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Roschdy Zem : “la télévision a ringardisé le polar”

Sorti en France l’été dernier, le film Mains armées de Pierre Jolivet a reçu le Prix Polar 2012 au festival annuel de Cognac. Roschdy Zem, qui partage l’affiche avec Leïla Bekhti, était à New York pour le festival In French with English Subtitles. Il revient pour France-Amérique sur le genre du polar en France et aux Etats-Unis.

Rencontré dans un hôtel de Manhattan, Roschdy Zem (Une nuit, Happy Few, Indigènes) est à l’image de ses personnages : calme et réfléchi. Le réalisateur de Omar m’a tuer se lance volontiers dans l’analyse, mais décoche peu de sourires. Dans son dernier film, il incarne Lucas, policier efficace. Un gentil, qui n’a jamais su nouer de relation avec sa fille. Sa progéniture interprétée par Leïla Bekhti a aussi rejoint les forces de l’ordre. Elle, au contraire d’un père à cheval sur l’éthique, s’enfonce progressivement dans le côté obscur.

Mains armées, qui a remporté le Prix Polar 2012 au festival de Cognac, allie intrigues personnelles et policières. Le film renouvèle le genre du film policier à la française. En observant de près les réalités les moins joyeuses du métier, avec une excellente bande originale signée Sacha di Manolo, Pierre Jolivet (Ma petite entreprise, Je crois que je l’aime) réalise un long-métrage visuellement sombre.

Pour Roschdy Zem, c’est le propre du polar français : mettre l’accent sur le réalisme, “le manque de moyens, de pouvoir” des représentants de l’autorité dans l’Hexagone. “La réalité, c’est que les policiers ont beaucoup de rapports à taper et de comptes à rendre en France”, dit celui qui a récemment passé deux semaines en immersion dans un commissariat français, tandis qu’aux Etats-Unis ils auraient plus de “liberté” selon l’acteur.

Un genre “ringardisé” par la télévision

“A New York, la police représente la loi avec tout ce qui va avec. Une fois, j’ai été arrêté et il n’était absolument pas question de négocier l’amende. C’était frustrant, ça va à l’encontre de notre culture latine !”, s’amuse Roschdy Zem. “Au contraire, en France on a encore une image pittoresque du flic avec son képi et son bâton.” Comprenez cowboy contre petit fonctionnaire.

Et cela se ressent à l’écran. “Dans les années 1980, les Etats-Unis cultivaient l’image du flic justicier, qui faisait sa propre loi. Nous on avait le flic en imper, avec Belmondo ou Delon”, analyse l’acteur qui a commencé au cinéma en 1987 dans Les Keufs, de Josiane Balasko. “Puis la télévision a pris le dessus sur le grand écran en France et a ringardisé le genre.”

Si le polar français est en voie de réhabilitation depuis dix ans selon Roschdy Zem, il doit encore faire ses preuves. L’été dernier, l’acteur a été démarché par une chaîne de télévision pour écrire une série. “On m’a demandé de faire The Wire (série policière américaine qui se déroule à Baltimore, ndlr) à la française”, raconte-t-il. “Je me suis rapidement dit qu’on ne pourrait pas faire aussi bien. Mais j’ai passé du temps auprès de la brigade anti-criminalité de Strasbourg et j’ai proposé un texte à la chaîne. On m’a répondu que c’était trop glauque”. Et la série a été avortée.

Avec regret, l’acteur-réalisateur se plaint de la “médiocrité du cinéma français depuis un ou deux ans.” Il explique faire une pause dans sa carrière d’acteur “parce que j’aime encore trop ce métier” et se concentre sur son prochain film : l’histoire d’amour entre un père et une fille qui ne se connaissent pas, dans le milieu du bodybuilding. S’il continue à jouer, c’est uniquement pour l’instant dans des productions américaines, comme Intersection de David Marconi, qui sortira en 2013.

“Mains armées”, sorti en France le 11 juillet 2012. Un film de Pierre Jolivet. 1h45.

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