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Sécurité présidentielle: l’engrenage de Dallas impensable aujourd’hui

Voiture décapotable, convoi roulant lentement, angle de tir dégagé: l’engrenage fatidique de l’assassinat de Kennedy serait a priori impensable aujourd’hui, les déplacements du président américain étant entourés de mesures de sécurité exceptionnelles.

Traumatisme national, la tragédie de Dallas il y a un demi-siècle représentait aussi un échec cinglant pour le Secret Service, la police chargée de protéger les présidents américains depuis 1902. “Tous les ans à cette époque, le Secret Service se voit rappeler qu’en ce jour de 1963, il a échoué. Sa mission est de garder le président en vie à tout prix, et ce jour-là il ne l’a pas fait”, explique Dan Emmett, qui fut membre de cette force d’élite de 1983 à 2004.

Pour M. Emmett, qui a relaté dans le livre “Within Arm’s Length” de savoureuses anecdotes sur ses missions auprès des deux présidents Bush et de Bill Clinton, la carence la plus criante, le 22 novembre 1963, résidait dans le choix de la voiture. “L’idée de faire passer le président dans une zone urbaine à bord d’une décapotable est complètement folle”, selon lui. Aujourd’hui, le président Barack Obama ne se déplace au sol que dans des véhicules blindés, dont une limousine qui s’apparente à un char d’assaut et est censée résister à des projectiles de gros calibre.

En 1963, la voiture de Kennedy roulait à faible allure, permettant à Lee Harvey Oswald d’ajuster ses tirs, remarque en outre Jeffrey Robinson, co-auteur du livre “Standing Next to History” avec un autre ancien du Secret Service, Joseph Petro. De nos jours, les convois présidentiels roulent vite, et “leur trajet n’est jamais annoncé à l’avance”, contrairement au jour de l’assassinat de Kennedy, souligne M. Robinson. Autre leçon de Dallas, le Secret Service ne tolère pas que des fenêtres soient ouvertes lorsque le président se trouve à proximité, explique M. Robinson pour qui la stratégie du Secret Service est d'”éliminer systématiquement les risques les plus minimes”.

Puissance de feu

Le convoi présidentiel est réputé comporter des camions équipés de détecteurs de radioactivité, de gaz chimiques ou d’agents biologiques, et capables de brouiller les signaux de déclenchement de bombes, des détails que le Secret Service refuse de confirmer. Plus visibles, les 4×4 qui suivent la limousine présidentielle sont bourrés de commandos équipés d’armes de guerre, encore un élément absent en 1963. Leur puissance de feu serait suffisante pour “attaquer un petit pays”, plaisante M. Robinson.

Lorsque M. Obama entre dans un immeuble, sa voiture se gare toujours sous une tente opaque accolée au bâtiment, l’idée étant de bloquer tout angle de tir. Les personnes censées approcher le président passent sous un détecteur de métaux et en ville, le périmètre de sécurité s’étend sur plusieurs pâtés de maison, tandis que des avions de combat sont prêts à décoller pour intercepter une menace aérienne. Dans la foulée de Dallas, le Secret Service a connu une croissance spectaculaire: de 350 policiers et 5,5 millions de dollars de budget en 1963, la force est passée à 600 policiers et 17 millions cinq ans plus tard, explique Brian Leary, son porte-parole. Le Secret Service emploie aujourd’hui 7 000 personnes et son budget atteint 1,6 milliard de dollars.

Cette hausse des moyens permet notamment aux policiers d’opérer un travail de renseignement méticuleux, absent en 1963. Ils vont même jusqu’à “interroger les hôpitaux psychiatriques pour savoir qui en est récemment sorti, ils ont une liste des gens sur lesquels ils veulent garder un oeil”, assure M. Robinson. Le Secret Service insiste aussi sur l’entraînement de ses membres, qui subissent des mois de formation intensive. “Je ne critiquerais pas ce que (les policiers) ont fait il y a 50 ans, mais l’entraînement est bien plus complet aujourd’hui”, remarque M. Leary.

L’analyse du scénario de Dallas fait partie de la formation, concède le porte-parole: “on insiste sur ce que l’on peut apprendre du passé”. Depuis 1963, malgré d’autres tentatives, notamment contre Gerald Ford et Ronald Reagan – blessé par balles au début de son mandat -, “ils n’ont plus perdu de président”, observe Vincent Palamara, auteur du livre “Survivor’s Guilt” consacré aux carences de l’agence le 22 novembre 1963. “Il y a une bonne raison à cela: ils ont vraiment tiré les leçons de Dallas”.

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