Subscribe

Séraphine entre les mains de Martin Provost

Martin Provost a remporté en février 7 César pour son Séraphine, qui sort demain en salle à New York et Los Angeles. Dans ce film qui raconte l’histoire de Séraphine Louis, peintre oublié du début du XXe siècle, le réalisateur français montre avec sensibilité l’éclosion du talent artistique d’une femme qui vivait de ses ménages et puisait son inspiration dans son amour de la nature et sa foi.

Parrainez un ami à la e-Newsletter de France-Amérique, en envoyant son adresse email à info@francetoday.com et soyez parmi les cinq premiers à recevoir 2 places pour Séraphine*.

*Offre valable à partir du 5 juin à New York  et à Los Angeles.

Martin Provost aime les mains. Les siennes sont fines, soignées et se meuvent avec délicatesse voire douceur. Celles de Séraphine Louis, peintre impressionniste du début du XXe siècle dont il raconte l’histoire dans Séraphine, son troisième film, portent les stigmates d’une vie de labeur. Mais elles étaient capables de faire vivre dans toutes ses couleurs flamboyantes cette nature qu’elles adoraient toucher, sentir. « Je suis fasciné par les mains », explique Martin Provost. « On ne les aime pas assez. J’adore voir comme elles bougent, comment elles obéissent. »

Dans Séraphine, un long-métrage qui a valu cette année sept César au réalisateur français de 52 ans dont celui du meilleur film, Yolande Moreau a prêté ses mains à Séraphine Louis. Un rôle taillé sur mesure pour cette comédienne au talent immense, qui a d’ailleurs reçu un César pour sa performance. « Pendant tout le tournage, j’ai dit à Yolande de ne pas se laver les mains », poursuit Martin Provost. « Il fallait que ça ait l’air vrai. Et Yolande, à sa façon, est un peu une paysanne. Elle a son potager. Elle fait ses pommes de terre et ses tomates ».

Le bonheur de Martin Provost se voit et s’entend. Mais sa source, le cinéaste la puise ailleurs que dans les sept César qu’il a remportés : « J’ai vraiment le sentiment profond et le plus sincère d’avoir rempli une mission et servi à quelque chose », dit-il. « C’est un sentiment formidable. La fondation Dina Vierny, m’a récemment appelé pour m’annoncer que Séraphine serait exposée de manière permanente au musée Maillol à Paris. Ce sont des petites choses et des petites victoires pour les gens humbles, qui sont toujours dans l’ombre mais font autant que les autres. »

L’histoire de ce film, gros succès populaire dans l’Hexagone, est improbable. Martin Provost s’est lancé dans ce projet alors qu’il traversait une passe difficile dans sa carrière. Un projet de film sur lequel il avait travaillé pendant deux ans n’avait pas abouti. « J’étais complètement désespéré », glisse-t-il. « Je voulais arrêter. Je me disais que ça ne servait à rien. Rien ne marchait. Séraphine est tombée au bon moment juste pour préciser quelque chose en moi et me donner du courage de continuer et de ne pas flancher. »

Séraphine n’est pas entrée par hasard dans la vie de Martin Provost. « Une amie qui travaille à la radio m’a dit que je devrais m’intéresser à Séraphine Louis », poursuit-il. « Je lui ai demandé qui c’était et pourquoi je devais le faire. Elle m’a répondu : Cherche et tu comprendras ». Au fil du temps, j’ai parfaitement compris ce que c’est de vivre sa vocation dans l’ombre. »

Le sourire que Martin Provost laisse échapper lorsqu’on lui fait remarquer qu’il n’a réalisé « que » trois films à plusieurs années d’intervalle et qu’il était, il y a quelques mois, parfaitement inconnu du grand public, en dit long sur les difficultés à vivre de sa passion. « L’écriture a toujours été pour moi une façon de rester en bonne santé mentale », confie-t-il. « Dès que ça ne va pas, je m’enferme et j’écris. C’est une hygiène ». Dans Léger, humain, pardonnable, un roman largement autobiographique publié l’année dernière, il parle de la mort accidentelle de son frère et de l’avortement de sa sœur, deux éléments marquants d’une jeunesse tourmentée par la découverte de son homosexualité. Il raconte avec simplicité sa relation difficile avec son père, son amour sans bornes pour sa mère, son quotidien dans le petit village de Bretagne, où il a grandi et où il a cultivé cette passion pour le cinéma qui l’anime depuis son adolescence. « Le premier film qui m’a marqué fut Cris et Chuchotements de Bergman », explique-t-il. « J’avais 15 ans et ce fut un choc. Je me suis rendu compte que le cinéma était un mode d’expression en plus d’être un divertissement ».

Après avoir passé son bac, Martin Provost part pour Paris « avec sa petite valise » pour tenter de devenir comédien. À son arrivée dans la capitale, il a « de la chance » et commence à écrire et à travailler « très vite ». « Je suis entré à la Comédie française un peu par accident, par la petite porte », raconte-t-il. « On m’a proposé d’y rester comme pensionnaire. Je suis resté ». Au bout de quelques années, Martin Provost décide pourtant de se consacrer définitivement à l’écriture de films et de romans. Un choix qu’il déterminé lors d’un passage à New York il y a 20 ans. « Cela était extrêmement difficile de faire des films », glisse-t-il. « Et en même temps, je pense que j’ai eu plus de chance que d’autres. J’ai toujours pu vivre de ma plume et faire ce que je voulais. Un peu comme Séraphine, je suis resté dans mon axe. Et j’arrive peut-être au bon moment. »

À écouter Martin Provost, Séraphine fut plus qu’un film pour lui. Il décrit son expérience pendant le tournage comme « particulière ». « J’avais le sentiment que Séraphine était là », conclut-il. « Je faisais des rêves incroyables. Je crois avoir eu l’impression d’avoir accès – si l’on peut parler de spiritualité et même si ce mot est galvaudé – à une dimension extrasensorielle. Quelque chose s’est passé en moi qui me donne confiance en une dimension de l’être humain qui n’est pas seulement animale. »

Infos pratiques
Séraphine de Martin Provost avec Yolande Moreau et Ulrich Tukur. Sortie à New York et Los Angeles le 5 juin et dans le reste des États-Unis cet été.

Autres films : Le ventre de Juliette (2003), Tortilla y Cinema (1997).
À lire : Léger, humain, pardonnable (2008, Le Seuil)

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related