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Sarkozy confronté au délicat problème de la reconversion des ex-chefs d’Etat

Entre tentation de Venise et rêve de come-back, Nicolas Sarkozy, qui tient ce jeudi une conférence à New York, est confronté au délicat problème de la reconversion des chefs d’Etat battus, contraints de se réinventer une vie après avoir connu l’ivresse du pouvoir.

“La sortie du pouvoir est une étape difficile à gérer pour tout chef d’Etat”, souligne le professeur Pascal de Sutter, expert en psychologie politique, coauteur de “Dans la tête des candidats”. “Quand toute votre énergie a été consacrée à atteindre le pouvoir suprême, lorsque vous avez vécu sous pression, entouré de courtisans qui vous flattent et satisfont vos caprices, il est bien difficile d’accepter de redevenir un citoyen presque ordinaire”, dit-il.

“Mais il y a une assez grande différence entre les chefs d’Etat anglo-saxons et latins”, constate pour sa part Jean-Pierre Friedman, docteur en psychologie auteur du livre “Du pouvoir et des hommes”. “Chez les premiers, tout est business et à partir du moment où ils continuent à avoir des conférences bien rémunérées, qu’on continue à parler d’eux, à les consulter, ils n’ont pas l’impression d’être déchus”, fait-il valoir, “les latins en revanche vivent souvent la perte du pouvoir comme un déshonneur, c’est une vision très monarchique des choses”.

Alors immanquablement, se pose en France la question lancinante du retour aux affaires. Après une longue traversée du désert, le général de Gaulle avait réussi en 1958 un retour gagnant à l’occasion de la crise algérienne, avant de quitter le pouvoir onze ans plus tard, après l’échec d’un référendum sur la décentralisation. Il est mort un an plus tard, en 1970, au même âge que François Mitterrand (79 ans) qui comme lui n’a pas survécu longtemps à son départ de l’Elysée. “Mitterrand n’avait peur de rien sauf de la mort et avait le sentiment que seul le pouvoir pouvait le maintenir en vie”, explique Jean-Pierre Friedman. La maladie a elle aussi rattrapé Jacques Chirac, très affaibli après 12 ans de pouvoir.

Valéry Giscard d’Estaing, battu en 1981 alors qu’il n’avait que 55 ans, avait lui rêvé de prendre sa revanche sur une défaite qu’il considérait injuste en repartant à la base: conseiller général, député, député européen, chef de parti… mais sans jamais y parvenir. “Edgar Faure racontait que l’ex-président criait “maison, maison” comme E.T, à chaque fois que sa voiture passait devant l’Elysée”, se souvient Jean-Pierre Friedman pour illustrer l’obsession de VGE, notant que ce dernier a aussi subi une dépression après son départ de l’Elysée, plutôt raté. “Il croyait faire un coup en laissant la caméra filmer une chaise vide mais tout le monde s’est moqué de son effet”, ajoute le psychologue, en soulignant l’importance des conditions de départ du pouvoir si l’on veut rebondir.

De ce point de vue, Nicolas Sarkozy n’a pas insulté l’avenir au soir du 6 mai, comme Lionel Jospin annonçant son retrait de la vie politique. L’ancien président avait pourtant plusieurs fois affirmé qu’il changerait de vie en cas de défaite. Alors, à 57 ans, Nicolas Sarkozy va-t-il couler des jours heureux, jouissant de sa retraite d’ancien président et de ses indemnités de membre du Conseil constitutionnel, avec des conférences internationales pour améliorer l’ordinaire, ou va-t-il replonger dans le chaudron politique national?

“Il peut parier sur les difficultés de l’exécutif pour apparaître un jour comme un recours”, note Frédéric Dabi de l’Ifop alors qu’un sondage Harris Interactive vient de le placer devant François Hollande en termes de popularité. Mais, prévient le politologue, le temps ne jouera pas forcément en sa faveur avec un statut “de conférencier hors sol, loin des réalités nationales” et “l’émergence d’un nouveau leader de l’opposition à l’UMP”. “On n’atterrit pas facilement quand on s’est éloigné en politique”, dit-il.

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