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Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy

France-Amérique : Les Français de l’étranger suivent la campagne présidentielle. Quelles sont les trois (ou quatre) bonnes raisons pour lesquelles ils devraient voter pour vous ?

Ségolène Royal : Avant tout, je tiens à dire à quel point, étant moi-même née française de l’étranger, je sais quelle est la contribution des Français expatriés à la réussite de notre pays partout dans le monde. Je sais également qu’ils sont particulièrement attachés à leur pays et à son avenir. Si je devais choisir trois raisons, je commencerais en disant que je suis la seule à incarner et à pouvoir porter un réel changement. Les deux candidats de la droite, qui ont été associés aux gouvernements précédents ou les ont soutenus, ne peuvent incarner la rupture et le regard nouveau dont notre pays a besoin. Je dirais ensuite que le projet que je porte est le seul à proposer la réforme démocratique avec une refonte profonde des institutions (mandat unique, suppression du droit de veto du Sénat en matière constitutionnelle, introduction de la démocratie participative…). J’ajoute que la société de l’ordre juste que j’appelle de mes vœux n’oppose pas les Français entre eux. C’est une société qui fonde la cohésion nationale sur la valeur travail, où les Français, parce qu’ils se sentent protégés contre toutes les formes de précarité, reprennent confiance et se réconcilient avec leurs entreprises. Enfin, je dirais que mon projet est le seul qui apporte les réponses aux grands défis qui se poseront à notre pays dans l’avenir. Je pense en particulier à l’environnement. Qu’il s’agisse de préparer l’après-pétrole ou de lutter contre le réchauffement du climat je pense être la seule à donner les réponses adaptées.

Nicolas Sarkozy : Les Français résidant à l’étranger sont une richesse extraordinaire pour la France, parce qu’ils contribuent à son influence et à son rayonnement, mais aussi pour leurs pays d’accueil. J’ai eu l’occasion de les rencontrer à plusieurs reprises à l’occasion de mes déplacements à l’étranger, j’ai écouté leurs problèmes. En tant que ministre, j’y ai apporté des solutions. Ce que je veux leur dire, c’est que l’expatriation ne doit pas être la conséquence de l’immobilisme de notre pays, elle doit être un choix. Je veux donner envie de revenir à ceux qui ont quitté la France parce qu’ils avaient le sentiment qu’ils ne pouvaient pas y réaliser leurs projets. Je veux que ceux qui s’expatrient le fassent parce qu’ils cherchent dans la vie à l’étranger une forme d’accomplissement personnel. Aux Français de l’étranger,  je fais des propositions concrètes qui leur permettront d’améliorer leur vie au quotidien, leur assureront une protection maximale, leur garantiront leurs droits et renforceront leurs liens avec la République. Cela passe par la prise en charge du coût des études secondaires au sein des lycées français à l’étranger par la collectivité nationale, par une augmentation des bourses, par le renforcement de leur sécurité dans leur pays d’accueil, par la simplification de leurs démarches administratives, ou encore par l’exonération des plus-values de cession de leur résidence unique en France. Enfin, dans le but de renforcer leur représentation, je souhaite aller plus loin en étudiant la possibilité d’instituer des députés représentant les Français de l’étranger.    

France-Amérique : Les Américains, les plus francophiles, s’interrogent sur les dysfonctionnements de la société française.  Sur le modèle d’intégration de la population immigrée longtemps admiré Outre-Atlantique. Que proposez-vous ? Sur le modèle d’éducation, là aussi longtemps admiré et aujourd’hui critiqué, notamment le système d’enseignement supérieur, que proposez-vous ?

Ségolène Royal : Je n’analyse pas les désordres de novembre 2005 en banlieue comme l’échec de notre modèle d’intégration, et je n’en déduis pas qu’un modèle dit
« communautariste » serait plus efficace. C’est la politique du gouvernement actuel et notamment de son mi-nistre de l’Intérieur qui est en cause. Je souhaite pour ma part défendre la cohésion nationale. J’engagerai une lutte résolue contre toutes les discriminations à l’embauche, dans la recherche d’un logement qui minent aujourd’hui la volonté des jeunes. Ils ne souhaitent qu’une chose : réussir leur vie. Mon projet consiste à rétablir l’égalité scolaire par le soutien scolaire gratuit, le renforcement de la présence d’adultes dans les écoles mais aussi par l’implantation de classes préparatoires aux grandes écoles dans les quartiers en difficulté. Par ailleurs, l’accès au logement devra être facilité. 120 000 logements sociaux par an seront construits et l’État pourra se substituer aux maires qui refusent de construire des logements sociaux. Enfin, l’insertion dans la vie professionnelle des jeunes sera améliorée par la création d’un droit au premier emploi, l’ouverture de 500 000 emplois tremplins, mais aussi le soutien aux associations délaissées par le gouvernement actuel. S’agissant des universités, il convient de leur redonner les moyens de l’excellence. En 5 ans, la dépense moyenne par étudiant sera portée à la moyenne des pays de l’OCDE. Leur autonomie sera renforcée et les régions seront associées à la remise à niveau des bâtiments.

Nicolas Sarkozy : Notre système d’intégration ne fonctionne plus car notre politique migratoire oscille, depuis 25 ans, entre deux extrêmes : d’une part, l’immigration pour tous qui, en acceptant d’accueillir des personnes immigrées sans travail, sans logement et sans ressources, compromet leurs chances d’insertion, d’autre part, l’immigration zéro, qui stigmatise les personnes immigrées. C’est pour sortir de cette alternative stérile que j’ai mis en œuvre une politique d’immigration choisie. À l’instar de ce qui est pratiqué dans la plupart des autres grands pays développés, elle régule les flux migratoires en fonction de nos capacités d’accueil et des besoins de notre économie. Je veux maintenant aller plus loin : notre politique migratoire doit reconnaître que le destin des personnes immigrées accueillies sur notre sol épouse celui de notre communauté nationale. C’est une idée généreuse et c’est pourquoi, si je suis élu, je créerai un grand ministère de l’Immigration et de l’identité nationale. Quant à notre système éducatif, je veux qu’il redevienne un motif d’admiration pour tous les pays du monde. Nous avons trop longtemps cru que notre objectif devait être d’augmenter le nombre de diplômés, sans voir qu’il était aussi d’augmenter la qualité des formations. Je veux donc que notre système éducatif se donne pour objectif, non seulement de conduire plus d’élèves vers l’enseignement supérieur, et plus d’étudiants vers le diplôme, mais aussi plus de diplômés vers l’emploi qualifié et très qualifié. Je veux également que nos universités redeviennent parmi les meilleures du monde, ce qui suppose de doter d’une autonomie réelle celles qui seront volontaires et d’augmenter leurs moyens.

France-Amérique : Quelles sont vos options en matière de politique culturelle ?

Ségolène Royal : Je souhaite promouvoir l’éducation artistique à tous les niveaux, de la maternelle à l’université, et soutenir davantage la création et l’emploi culturels, notamment dans le spectacle vivant. La décentralisation culturelle sera relancée. Une nouvelle législation permettra de renforcer la vigilance sur la concentration dans le domaine des médias. Je serai intransigeante dans toutes les négociations internationales sur l’exception culturelle. La production artistique échappe à la logique du seul profit immédiat. Les cultures nationales, toutes les cultures, doivent pouvoir s’exprimer. Un modèle culturel unique, imposé à toute la planète, serait non seulement appauvrissant mais dangereux car générateur de frustrations et de rejets violents.

Nicolas Sarkozy : Le cœur de mon projet, c’est d’assurer l’accès de tous les Français, et pas seulement des élites, à la culture. C’est pourquoi je propose trois mesures concrètes. Tout d’abord, j’instaurerai la gratuité de l’accès dans les musées nationaux, afin d’inciter à s’y rendre tous ceux qui ne les fréquentent jamais. Je créerai ensuite une véritable éducation culturelle et artistique, pour libérer les enfants des déterminismes sociaux dans lesquels ils sont enfermés. Enfin, je prendrai les mesures nécessaires pour orienter une part plus importante des crédits de la Culture vers la création artistique et l’acquisition des œuvres. Dans ce cadre, je confierai l’attribution des aides à la création à des agences indépendantes, qui comporteront des membres du public, comme c’est le cas en Grande-Bretagne. Je veux une culture à la fois populaire et de grande qualité. C’est parfaitement compatible. C’est en vérité la vraie culture.

France-Amérique : Les Français vivant aux États-Unis s’intéressent de très près à vos grandes options de politique étrangère ? (notamment les points de contentieux diplomatique entre les États-Unis et la France)

Ségolène Royal : La France doit être, pour les États-Unis, un partenaire solide, fiable mais sans complexe. Les Français partagent pour l’essentiel les mêmes valeurs que le peuple américain et nos intérêts sont souvent convergents. Toutefois, la France devra faire entendre sa voix chaque fois que l’administration américaine s’engagera dans une voie qui ne lui semble pas conforme à nos principes. J’ai toujours été très claire là-dessus, contrairement, peut-être à d’autres candidats. La situation que connaît l’Irak aujourd’hui montre que la France avait raison de désapprouver l’intervention et la notion de guerre préventive. Aujourd’hui, je pense que les États-Unis et l’Europe doivent travailler en commun à la résolution des grands conflits qui ensanglantent la planète. Je ne prendrai que le seul exemple du conflit israélo-palestinien pour lequel l’action des États-Unis et de l’Europe peut et doit être complémentaire.
 
Nicolas Sarkozy : Si je suis élu, ma politique étrangère reposera sur trois grands objectifs. Le premier est d’assurer la sécurité et l’indépendance de la France et des Français, mais aussi celles de nos amis et de nos alliés. Nos intérêts de sécurité ne sont plus séparables de ceux de l’Europe et de nos partenaires qui partagent notre destin et nos valeurs. Face aux nouvelles menaces – terrorisme, prolifération nucléaire, désordres d’ordre écologique – la coopération est la clef du succès. Le deuxième doit être de promouvoir sur la scène internationale les valeurs universelles de respect des droits de l’homme et de la dignité humaine. Le troisième est de promouvoir nos intérêts économiques et commerciaux, pour rendre la France plus forte dans la mondialisation. S’agissant de notre relation avec les États-Unis, ne perdons pas de vue le plus important : ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise. Mais alliés ne veut pas dire « ralliés » ; et nous devons accepter d’avoir parfois des désaccords. C’était le cas lors de la guerre d’Irak ; la France a eu raison de mettre en garde les États-Unis contre les risques d’une telle aventure. Nous aurons probablement d’autres désaccords dans l’avenir, mais je suis convaincu que nous pouvons exprimer ces différences par un dialogue constructif sans crise, sans ressentiment et surtout sans mise en scène. Notre relation doit être celle de partenaires libres, d’amis fidèles et exigeants. Notre dialogue doit être constant, franc, fondé sur le respect mutuel.

France-Amérique : Quelle est votre politique en matière de francophonie ? en matière de médias francophones ?

Ségolène Royal : Notre langue est le fondement même de notre identité. Elle doit également contribuer à ce que la France tienne son rang dans le monde. Il y aura, en 2050, trois cents millions d’hommes et de femmes qui parleront le français. Je souhaite qu’il y en ait bien davantage. La langue est un enjeu de pouvoir que je ne néglige pas. Pouvoir s’exprimer dans sa langue, c’est pouvoir aussi faire comprendre sa vision du monde. L’audiovisuel extérieur est l’un des instruments dont nous disposons. Je regrette qu’il souffre actuellement d’une dispersion des moyens et d’un manque de coordination. Ce dossier, qui a été mal géré ces dernières années, devra être remis à plat.

Nicolas Sarkozy : La promotion de la langue française doit rester un aspect essentiel de notre politique étrangère… C’est en favorisant la diffusion, non seulement de la culture et des œuvres françaises, mais également celles des autres pays francophones, que nous ferons du français une des grandes langues véhiculaires du XXIème siècle. Les médias francophones ont bien sûr un rôle essentiel à jouer et je me réjouis que nous ayons assisté cette année à la naissance de la chaîne France 24 qui va devenir, j’en suis sûr, un élément essentiel du rayonnement de la France et du français.

France-Amérique: Quelles sont vos propositions concernant l’avenir de l’union européenne ?


Ségolène Royal : Les Français ont rejeté majoritairement le Traité constitutionnel européen. C’est une réalité dont je prends acte : nos concitoyens veulent une Europe plus protectrice, dans laquelle la concurrence ne tient pas lieu de projet de société. J’ai conscience de la panne européenne actuelle et je veux faire revenir la France à la tête de l’Europe. Je propose la mise en place de politiques communes sur les grands enjeux de l’avenir : énergie, environnement, recherche. L’Europe offre la taille critique nécessaire à l’efficacité de ces politiques. Je souhaite aussi un protocole social où seront définis des minima sociaux et les droits des salariés pour éviter la mise en place d’un dumping social. L’Europe doit continuer, comme elle l’a fait dans le passé, à tirer tous ses Etats membres et tous ses citoyens vers le haut. Enfin, je négocierai avec nos partenaires un nouveau texte institutionnel qui donnera à l’Europe les outils démocratiques dont elle a besoin pour fonctionner.


Nicolas Sarkozy : Il faut d’abord réconcilier les Français avec l’Europe et permettre à l’Europe de fonctionner correctement à 27. Le traité simplifié que j’appelle de mes vœux n’est en rien une nouvelle Constitution ; il s’agit seulement d’un texte court dont l’objectif est de remédier à l’urgence institutionnelle en reprenant des mesures qui ont fait consensus pendant la campagne référendaire, y compris dans le camp du « non » : la présidence stable de l’Europe, le ministre européen des Affaires étrangères, l’extension de la majorité qualifiée et de la codécision, le droit d’initiative citoyenne ou encore le mécanisme d’ « alerte précoce » qui permet aux parlements nationaux de vérifier que les institutions européennes ont bien respecté leur champ de compétence. À plus long terme, la nécessité de doter l’Union d’un traité fondamental – appelons-le ou non « Constitution », peu importe – demeure. Ce texte de référence devra être discuté et adopté dans le cadre d’un grand débat démocratique impliquant l’ensemble des citoyens de l’Union. Par ailleurs, le temps est venu de poser franchement la question des frontières de l’Union. Les citoyens n’acceptent plus cette Europe sans limites. Pour réconcilier les citoyens avec la construction européenne, nous devons aussi rendre l’Europe plus proche et plus concrète. Nous devons remettre la croissance et l’emploi au cœur du projet européen et doter l’Union d’une véritable gouvernance économique. L’Europe doit enfin mieux faire respecter ses intérêts dans le commerce mondial en réhabilitant, quand c’est nécessaire, le principe de préférence communautaire. Ayons enfin l’audace et l’ambition de mettre en place des politiques européennes dans les domaines où nous gagnerions beaucoup à agir en commun : la recherche, l’immigration, l’environnement ou encore l’énergie.

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