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Sacre inattendu d’un cinéaste thaïlandais à Cannes

Déjouant les pronostics, le Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul a remporté la Palme d’or avec le surnaturel “Oncle Boonmee” au Festival de Cannes, où un trio français, l’actrice Juliette Binoche et les réalisateurs Xavier Beauvois et Mathieu Amalric, ont été sacrés.

“C’est un moment très important pour l’histoire de la Thaïlande, du cinéma thaïlandais, c’est une grande première”, a lancé le cinéaste de 39 ans en recevant son prix des mains du président du jury, l’Américain Tim Burton.

“Oncle Boonmee, celui qui se souvient des vies antérieures”, le titre complet du film, suit un vieil homme atteint d’insuffisance rénale aiguë, qui dialogue avec le fantôme de sa femme et de son fils, décédés depuis des années, dans une forêt fascinante et surnaturelle, où les âmes migrent des hommes aux plantes et aux animaux.

Avec trois récompenses, le cinéma français a de quoi sabler le champagne. Le Grand prix est allé à Xavier Beauvois pour “Des hommes et des dieux”, une fiction épurée et puissante, qui place le spectateur face au dilemme moral d’hommes de foi emportés par la violence : les moines cisterciens de Tibéhirine assassinés en 1996, en Algérie.

“Merci à mes frères Luc, Christophe, Amédée, Célestin, Michel, Jean-Pierre, Paul, Bruno”, a déclaré le cinéaste, très ému, parlant du tournage comme d’un “moment de grâce”.

Mathieu Amalric a été sacré meilleur réalisateur pour “Tournée”, qui suit une troupe de strip-teaseuses aussi plantureuses qu’effrontées.

Juliette Binoche a été sacrée meilleure actrice en amoureuse fantasmée dans “Copie conforme”, tourné en Toscane par l’Iranien Abbas Kiarostami.

“Quelle joie, quel honneur de travailler avec vous, Abbas!”, lui a-t-elle lancé. Elle a brandi un petit écriteau avec le nom du cinéaste iranien Jafar Panahi, invité à rejoindre le jury du festival mais toujours incarcéré à Téhéran où les autorités l’accusent d’être le porte-voix de l’opposition.

Nicolas Sarkozy a adressé “ses plus chaleureuses féliciations à Xavier Beauvois” et félicité également Juliette Binoche et Mathieu Amalric. Le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, a salué “le bel élan artistique du cinéma français”.

L’Espagnol Javier Bardem, 41 ans, dans le lyrique “Biutiful” du Mexicain Alejandro Gonzalez Inarritu et le jeune italien Elio Germano, 29 ans, dans “La nostra vita”, chronique d’une Italie amorale signée par Daniele Luchetti, ont remporté ex aequo, le Prix d’interprétation masculine.

Chacun campe un père qui élève seul ses enfants, dans une société corrompue. Le premier emploie des travailleurs clandestins dans un atelier de confection, le second les exploite sur un chantier de construction.

“Ce prix est une reconnaissance pour mon travail, qui n’aurait jamais existé sans le film extraordinaire réalisé par Alejandro Inarritu”, a dit Javier Bardem en anglais. “Je partage cette joie avec ma compagne, mon amour, Pénélope que j’aime tant et à qui je dois tant de choses : je t’adore !”, a-t-il lancé en espagnol à l’actrice Penelope Cruz, qui le dévorait des yeux depuis la salle.

Premier film africain en compétition depuis treize ans, le bouleversant “Un homme qui crie” du Tchadien Mahamat-Saleh Haroun a remporté le Prix du Jury, tandis que “Poetry” du Sud-Coréen Lee Chang-dong, recevait celui du scénario.

La Caméra d’or du meilleur premier film est revenu à “Année bissextile”, une histoire d’amour sado-masochiste du Mexicain Michael Rowe, présentée à la Quinzaine des réalisateurs.

 

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