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Saul Steinberg illumine Paris

Du New Yorker aux galeries d’art, le travail de l’Américain Saul Steinberg est en grande partie à l’origine du dessin d’humour contemporain. Jusqu’au 27 juillet 2008, ses œuvres sont exposées à la Fondation Henri Cartier-Bresson à Paris.

Pour la première fois en Europe sont dévoilés tous les éléments de la carrière de Saul Steinberg – une centaine de dessins originaux, de ceux méconnus des années 1930 aux créations des dix dernières années de sa vie – dans une exposition intitulée Illuminations. "La tournée américaine de l’exposition s’est achevée l’an passé. Paris est la première étape de sa tournée européenne, avant Zürich, Hambourg et Londres. C’est une chance. Comme les dessins sont des originaux, donc fragiles, ils ne peuvent pas être exposés longtemps. La tournée européenne devrait donc ne durer qu’un an", explique Pauline Vermare, attachée de presse auprès de la Fondation Henri Cartier-Bresson. Trop peu de temps en somme. Car c’est bien toute une vie qu’il faudrait passer à scruter ses œuvres pour en connaître la pléthore des secrets, tant il y a de détails. Son mélange des techniques – encre, feutre, crayon, collage, gouache, aquarelle, bois, acrylique… – fait ressortir les grandes différences entre les gens. Selon lui en effet, tout individu n’est pas identique et cela l’amuse follement de faire ressortir leur diversité intérieure par des éléments extérieurs. Roland Barthes, critique et essayiste français, disait d’ailleurs très justement à propos du dessinateur qu’il "ne cesse de nous dépayser, d’enlever aux signes culturels leur patrie: il nous rend à la fois reconnaissables et étrangers; il ne détruit pas la culture, il la subvertit".

Amoureux des mots
Outre son amour des gens, c’est bien celui des mots qui l’a amené au dessin. Dans sa bibliothèque, habilement représentée en une sculpture de bois, doux chaos représentant une vie de lecture, on trouve des auteurs tels Tolstoï, Herzen, Flaubert, Kipling ou encore Dostoïevski. Steinberg disait de lui-même qu’il était un "écrivain qui dessine". Ayant été longtemps un émigrant, il trouva dans la littérature sa véritable patrie, s’identifiant fortement à Arthur Rimbaud, auteur de poèmes en prose publiés sous le titre Illuminations, titre d’ailleurs repris pour l’exposition. "Ce terme représente son attachement à Arthur Rimbaud et les décorations que l’on faisait sur les textes. Cela correspond bien à l’art de Steinberg. Il adorait jouer avec les superpositions des textes et des dessins. C’est Joel Smith, le commissaire de l’exposition qui a eu l’idée de ce titre", poursuit Pauline Vermare.

En 1943, il devient citoyen américain et connaît rapidement le succès comme dessinateur satirique des couvertures du New Yorker, avec l’apparition du chat, un de ses dessins les plus célèbres – un chat sans âge, sans nom mais indiscutablement humain. Toutes ces informations sont révélées au détour de ses dessins. Son monde imaginaire illumine le spectateur de représentations excentriques, comme l’ananas qu’il considère comme le "dragon des fruits", ou la femme-oiseau perchée sur un arbre. Les mots jetés ça et là sont leurs compagnons éternels. Une exposition emplie de fraîcheur et d’une folle simplicité… à découvrir.

Illuminations
Jusqu’au 27 juillet
Fondation Henri Cartier-Bresson
2, impasse Lebouis
75 014 Paris
www.henricartierbresson.org

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