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Russell Banks, pour une littérature sans frontières

Russell Banks participera au Festival of New French Writing le 25 février prochain. L’auteur du célèbre Sous le règne de Bone rêve d’une communauté d’écrivains sans frontières. Rencontre.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de participer au Festival of New French Writing ?

C’est sur les conseils de Paul Auster et de sa femme Siri Hustvedt, que j’ai découvert le festival. J’essaye de saisir toutes les opportunités de partager des idées, des perspectives qui ne soient pas américaines. Nous sommes beaucoup trop insulaires, trop autocentrés, en littérature comme en politique d’ailleurs. J’aime l’idée de chercher ce que nous partageons et ce que nous ne partageons pas avec d’autres auteurs. Pour être honnête avec vous, lorsque j’ai commencé à écrire, je pensais que la littérature commençait et se terminait avec les auteurs américains, j’avais un conception terriblement étroite et limitée du monde. Et puis je me suis mis à voyager, et en vieillissant, j’ai compris que j’avais parfois plus de points communs avec des auteurs algériens, chinois ou français qu’avec mes compatriotes américains. Les écrivains font partie d’une communauté transnationale, translinguistique, et il faut le rappeler le plus souvent possible.

Lisez vous souvent des auteurs francais ?

J’ai beaucoup lu Proust, et Flaubert. Récemment, j’ai trouvé cette merveilleuse traduction de  Madame Bovary par Lydia Davis, et, dès qu’il y’a de bonnes critiques je fonce dessus. Paul Auster, qui lit beaucoup de livres français me conseille souvent, mais il n’y a pas assez de livres traduits. Je dépends beaucoup de cela car je ne parle pas du tout cette langue. Il faut vraiment encourager cette traduction, et c’est en cela que le festival me touche aussi très directement.

Quelles sont à vos yeux les différences principales entre les auteurs français et américains ?

Je crois que les écrivains français font moins confiance au récit à proprement parler, à la narration, que les américains. Ils croient moins  au pouvoir de l’histoire en tant que telle, du conte. D’un autre côté, les auteurs américains se méfient de l’intellectualisation du récit. Nous croyons davantage en la sincérité qu’en l’intellect, nous sommes de  bons conteurs, mais certainement de moins bons analystes.

Depuis quand écrivez vous ?

Quand j’avais une vingtaine d’années, je pensais que je deviendrai peintre. Il me semblait que c’était la seule chose pour laquelle j’avais du talent. Et puis peu à peu, j’ai commencé à tomber amoureux de la littérature, à imiter ce que je lisais. Je suis tombé amoureux des mots avec Ernest Hemingway, en lisant ses nouvelles. J’imitais mal au départ; et j’ai fini par trouver mon chemin. J’ai donc décidé de renoncer à ma carrière de peintre, ce qui est probablement pour le mieux !

Quels ont étés vos premiers chocs littéraires ?

Hemingway, Faulkner, Herman Melville, Stephen Crane m’ont vraiment fascinés. Et puis Sur la Route de Jack Kerouac, dont j ai parlé dans plusieurs interviews, est peut être le roman qui m’a le plus touché  lorsque j’étais jeune. J’avais 17 ans lors de sa publication. Ce n’est pas tant le style du livre qui m’a bouleversé mais plutôt cette vision de liberté, d’inventivité qu’il instille dans son existence. Et cela est vrai pour tous les écrivains de la Beat Generation, même si on n’aimait pas leur style, c’était le récit d’une autre façon d’être, de vivre. Dans les années 1950 aux Etats-Unis, sous le gouvernement de Mc Carthy , les mentalités étaient très fermées. Ce livre est arrivé à un moment de ma vie où j’avais besoin d’être inspiré.  Pour  moi, qui venait d’un milieu modeste et sans éducation, il devenait possible d’imaginer devenir un artiste. Malgrè tout, ce livre me disait que je pouvais essayer. Ce fut évidemment une étape très importante dans mon existence

Avez-vous des rituels lorsque vous écrivez ?

A une époque j’avais de manies, je devais écrire à une certaine heure, dans un certain lieu. Mais plus je vieilli, plus je me libère de ces contraintes, et aujourd’hui peu m’importe le lieu et l’heure qu’il est. Je voyage beaucoup donc il fallait bien que je m’adapte ! La seule chose, c’est que je m’impose d’écrire tous les jours, et en musique. A chaque histoire sa mélodie, j’aime ce bruit de fond. C’est un peu comme la bande sonore d’un film.

Vous continuez à peindre aujourd’hui, est-ce que cela influence votre travail d’écrivain?

En tant qu’écrivain, ma plus grande connexion avec la peinture, c’est que j’ai sytématiquement besoin de voir ce que j’écris. Si je ne “vois” plus, je suis obligé d’arrêter d’écrire, et d’attendre que les visions reviennent. C’est assez cinématographique comme façon de faire d’ailleurs. Je continue à aimer beaucoup peindre, des aquarelles surtout mais pour m’amuser, sans grand sérieux.

Plusieurs de vos romans ont étés adaptés au cinéma. Martin Scorcese  réalise l’adaptation de votre roman The Darling à l’écran très prochainement. Avez vous envie de passer un jour derrière la caméra ?

J’y ai déjà  réfléchi, on m’a même invité à le faire, mais pour avoir collaboré avec des réalisateurs, je pense que je n’en serai pas capable. J’ai vu l’investissement fou que cela demandait, et je ne crois pas que j’en ai envie, que je sois prêt à ce sacrifice là, qui prend plusieurs années d’une vie et vous consume. Paul Auster qui aime beaucoup cela a consacré deux ans à son dernier long-métrage, je ne peux pas être eloigné de l’écriture aussi longtemps.

Comment s’est passé votre collaboration avec Francis Ford Coppola pour le film On the Road de Kerouac, dont vous avez rédigé l’adaptation ?

C’était tout à fait étonnant, rafraîchissant, une formidable pause dans mon quotidien ! Le fait de visualiser l’écriture m’a beaucoup aidé , et travailler avec Francis Ford Coppola, c’est forcément apprendre beaucoup, beaucoup de choses.

Informations pratiques:

Le Festival of New French Writing se tiendra au rez-de-chaussée du Hemmerdinger Hall,  Silver Center, 100 Washington Square. Entrée libre.

http://frenchwritingfestival.com/

Programme

Jeudi 24 février

19h00 : Geneviève Brisac/ Rick Moody (modéré par Chad W. Post)

20h30 : Stéphane Audeguy/  Jane Kramer

Vendredi 25 février

14h30: Pascal Bruckner/Mark Lilla (modéré par Adam Gopnik)

16h00: David B. /Ben Katchor (modéré par Françoise Mouly)

19h30: Atiq Rahimi/Russell Banks (modéré par Lila Azam Zanganeh)

Samedi 26 février

14h30: Laurence Cossé /Arthur Phillips (modéré par Judith G. Miller)

16h00: Philippe Claudel/A.M Homes (modéré par John R. MacArthur)



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