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Salif Keita, une voix d’or au service du monde

Militant contre les maux de notre temps, Salif Keita, qui vient de se produire à Central Park Summerstage et dont le dernier album vient de sortir aux États-Unis, est un chanteur malien qui appelle à la compréhension entre les hommes comme pour mieux lutter contre l’intolérance. Portrait d’un artiste au grand cœur.

Devant sa loge, les amis ou admirateurs se bousculent au portillon. Lui, exténué, garde le sourire, serre les mains et prend le temps d’échanger quelques mots. « Voix d’or de l’Afrique », Salif Keita est d’abord un artiste noble et dévoué. En costume traditionnel bariolé, avec ses Nike Air rouges et blanches et sa calotte ornée de trois coquillages, l’homme affiche aussi une âme en couleurs et en contrastes.

Son dernier album, intitulé La différence, est sorti le 8 juin dernier aux États-Unis et porte pourtant la marque d’un retour aux sources. Celui des purs rythmes mandingues, du classicisme malien et des chœurs de griots. « Les morceaux que j’ai composés pour cet album me rappellent mon adolescence, souffle le chanteur. Il est donc un peu plus intimiste que d’habitude. » Salif, comme tout le monde l’appelle, a pris l’avion entre Bamako, Paris, Los Angeles et Beyrouth pour quand même, à son habitude, y insérer quelques influences d’ailleurs. « Cet album est aussi le résultat d’un voyage, » illustre-t-il. Un voyage aux sonorités arabes symbolisé par la présence du trompettiste libanais Ibrahim Maalouf, récent partenaire de Sting, et qui, comme lui, cultive un goût prononcé pour la fusion entre tradition et la musique moderne. « La musique ouest-africaine est très proche de la musique arabe, rappelle Salif Keita. Elle a même une âme orientale. Des ressemblances sonores qui permettent de les mélanger facilement. Tout comme les langues mandingue et arabe d’ailleurs. »

Sur fond de chroniques personnelles, La différence est, comme tous les précédents disques de Salif Keita, une ode à la tolérance et à la fraternité entre les hommes. Car Salif Keita, le descendant direct de Soundjata Keita, fondateur de l’Empire du Mali, a fait de sa vie et de son art un combat. Le militantisme de cet artiste albinos  se décline en douceur et en mélodies lancinantes. « La haine et la violence ne règlent jamais rien », explique-t-il. Même si ces profonds désirs restent aujourd’hui inassouvis, ce fil conducteur marque la carrière d’un chanteur, noir mais blanc de peau, qui ne cesse de croire, en musique, que les hommes peuvent abolir les multiples clivages. « Mélanger la musique est les cultures est le meilleur chemin vers la paix », lâche-t-il avant d’ajouter à propos de New York: « C’est un endroit qui appartient à tout le monde, où tu peux voir toutes sortes de races, cultures ou tendances. »

De la world music au jazz

Influencée, métissée ou occidentalisée, chaque platine de Salif Keita atterrit dans le rayon world music. Une appellation qui, pourtant, dérange le sexagénaire. « C’est un grand mot, dit-il. Quelle musique ne fait pas partie de la musique du monde ? Je ne suis pas extraterrestre. Cette notion ghettoïse un peu la musique africaine. »

Si Salif Keita est un grand, c’est d’abord parce qu’il a très vite lui-même su dépasser les frontières. Il a notamment collaboré avec Carlos Santana, Kery James, Wayne Shorter, Manu Dibango, Youssou N’Dour, ou encore Bill Frisell, guitariste jazz de renom comme Pat Metheny. « Il a amené un climat spécial sur ce dernier album, confie Salif Keita. “Folon”, cette chanson a fleur de peau, c’est aussi sa patte. »

L’homme aime le jazz. Et le jazz le lui rend bien. Sauf, quand la nature reprend ses droits et décide de lui enlever Joe Zawinul, mémorable pianiste du groupe Weather Report décédé en 2007. « On a perdu un monument, clame Salif Keita. Il a participé au meilleur disque de ma carrière (Amen). Mais on ne peut pas dire non à Dieu et ses actes. Je regretterais Joe toute ma vie. »

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