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Sexe et tabac : le coup fumeux d’une campagne anti-cigarette

L’association “Droits des non fumeurs” (DNF), qui milite depuis plus de 50 ans pour la défense des non-fumeurs, lance une campagne de communication “choc” à destination des jeunes, pour les persuader que fumer n’est pas une émancipation mais une soumission et une dépendance.

Trois visuels, réalisés gratuitement pour DNF par l’agence BDDP et Fils, montrent des jeunes, la cigarette à la bouche, à genoux devant un adulte en complet veston ou en chemise, qu’ils regardent. De l’adulte on ne voit que le ventre et la main, qui pèse fortement sur la tête du jeune. La légende : “Fumer c’est être l’esclave du tabac”. Pour l’association, ces visuels “chocs et dérangeants” symbolisent “la soumission”.

Rappelant la hausse du tabagisme chez les jeunes, DNF dit vouloir ainsi “réagir à l’indifférence désespérante des jeunes à l’égard des discours anti-tabac” et “rompre avec la tiédeur des campagnes préventives”.

Sur le site de DNF, une personne estime que cette campagne “crée une analogie entre la dépendance au tabac et les abus sexuels”, qu’elle “banalise”. Gérard Audureau, président de DNF, admet volontiers la connotation sexuelle des images, mais refuse l’idée de viol, puisque la consommation de tabac est “volontaire”.

“Depuis 18 ans on essaie d’informer les jeunes sur les dangers du tabac”, a-t-il indiqué. “Jusqu’à maintenant on l’a fait gentiment, sur l’aspect santé, avec des poumons détériorés”, mais “les jeunes se sentent invincibles, immortels”. “L’aspect sexuel les touche beaucoup plus que la maladie”, dit-il.

La campagne a été mise au point après une enquête auprès de lycéens qui a donné, selon M. Audureau, “des réponses très favorables”. Les gens qui seraient choqués, “ce sont les plus de 50 ans et ce n’est pas eux qu’on vise”, dit-il.

En parallèle, l’association lance une vidéo – visible sur Youtube ou Dailymotion – réalisée par Yvan Attal sur le thème : “Fumer, c’est servir de décharge aux pires produits toxiques” – tels qu’acétone, arsenic, DDT, ammoniaque et polonium 210.

Cette campagne sort alors même qu’un fabricant de cigarettes distribue des cendriers dans des stations de ski, pour selon M. Audureau, “blanchir son image”. Mais, dit-il, “c’est contraire au code de santé publique, qui interdit de distribuer quelque chose qui rappelle les produits du tabac”.

Pour DNF, ces visuels, “chocs et dérangeants”, symbolisent seulement “la soumission” au tabac.

Familles de france outragée

L’association Familles de France a déposé une plainte mardi devant le Jury de déontologie publicitaire, une instance nommée par l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP) qui peut, en cas de manquement aux règles professionnelles, demander l’arrêt immédiat de la diffusion d’une campagne.

“Le message est sain en lui-même, l’idée de cette campagne est noble”, a estimé Christiane Therry, déléguée générale de Familles de France. Mais la campagne est “déplacée” et l’image “ambiguë”, avec un message “incompréhensible”.

“On abaisse les jeunes devant une autorité d’adulte”, “ça laisse penser qu’on assiste à une fellation, on humilie la jeunesse”, dit-elle. La féministe Florence Montreynaud, qui créa il y a dix ans la Meute, réseau international qui lutte contre les publicités sexistes, considère la campagne comme “indigne”.

“C’est un abominable retour en arrière de tout ce qu’on a fait depuis 40 ans”, a-t-elle réagi. Membre “depuis 30 ans” de l’association DNF et en général “d’accord avec tout ce qu’ils font”, elle demande “l’arrêt immédiat” de cette campagne.

La militante féministe voit dans ces photos une “banalisation de la violence sexuelle masculine”.

Elle déplore “l’inefficacité” de l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité, “qui n’intervient qu’après coup pour tout ce qui n’est pas télévision”, et donc seulement “quand le débat public s’enflamme”.

Le porte-parole de la filiale française de British American Tobacco, Yves Trévilly, regrette que, “parce qu’il travaille pour un fabricant de cigarettes il puisse être assimilé à un violeur ou à un pédophile”.

“Et tous les salariés des cigarettiers, et les 29 000 buralistes, est-ce que ce sont potentiellement des pédophiles et des violeurs ?”, s’est-il interrogé en rappelant que le tabac est un produit vendu légalement sous monopole d’Etat.

“Et que pense Roselyne Bachelot (ministre de la Santé, ndlr) de l’utilisation des subventions versées à une association qui se permet de laisser penser que l’Etat participe aussi à ces actes de viols ou de pédophilie ?”, a-t-il lancé.

Enfin la Confédération des Buralistes a estimé que “cette campagne va trop loin”. “Ce n’est plus de la prévention mais de la provocation déplacée”, dit-elle.

Nadine Morano monte au créneau

Plusieurs associations, ainsi que la secrétaire d’Etat à la famille, Nadine Morano, ont demandé mardi l’arrêt d’une campagne anti-tabac qu’elles jugent “choquante” ou “décalée”.

“Cette suggestion me semble intolérable”, a dit Mme Morano, jugeant sur RMC la campagne comme “profondément choquante”. Elle va demander, “au titre de l’outrage public à la pudeur”, l’interdiction de cette campagne qui compare le tabagisme à une fellation exécutée sous la contrainte.

“On peut choquer sur le tabac, cela ne me dérange pas, mais il y a d’autres campagnes à faire que cela”, a expliqué Mme Morano au micro de RMC. Il y a d’autre moyens pour expliquer aux jeunes que la cigarette rend dépendant, au moment où on lutte contre la pédopornographie”, a ajouté la secrétaire d’Etat.

L’association, qui milite depuis plus de 50 ans pour la défense des non-fumeurs, dit vouloir ainsi “réagir à l’indifférence désespérante des jeunes à l’égard des discours anti-tabac” et “rompre avec la tiédeur des campagnes préventives”.

Roselyne Bachelot crie au scandale

La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, a estimé mardi que la campagne contre le tabagisme chez les jeunes, conduite par l’association Droits des non-fumeurs, était “inappropriée” et pouvait être “contre-productive”.

“D’un côté, évidemment, j’approuve tout ce qui dénonce la manipulation des jeunes consommateurs par les fabricants de tabac”, a souligné la ministre sur RTL. Mais, ajoute-t-elle, “je comprends que cette campagne puisse choquer parce qu’elle est inappropriée”.

Elle reconnaît néanmoins qu'”il faut maintenant passer à des images choc”. “Les fleurs et les petits oiseaux ont montré leurs limites dans ce domaine”, dit-elle. “Mais on peut avoir des images chocs, en particulier en ce qui concerne la santé publique, sans avoir ce type de connotation qui peut abîmer ou gêner, et peut-être être contre-productive”, a ajouté Mme Bachelot.

La campagne de prévention anti-tabac de la DNF réalisée par Yvan Attal dans laquelle des malfrats proposent de faire avaler des produits chimiques par l’intermédiaire des cigarettes aux jeunes:

 

  

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