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Sartre 2.0 dans le New Yorker

Sartre reprend la plume et livre ses pensées sur Internet. Elles sont à découvrir sur le blog fictif et existentiel de Jean-Paul Sartre, imaginé par le journaliste Bill Barol pour le New Yorker.

Le journaliste américain imagine ce qu’écrirait le philosophe existentialiste s’il tenait un blog. Sobrement intitulée “Le blog de Jean-Paul Sartre”, cette sous-rubrique située dans la partie humoristique “Shouts and Murmurs” du site internet new-yorkais, étale les billets fictifs du philosophe du 11 juillet au 10 novembre 1959.

Sur le web, l’inventeur de l’existentialisme s’est transformé en geek qui marque de sa présence les médias sociaux contemporains : son quotidien se met en récit dans des notes en forme de pastiche, reproduisant le style littéraire et les tics de l’auteur original. L’idée de partager sa philosophie sur le net germe dans l’esprit fatigué du philosophe, en proie à l’insomnie, typique de La Nausée. “Je suis éveillé et seul à 2h du matin. Il doit y avoir un Dieu. Il ne peut y avoir de Dieu. Je vais lancer un blog.”

Le journaliste malmène quelque peu le philosophe au passage. Il le dépeint comme un triste sire, obsédé par la notion d’absurde que l’on retrouve jusque dans son propos. Il s’agace de tout et de pas grand chose, confond un livreur UPS avec la Mort et jalouse Merleau-Ponty pour le nombre important de visites sur son blog photo dans un passage hilarant.

“J’ai été troublé d’apprendre qu’il venait de lancer son blog de photos, et j’ai été plutôt sceptique lorsqu’il me dit que malgré le fait que toutes ses photos sont identiques — un chaton esseulé fixant froidement l’espace pendant qu’une pluie tombe sans pitié d’un ciel vide — son blog est consulté par 16 000 visiteurs uniques par jour. Quand je lui ai demandé de me montrer ses chiffres, il a marmonné quelque chose d’incompréhensible à propos d’un rendez-vous avec un spécialiste du référencement sur les moteurs de recherche et s’est éclipsé rapidement. C’est donc ça l’enfer.”

Sentimental bourgeois

L’écrivain, devenu après-guerre l’incarnation de l’intellectuel engagé, puis le grand penseur de la gauche révolutionnaire, y est aussi montré dans ses contradictions et ses excès. “Je vais continuer à chercher, à réfléchir, car le travail seul est le but de l’homme. C’est ce que la bourgeoisie ne semble avoir jamais saisi”, confie ainsi le penseur virtuel qui s’est acharné dans la vraie vie à tuer en lui l’homme de lettres et le bourgeois. Sa rupture avec Camus et son dégoût pour la “futilité de l’existence”, ranimé par un simple “regard vide” de sa compagne S (Simone de Beauvoir) renforcent l’idée comique d’un internaute philosophe désabusé.

On peut donc occuper une place de premier plan dans les médias sociaux tout en restant une pure création imaginaire. A noter qu’à aucun moment le journaliste américain ne prétend concurrencer le discours sérieux et original de Jean-Paul Sartre. S’il emprunte au contraire la voie de la fiction, c’est semble-t-il davantage pour explorer sous couvert d’humour les possibles réflexions de ce personnage singulier sur la toile dans un exercice de style original.

Le blog de Jean-Paul Sartre sur le site du New Yorker : newyorker.com/online/blogs/shouts/2012/10/le-blog-de-jean-paul-sartre.html

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