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Riad Sattouf, chroniqueur impitoyable de l’adolescence

Riad Sattouf a remporté, samedi 27 février 2010, le César du meilleur premier film pour Les Beaux Gosses. France-Amérique l’avait rencontré en novembre 2009 lors de son passage à San Francisco. À 31 ans, l’auteur-dessinateur de bandes dessinées le plus « acnéophile » de l’Hexagone a une plume acérée, et troque volontiers le fusain contre la caméra, sans rien perdre de son humour percutant.

Votre film Les beaux gosses a été sélectionné dans plusieurs festivals étrangers, qu’est-ce que ça

vous fait d’être reconnu internationalement ?

Non, je ne suis pas reconnu internationalement, il n’y a pas grand monde qui vient à ce festival. Le film n’a pas de distributeur aux États-Unis, par exemple. C’est juste une tentative de montrer des films français dans d’autres pays. C’est vachement bien de venir présenter son film à d’autres publics, à d’autres gens non francophones. Ça permet de voyager, j’adore.

Comment Les beaux gosses a-t-il été accueilli à San Francisco ?

Je crois que les gens ont bien aimé. Je n’ai pas eu d’animosité particulière. Les gens venaient me voir de manière très américaine en me disant : « WOW ! It’s amaaazing, you know. I looove your movie! ». Après, est-ce que c’est des faux-culs ou pas ? C’est très difficile de savoir. Mais les gens rigolaient dans la salle. Et ils ne sont pas tous partis au moment des questions.

Est-ce qu’il y a des réactions qui vous ont surpris ?

Oui ! Par exemple, l’autre soir (ndlr, lors de la soirée d’ouverture), il y a un mec qui m’a posé une question très obscure, me demandant pourquoi mon héros avait un problème avec son nom juif… un truc avec des juifs… Je ne suis pas sûr d’avoir compris sa question, vu que dans mon film, il n’est absolument pas question de juifs. C’était assez étonnant. On m’a aussi dit que mon film était très multi-ethnique alors qu’en France, certains ont trouvé que ça ne l’était pas assez. Ca ne dépeint pas un collège de banlieue, et donc c’est comme si on ne parlait pas du monde réel.

Est-ce que vous pensez que ça tient à l’approche américaine qui envisage beaucoup plus les choses en termes de communautés ?

Oui, peut-être. Peut-être que ça les surprend de voir plein de gens d’origines différentes qui vivent ensemble et qui font plein de trucs ensemble. Par exemple, c’est vrai qu’à San Francisco, dans la ville, il n’y a pas tellement de noirs, ils sont tous en banlieue. C’est assez étonnant. On était dans une école à Sausalito pour présenter le film et il n’y avait que des petits blancs.

Votre productrice Anne-Dominique Toussaint a eu l’initiative du film Les Beaux gosses après avoir lu votre bande dessinée Retour au collège. À la base, elle voulait simplement que vous écriviez le scénario, pourquoi avez-vous tenu à réaliser le film ? L’exercice vous attirait ou vous aviez peur qu’un autre réalisateur trahisse votre scénario ?

C’est vraiment parce que c’était une opportunité mortelle de pouvoir le faire. Je me suis dit : « Ça peut être un énorme navet ou ça peut être un film pas mal ». Donc je préfère que ce soit un navet et que ce soit moi qui l’ai fait plutôt que ce soit un autre mec et que je passe mon temps à dire : « Ça a mal été fait ». C’était vraiment l’expérience de pouvoir le faire, je trouvais que c’était un challenge marrant.

Vous avez d’autres projets de films ?

Oui, je suis en train d’en écrire un autre. Pas du tout sur les adolescents, cette fois. Ce sera une romance post-apocalyptique.

Pourquoi ne pas avoir fait un film d’animation ?

J’avais envie de travailler avec des comédiens. Ça me faisait fantasmer, en fait. Donner des ordres à des êtres humains pour qu’ils fassent des choses, je trouve ça génial.

Pourquoi l’adolescence est-elle un de vos thèmes de prédilection ?

Je ne sais jamais quoi répondre, parce que ce n’est pas intellectualisé. Je dirais que c’est une période de la vie qui me fait rire. Les personnes âgées en fin de vie, je trouve ça très triste, par exemple. Alors que les adolescents, je trouve ça très drôle. C’est le début de la vie, je trouve ça marrant de voir comment les gens apprennent à vivre avec les autres en faisant plein d’erreurs et qu’on leur pardonne.

Est-ce que c’est une période de la vie à laquelle vous vous identifiez plus spontanément ?

Non, parce que comme pour beaucoup de gens, l’adolescence n’a pas été la meilleure période de ma vie. Je ne pense pas être un ado attardé. Enfin, je n’ai pas l’impression.

Vous avez aussi signé une partie de la bande originale des Beaux gosses. Entre auteur de bandes dessinées, scénariste, réalisateur, compositeur… est-ce qu’il y a quelque chose que Riad Sattouf ne sait pas faire ? Vous avez encore beaucoup de talents cachés… champion du monde des cracheurs de feu ?

Je crache le feu, d’ailleurs. Si, si. Rires. En fait, là, je vais passer mon brevet de pilote de ligne, je vais passer ma qualification quand je vais rentrer à Paris.

Est-ce que l’envie d’écrire la musique a été déclenchée par ce projet de film ?

En fait, comme je me suis dit que je ne referai peut-être plus jamais de film, c’était l’occasion de faire un maximum de trucs sur celui-là. J’ai fait des bruitages. J’ai essayé de participer à tous les aspects du film. Je fais de la musique depuis longtemps, de la guitare, mais je suis limité. Mon copain Flairs, (ndlr, avec qui il a co-écrit la bande originale du film), c’est un vrai musicien. Il a fait des études de musique, il sait faire des harmonies pas possibles, il joue de plein d’instruments. Il y est pour énormément dans la musique, c’est lui qui a joué de tous les instruments. Moi, j’étais là à côté pour dire « enlève ceci, remets cela ».

Dans votre bande dessinée No sex in New York, vous portiez un regard critique sur les expatriés français, ce voyage à San Francisco a confirmé vos impressions ?

Non, les gens que j’ai rencontrés ici sont très sympas. C’est difficile de généraliser, mais les Français que j’ai rencontrés qui habitent ici ont l’air un peu moins obsédés par le fric que ceux qui habitent à New York. C’est vrai que je préfèrerais habiter à San Francisco qu’à New York. Il fait beau, la nature est belle. Mais je n’ai vu que quelques quartiers.

On dit souvent que vos œuvres sont autobiographiques… ça ne vous dérange pas d’être perçu comme un éternel loser adolescent ?

Non, pas du tout. Je n’ai aucune envie d’être vu autrement. Et puis, ce n’est pas tellement autobiographique, ce que je fais. C’est toujours modifié. J’aime bien me servir des expériences que j’ai pu avoir pour raconter des histoires, c’est en ça que c’est peut-être autobiographique. Mais même quand je prétends raconter ma vie, ce n’est jamais vraiment la réalité. Les histoires que je préfère en général, ce sont celles qui sont en prise avec le monde réel.

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