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Roman Polanski refuse la demande d’extradition vers les Etats-Unis

Le cinéaste franco-polonais Roman Polanski, arrêté samedi en Suisse, refuse d’être extradé vers les Etats-Unis, où la justice le recherche pour une affaire de moeurs datant de 30 ans, a annoncé lundi son avocat.

Agé de 76 ans, Oscar du meilleur réalisateur (2003) et Palme d’Or à Cannes (2002) pour “Le Pianiste”, le réalisateur a été arrêté à sa descente d’avion à Zurich, où il devait recevoir un prix pour l’ensemble de son oeuvre au Festival du film de la ville. Cette arrestation, sur mandat de la justice américaine, pour des faits remontant à 1977, a provoqué l’indignation de nombreux artistes dans le monde entier, qui dénoncent un “traquenard policier”.

En vertu d’un traité entre les deux pays, les Etats-Unis disposent de 40 jours pour présenter à la Suisse une demande d’extradition officielle, délai qui peut être prolongé de 20 jours. Roman Polanski peut faire appel de toutes les phases de la procédure et ses avocats ont annoncé qu’ils allaient demander sa remise en liberté. L’avocat français du cinéaste, Hervé Témime, a déclaré lundi que son client avait “refusé la demande d’extradition dont il est l’objet”. “Compte tenu des circonstances extravagantes de son arrestation, son avocat suisse sollicitera sans délai sa remise en liberté, éventuellement sous conditions”, a précisé Me Témime. 

Les amis du réalisateur, qui dénoncent “l’acharnement” de la justice américaine, ont fait circuler une pétition que 70 personnalités environ avaient signée lundi. Parmi les premiers signataires figurent Costa-Gavras, Wong Kar-Wai, Fanny Ardant, Ettore Scola, Marco Bellocchio, Giuseppe Tornatore, Monica Bellucci, Abderrahmane Sissako, Tony Gatlif, Pierre Jolivet, Jean-Jacques Beineix, Paolo Sorrentino, Michele Placido, Barbet Schroeder, Gilles Jacob et Bertrand Tavernier. Il est “inadmissible qu’une manifestation culturelle internationale, rendant hommage à l’un des plus grands cinéastes contemporains, puisse être transformée en traquenard policier”, estiment les signataires.

“Très choqué” mais “combatif”, dit son avocat

Le cinéaste a été “très choqué” par sa détention en Suisse depuis samedi sur mandat d’arrêt américain, mais il est “combatif” a déclaré lundi son avocat Me Hervé Temime, espérant un examen “très rapide” de la demande de mise en liberté du cinéaste. “Il a été très choqué et sa famille encore davantage, sa femme, ses enfants” a affirmé l’avocat aux journalistes qui l’interrogeaient au Palais de justice, où il défend le journaliste Denis Robert dans l’affaire Clearstream. “On lui a fait savoir le soutien dont il bénéficiait, qui est un soutien extraordinaire venant de toutes parts et de tous horizons, ça l’a beaucoup réconforté”, a-t-il poursuivi. “Il est combatif, c’est un homme qui a connu beaucoup d’épreuves durant son existence”, a encore dit Me Hervé Temime, ajoutant : “Il savait bien sûr qu’il était susceptible de faire l’objet d’une demande d’extradition des Etats-Unis, il n’avait aucune idée du fait qu’il pouvait être arrêté en Suisse”. 

“Il a refusé d’être extradé et nous sommes sur le point de demander, par l’intermédiaire de son avocat suisse, une demande de mise en liberté dont j’espère qu’elle sera examinée très rapidement”, a encore dit l’avocat. “Pour l’instant il a fait l’objet d’une notification purement administrative (…) mais les juges sont saisis pour pouvoir apprécier la situation qui leur est soumise”, a-t-il précisé. “Je veux tout faire pour qu’il puisse sortir le plus vite possible”, a dit l’avocat, ajoutant : “Ce n’est pas du tout impossible au regard du droit helvétique, contrairement à ce que certains disent en Suisse”. “Je dirais même au contraire que sa mise en liberté doit être impérativement ordonnée par la juridiction suisse qui va bientôt statuer”, a conclu Me Temin. Selon la justice suisse, Roman Polanski peut demander sa mise en liberté sous caution, mais une telle mesure n’est qu'”exceptionnellement accordée”.

“Bien traité” dans sa prison

Le consul général de France à Zurich Jean-Luc Fauré-Tournaire a rendu visite lundi après-midi au cinéaste franco-polonais Roman Polanski dans sa prison en Suisse et a constaté qu’il était “bien traité”, a indiqué lundi le consulat dans un communiqué. “M. Roman Polanski est bien traité. Il remercie les nombreuses personnes qui lui témoignent leur soutien à travers la presse et l’opinion publique”, a indiqué le consulat dans le communiqué publié sur son site internet. L’ambassadeur de Pologne à Berne Jaroslaw Starzyk devrait le suivre dans la soirée, a indiqué à l’AFP Mme Jolanta Chojecka, consul général de Pologne à Berne. Le nom de la prison où est détenu le cinéaste ne sera pas révélé, “à la demande de Roman Polanski “, a-t-elle indiqué.Le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner a annoncé lundi avoir écrit avec son homologue polonais Radoslaw Sikorski à la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton, pour demander la libération du cinéaste. 

La presse suisse voit un rapport entre la banque UBS et l’arrestation de Polanski

En Suisse, l’arrestation de Roman Polanski a provoqué un “malaise”. “Pouvait-on manquer à ce point de sensibilité pour ne pas anticiper le tollé que cette arrestation allait provoquer et les dégâts d’image qu’elle ne manquerait pas d’entraîner?”, s’interroge le Temps qui parle de “malaise”. “Pour sa brave et son efficace coopération avec la justice américaine, la Suisse choque les cinéphiles et les amis des arts. Elle fâche la Pologne et la France”, ajoute le quotidien.

Le Matin fait le lien entre cette arrestation et les déboires de la Confédération aux Etats-Unis, où la banque UBS a été contrainte de livrer les noms de 4.450 clients soupçonnés d’évasion fiscale.

“Difficile de ne pas faire de rapprochement entre l’affaire UBS et l’arrestation surprise de Roman Polanski. La Suisse a-t-elle voulu faire plaisir aux Etats-Unis au risque d’un excès de zèle qui n’améliore guère son image de marque à l’étranger?”, questionne le journal francophone.

Blick abonde dans ce sens: “les Américains estiment maintenant que le gouvernement suisse est +extrêmement coopératif+ et cet éloge fait mal”, écrit le journal populaire en jugeant “ridicule” l’argument avancé par la ministre de la Justice Eveline Widmer-Schlumpf, selon lequel la Suisse “n’avait pas d’autre solution” que d’arrêter le cinéaste.

La Suisse, attaquée sur son secret bancaire, a une nouvelle fois entaché son image en laissant “un invité tomber dans un piège moche”, selon Blick. “Nous devrions avoir honte”, ajoute le journal. D’autant qu'”un jugement équitable n’est plus possible, après tant de temps et d’er

reurs dans l’enquête”, explique le Tages Anzeiger. “C’est la raison pour laquelle il faut mettre un terme au drame entourant le vainqueur des Oscars. Le metteur en scène de l’acte final est désormais un juge américain”, estime le quotidien alémanique.

Roman Polanski est recherché par la justice américaine après une procédure ouverte en 1977 pour des “relations sexuelles illégales” avec une adolescente de 13 ans. Celle-ci, Samantha Geimer, aujourd’hui une mère de famille de 45 ans, a elle-même demandé formellement, en janvier dernier, l’abandon des poursuites. Me Témime, dans une déclaration au quotidien français Le Figaro, a évoqué “un problème de prescription” et souligné que “la victime supposée de l’infraction s’est désistée”.

 Arrêté en 1977 à Los Angeles sur plainte des parents de Samantha Geimer, Polanski avait plaidé coupable de “relations sexuelles illégales” et passé un mois et demi en prison. Fin janvier 1978, menacé de retourner sous les verrous, il avait fui en Europe où il vit depuis. Le parquet de Los Angeles a indiqué avoir planifié l’arrestation la semaine dernière, après avoir eu vent de sa prochaine venue à Zurich, envoyant alors un mandat d’arrêt. L’affaire a d’autant plus surpris que Roman Polanski venait régulièrement sans être inquiété en Suisse, où il possède une maison dans la station alpine de Gstaad.

 

Roman Polanski : Wanted and Desired
envoyé par ultimteam. – Les dernières bandes annonces en ligne.

 

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