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Sandrine Ageorges, la femme qui veut faire sortir Hank Skinner des couloirs de la mort

Mariée à Hank Skinner, détenu américain qui a obtenu, la semaine dernière, un sursis à quelques minutes de son exécution, la Française Sandrine Ageorges est une inébranlable abolitionniste de la peine de mort. Témoignage.

Sa voix ferme ne faiblit pas. On imagine même, à l’autre bout du fil, l’expression d’un sourire. Sandrine Ageorges, Française de 49 ans, respire après le sursis accordé in extremis à son mari par la Cour suprême des Etats-Unis.  Hank Skinner, 47 ans, condamné à mort en 1995 pour les meurtres de son amie et de deux de ses enfants, devait être exécuté le 24 mars dernier. À 18 h 25 ce jour-là, soit 35 minutes avant son exécution, la Cour suprême a accepté d’examiner sa requête portant sur l’analyse ADN de certaines pièces à conviction de son dossier.

« Hank m’a appelé vers 15 h, raconte Sandrine Ageorges. Je suis sûr que tu vas vivre lui ai-je répété. Il a éclaté de rire et m’a dit : “Si tu voyais ce que je vois, tu ne dirais pas la même chose.” » Quand la Française apprend alors l’annonce du sursis accordé à son mari, elle est soulagée. « Je ne regardais plus ma montre, poursuit-elle. J’ai entendu des hurlements à l’extérieur et j’ai tout de suite compris que c’était un sursis. Le temps s’est arrêté. » Mais la hargne et la colère reviennent. « J’ai été traitée comme une criminelle, livre-t-elle. Je passe les détails mais, au Texas, c’est du grand Far West. »

Le 24 mars, le gouvernement français, par l’intermédiaire du ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, était intervenu auprès de Rick Perry, le gouverneur du Texas, pour demander un sursis. « On travaille ensemble depuis longtemps sur l’abolition de la peine de mort, soulignee Sandrine Ageorges. Le Quai d’Orsay, l’ambassade de France ou le consulat de France à Houston me soutiennent beaucoup. »

La Cour suprême qui approuve en moyenne le dossier d’un condamné à mort sur 1000, s’est donné un peu de temps pour trancher dans l’affaire Skinner. Le condamné à mort revendique aujourd’hui l’analyse ADN des pièces à convictions saisies sur les lieux du drame après son arrestation. Hank Skinner qui avait déjà été condamné pour agression, avait été retrouvé ivre et avait ingurgité une forte dose de Xanax, un antidépresseur puissant. Une expertise ADN manque à l’enquête si l’on en croit l’étude menée à posteriori par David Protess, professeur en journalisme à l’université de Northwestern d’Evanston (Illinois).

Sandrine Ageorges affirme que le procès de son mari a été bâclé, que des anomalies existent dans le déroulement de l’enquête et que l’avocat commis d’office était incompétent. « La seule charge est un témoin qui s’est rétracté, affirme-t-elle. À une audience en 2005, cette voisine a d’ailleurs expliqué comment elle avait été menacée d’être arrêtée pour complicité de meurtre passible de peine capitale et forcée à faire une fausse déposition à la police. En dehors de ce témoignage, il n’y a rien pour prouver sa culpabilité. » Sandrine Ageorges a, à ce jour, apposé huit requêtes en appel pour obtenir une enquête plus poussée et l’analyse des pièces matérielles qui, selon elle, disculperaient Hank Skinner. Elles ont toutes été rejetées. Si le dossier est refusé par la Cour suprême, le recours juridique n’existera plus. « Seule une pression médiatique énorme sera possible pour faire changer le tribunal d’avis, répète Sandrine Ageorges. Hank le dit lui-même : S’ils sont si convaincus que je suis coupable, allons-y, faisons ces tests ! »

Un goût pour l’engagement

Sa lutte pour l’abolition de la peine de mort qu’elle dénonce comme « une pratique barbare », Sandrine Ageorges l’a débutée il y a plus de 30 ans., au lendemain de l’exécution par la guillotine du criminel Christian Ranucci en 1976. « Ça m’a scandalisé de voir ce mec de 22 ans coupé en deux, se rappelle-t-elle. Je me suis dis : ce n’est pas possible, ce n’est pas mon pays. Je n’acceptais pas l’idée d’une société censée se projeter dans l’avenir pour évoluer et qui continuait à pratiquer ce genre de peines. Mais, on ne peut pas comparer les États Unis à la France. Notre pays n’a jamais exécuté dans les mêmes proportions. » Depuis, après avoir fait partie de l’organisation Amnesty International, elle est devenue directrice de production dans le spectacle et mène à côté ses actions contre la peine de mort.

Même si le Texas la fait frissonner, elle avoue y avoir trouvé par la force des choses « une deuxième maison ». Elle entretient des relations épistolaires avec plusieurs détenus dont Gene Hathorn, aujourd’hui passé de la peine capitale à la prison à vie, Robert Fratta, toujours dans le couloir de la mort, et Hank Skinner, qu’elle a épousé en 2002. À la mairie de Houston, mais sans sa présence. Elle passe brièvement sur son histoire avec le prisonnier qu’elle décrit comme « quelqu’un de très intègre, d’extrêmement fort, qui n’a pas peur de souffrir dans sa chair pour défendre ce en quoi il croit ».

Sandrine Ageorges fustige ce qu’elle décrit comme « de justice politique ». « Les juges, les avocats généraux et les shérifs sont élus. Ils sont en campagne et redevables auprès de leurs électeurs, donc partiaux et subjectifs. Cela fausse le concept même de justice. » Désabusée, elle s’emporte contre ce qu’elle considère comme des possibles dérives. « Parfois, l’argent peut arranger les choses, dit-elle. Il ne faut pas se leurrer, dans le couloir de la mort, il y a souvent beaucoup de pauvres. Ici, on peut acheter la justice et sa liberté. »

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