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Rush Limbaugh, les conservateurs, et la pilule

La tempête fait rage aux Etats-Unis autour de Rush Limbaugh, le très populaire animateur radio conservateur qui a insulté une militante du droit à la contraception, suscitant même une intervention du président Obama.

Rush Limbaugh, 61 ans, est une véritable institution aux Etats-Unis depuis plus de 20 ans, un conservateur polémique et fort en gueule, écouté chaque jour par plus de 15 millions de personnes. Et depuis qu’il a qualifié sur les ondes de “salope” et de “prostituée” une étudiante, Sandra Fluke, pour avoir défendu devant le Congrès une disposition de l’administration Obama en faveur du remboursement de la contraception, l’animateur est devenu l’un des sujets les plus discutés du pays. “Elle veut être payée pour avoir des relations sexuelles”, s’était-il indigné pendant son émission.

En pleine année électorale, l’affaire n’en finit plus de faire du bruit. Elle a suscité des commentaires outrés des démocrates, pour lesquels toute controverse sur la contraception est pain bénit. Les républicains sont à l’inverse restés prudents, soucieux de ne pas se fâcher avec un électorat conservateur qui écoute souvent religieusement le “Rush Limbaugh Show” et ses diatribes au vitriol contre les démocrates.

Twitter et les réseaux sociaux se sont enflammés, demandant aux annonceurs de boycotter son émission. Des pétitions ont été lancées pour dénoncer une “guerre contre les femmes”. Certains musiciens, comme Peter Gabriel, ont demandé à ce que leur musique ne soit plus jouée durant l’émission. Limbaugh, dont l’émission quotidienne est diffusée sur plus de 600 radios, n’a pas l’habitude de s’excuser. Mais il l’a fait une première fois samedi sur son site internet et de nouveau lundi durant son émission, demandant “sincèrement une nouvelle fois pardon à Mlle Fluke d’avoir utilisé ces deux mots pour la décrire”.

Sandra Fluke n’en a pas été émue, estimant qu’il parlait “sous la pression des annonceurs”. Depuis le début de la polémique, plus d’une trentaine d’entre eux, dont AOL, se sont désengagés. Deux radios à Hawaii et dans le Massachusetts ont fait savoir qu’elles ne diffuseraient plus son émission, estimant qu’il “avait dépassé les limites de la décence”. “Tout va bien” a cependant précisé mercredi Rush Limbaugh, affirmant qu’il avait “peut-être 18 000 annonceurs” pour son émission, qui diffuse 18 minutes de publicité par heure.

Entre deux questions sur l’Iran, Barack Obama, qui avait téléphoné à la jeune femme vendredi pour lui apporter son soutien, a été interrogé mardi lors d’une conférence de presse sur la sincérité des excuses de l’animateur. “Je ne sais pas ce qu’il a dans le coeur, je ne vais donc pas faire de commentaire sur la sincérité de ses excuses”, a déclaré le président. Mais, a-t-il ajouté, “les remarques qui ont été faites n’ont pas de place dans le discours public”.

Rush Limbaugh, qui éructe quasi quotidiennement contre M. Obama, l’une de ses cibles favorites, a immédiatement dénoncé son “hypocrisie”. “Tout le monde sait ce que j’ai dans le coeur”, a-t-il dit, en dénonçant des critiques “qui participent à tout ça pour l’avantage politique qu’ils pensent pouvoir en retirer”. Aucun expert ne semble d’accord sur l’impact de cette tempête pour un animateur aux revenus estimés à 50 millions de dollars par an. Mais une nouvelle polémique a surgi sur l’opportunité de placer un buste à son effigie dans le parlement du Missouri, Etat où il a grandi.

Après avoir appris la nouvelle, la sénatrice démocrate Claire McCaskill a lancé une pétition sur son site internet. En 48 heures, près de 10 000 personnes ont répondu, dont 9 500 se sont opposées à l’idée, selon son site.

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