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Richard Galliano ravive l’accordéon

Ceux qui n’ont jamais entendu la musique de Richard Galliano, ou qui ne l’ont jamais vu sur scène avec son accordéon, ne connaissent pas réellement toutes les facettes du jazz. Il n’y a pas que le piano, le saxophone ou encore la basse. Ce grand homme redonne à son instrument toute sa gloire et son swing d’antan.

Pourquoi vos concerts sont si confidentiels aux États-Unis ?
Il y a peu de publicité faite autour d’eux. C’est pour cela que cette fois, j’ai demandé à ce qu’on informe au moins l’Ambassade de France et les associations d’accordéonistes. C’est vrai que ma musique est complètement différente de ce qui se fait aux États-Unis. Je ne joue pas le jazz de la même façon qu’eux puisque je joue de l’accordéon. Il faut amener quelque chose de différent. L’organisateur du festival Jazz JVC est venu me voir à la fin du concert et il m’a dit qu’il avait eu les larmes aux yeux. Cela lui a beaucoup plu.

Appréhendez-vous de jouer aux États-Unis ?
Aujourd’hui, mon rêve américain n’est pas éteint, mais du fait que j’ai un certain âge, jouer aux États-Unis ne m’impressionne plus du tout. Il faut relativiser car il y a des choses tellement plus impressionnantes et graves dans la vie. Donner un concert ici ou ailleurs, c’est la même chose. Je suis quand même toujours très heureux de rencontrer ce public américain à l’écoute et chaleureux.

Pourquoi ne pas être venu plus souvent aux États-Unis ?
Tout simplement parce que c’est très difficile. Je joue souvent avec des américains mais ils renvoient rarement l’ascenseur. Il faut dire que la situation des musiciens aux États-Unis est beaucoup plus difficile qu’en Europe puisqu’ils sont moins payés. Les quelques fois où j’ai joué aux États-Unis, j’ai toujours eu de bonnes réactions. J’ai presque 58 ans donc si un jour ma carrière décolle ici, je serai le plus heureux des hommes, mais dans le cas contraire, je n’en ferai pas une maladie. Je donne beaucoup de concerts, presque 200 par an. C’est même trop (rires).

Pourquoi avoir enregistré votre futur album à Los Angeles ?
Mon bassiste habite là-bas et nous avons eu la possibilité d’enregistrer dans le studio mythique de Capitol Records. J’avais aussi ce besoin d’être loin de mon pays et de mes repères, afin de me concentrer et d’être en immersion totale. Nous avons enregistré l’album en six jours. Je crois que ça pourrait être mon dernier disque car c’est le plus abouti. Il n’y a pas de référence au tango ou à la valse musette. Ce sont mes compositions, dont certaines sont presque des chansons instrumentales, et la qualité de son est magnifique.

“Certains morceaux ont été faits dans les années 70”

Vous avez intitulé votre album Love Day…
Cela sonne bien en français. La particularité de cet album, c’est qu’il représente une journée. Le début de l’album, c’est l’aurore et la fin, c’est le crépuscule. Tous les titres de mes chansons portent sur ce thème, du début à la fin du jour. On peut aussi penser à la vie, l’aurore représente la naissance et le crépuscule, la mort.

Vous vous êtes entouré de nouveaux musiciens…
Il y a Charlie Haden à la contrebasse qui habite Los Angeles, Mino Cinelu aux percutions et à la batterie qui habite New York et Gonzalo Rubalcaba au piano qui est cubain et qui habite Miami. Le style de musique de l’album est totalement différent de ce que j’ai pu faire avant, c’est beaucoup plus jazz. Il y a toujours l’accordéon, mais j’utilise aussi d’autres sons beaucoup plus soft. Je joue à la manière d’un saxophone ou d’une trompette.

Comment l’avez-vous composé ?
Dans ces compositions, il y en a de très récentes et d’autres très anciennes. Certains morceaux ont été fait dans les années 70 et je n’ai jamais eu l’occasion de les enregistrer. J’ai attendu le bon moment. J’ai envoyé les partitions à chaque musicien trois mois avant de nous retrouver à Los Angeles. Tous les arrangements ont été créés une fois sur place, de manière spontanée.

Des compositions aussi anciennes ne sont-elles pas dépassées aujourd’hui ?
Je ne sais pas comment le public va recevoir ce nouvel album, mais je l’adore parce que le son et les compositions sont très belles. Les compositions que j’ai enregistrées il y a longtemps font qu’aujourd’hui j’en suis également le spectateur. Très souvent, lorsqu’on compose, il y a une sorte d’autocensure quand la composition est très proche dans le temps. Mais quand on laisse passer plusieurs années, c’est à ce moment qu’on se rend compte de la qualité d’un morceau. S’il ne vous plait plus, c’est qu’il n’était pas bon, mais s’il y a toujours une fibre qui vibre, c’est que le morceau tient la route.

“Je voulais réhabiliter l’accordéon”

Vous avez dit que cela pourrait être votre ultime album. Vous avez envie d’arrêter la musique ?
J’ai envie de reprendre mon souffle. Mon rêve serait de ralentir un peu et de composer un peu plus pour moi, sans forcément enregistrer d’album. J’ai enregistré un deuxième disque à Bruxelles après celui de Los Angeles, cela fait beaucoup. Je crois qu’il faut savoir souffler pour ne pas finir par faire les choses par obligation. J’aime la spontanéité. Si dans la musique, on est trop fatigué ou on ne rêve plus, c’est dangereux.

“Une vie est un rêve d’adolescent réalisé dans l’âge mûr”. Cette citation d’Alfred de Vigny vous correspond-elle ?
La musique que je compose correspond vraiment ce que je rêvais de faire quand j’étais adolescent. Je voulais réhabiliter l’accordéon, le remettre dans un contexte jazz et lui redonner une belle place. J’ai longtemps cherché des disques de jazz-accordéon qui n’existaient pas ou qui étaient très difficiles à trouver. Finalement, je pense avoir comblé cette lacune aujourd’hui. Quand on cherche un disque d’accordéon dans les rayons de CDs, il n’y a que moi. Il y a très peu d’autres accordéonistes, même étrangers, et quand on en trouve, souvent ils me copient et ce n’est pas très intéressant.

L’accordéon après vous, cela donne quoi ?
J’ai beaucoup été influencé par les accordéonistes des années 60 et aujourd’hui, je pense qu’à mon tour j’influence des gens aussi ou en tout cas je l’espère. Je pense que l’accordéon va continuer quand même.

Quel souvenir gardez-vous d’avoir joué avec Martial Solal ?
Je n’ai joué qu’une seule fois avec lui mais c’est un musicien que j’admire et respecte beaucoup. On a joué une fois en Italie et c’était magnifique car c’est un musicien tellement complet, profond et inspiré. Il n’y a qu’un Martial Solal au monde car son style est très particulier, c’est un inventeur. J’aimerais beaucoup rejouer avec lui.

 

Retrouvez également
l’interview de Martial Solal

Site de Richard Galliano :
http://www.richardgalliano.com/

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