évaluation » de 3 mois , M. Polanski avait passé 47 jours en prison. Fin janvier 1978, au lendemain d’une réunion entre ses avocats et un juge, au cours de laquelle le magistrat avait laissé entendre qu’il allait renvoyer le cinéaste sous les verrous, Roman Polanski avait pris un avion pour l’Europe.

Les avocats du réalisateur de Rosemary’s baby ont déposé en décembre dernier une demande pour obtenir l’abandon des poursuites contre leur client. Le juge Peter Espinoza de la Cour supérieure de Los Angleles avait suspendu sa décision jusqu’au 7 mai, afin de donner au cinéaste la possibilité de se présenter en personne devant la Cour. Alors que les avocats du réalisateur ont annoncé lundi 4 mai que celui-ci ne le ferait pas, le juge a rejété la demande, estimant que le cinéaste ne pourrait pas obtenir gain de cause tant qu’il restait « en fuite ».

À l’origine de la demande d’abandon des poursuites par les avocats, un film de Marina Zenovich, Polanski: wanted and desired, dénonce les pratiques du Parquet lorsque l’affaire avait éclaté en 1977. La réalisatrice revient sur l’affaire pour France-Amérique.

Comment avez-vous commencé à vous intéresser à l’affaire Polanski ?

J’ai lu en 2003 un article du Los Angeles Times, qui notait que si Roman Polanski gagnait l’oscar du meilleur film pour le Pianiste, il ne pourrait pas venir le chercher, car il courrait le risque de se faire mettre en prison. Cela m’a intrigué. Mais je me suis réellement décidée à faire ce film après avoir entendu l’avocat de la victime, Samantha Geimer, sur le plateau du  Larry King Show. Il a affirmé que le jour où Roman Polanski avait dû s’enfuir à l’étranger avait été un triste jour pour le système judiciaire américain. Ce propos n’avait alors pas de sens pour moi… J’ai voulu comprendre.

Comment avez-vous débuté l’enquête ?

La première personne que j’ai appelée était Richard Brenneman, un journaliste qui avait couvert l’histoire pour le Santa Monica Evening Outlook. Lorsque je l’ai appelé pour lui dire que je voulais faire un film sur le procès, il s’est mis à rire et m’a dit : « Je savais bien qu’un jour ou l’autre je finirai par recevoir ce coup de fil. » J’ai su que j’avais mis le doigt sur quelque chose d’important.

Comment vos sentiments sur l’affaire ont-ils évolué au fur et à mesure que vous avanciez dans l’enquête ?

J’ai essayé autant que possible de m’en tenir aux faits, mais lorsque le film est sorti et que l’on m’a accusée d’avoir été complaisante avec Polanski, je me suis mise à le défendre de plus belle, au moins en privé. La vraie question, c’est  de savoir combien de temps une personne doit payer pour un crime. Plus j’avançais dans mes recherches, plus je me rendais compte que Polanski avait été injustement traité par le juge (ndlr, Laurence Rittenband, mort en 1993) en charge du procès et par l’assistant du procureur de l’époque, (ndlr, David Wells), qui soufflait au juge quoi faire.

Vous ne pensez donc pas que Roman Polanski ait bénéficié d’une procédure judiciaire régulière ?

Je dirais que ses droits individuels n’ont pas été respectés. Il est évidemment responsable de s’être mis dans cette situation, mais ça ne l’empêche pas d’avoir des droits.

Qu’avez-vous pensé de la tentative des avocats de Roman Polanski de renverser la décision de la Cour, en décembre dernier, sur la base d’éléments apportés par votre film ?

J’étais heureuse que le film puisse contribuer à montrer pourquoi Polanski n’avait pu faire autrement que fuir. L’un des assistants du procureur qui s’est occupé du cas, Roger Gunson, dit dans mon film : « Je ne suis pas surpris qu’il ait fuit dans ces circonstances. » Cela en dit long !

Vous qui vous êtes beaucoup entretenue avec la victime, Samatha Geimer, comment expliquez-vous sa clémence envers son agresseur et cette constante volonté de décharger Polanski ?

Il faudrait le lui demander. Sam est une femme forte, elle a su aller de l’avant. Je crois qu’elle voudrait définitivement tourner cette page de sa vie.

Vous avez également rencontré Roman Polanski. Comment gère-t-il l’affaire 30 ans après les faits ?

Je ne peux pas non plus parler pour lui. J’imagine qu’il veut aussi avoir cela derrière lui. On lui avait dit que le temps qu’il avait passé dans la prison de Chino serait suffisant à payer sa dette (ndlr, condamné à une « évaluation » de trois mois dans la prison de Chino, en Californie, Roman Polanski y avait passé 47 jours). Mais lorsqu’il est sorti, le juge a subitement changé d’avis. C’est alors qu’il a décidé de fuir.

Le dossier Polanski reste ouvert. Allez-vous continuer à travailler sur le sujet ?

Oui, je travaille justement sur un film, sûrement un court-métrage, qui raconte comment le film Polanski : wanted and desired a fait rouvrir le dossier. Je trouve fabuleux que ni le bureau du procureur ni la Cour supérieure de Los Angeles ne souhaitent savoir quelles sont les raisons qui ont poussé Polanski à s’enfuir. Ils disent que s’il veut revenir sur les charges qui pèsent contre lui, Polanski doit se livrer aux autorités américaines, alors que c’est justement leur acharnement qui l’a fait fuir. C’est le serpent qui se mord la queue !

Infos pratiques :

Polanski: wanted and desired de Marina Zenovich

Disponible en DVD et sur HBO on demand.

 

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