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Simone Veil, élue à l’Académie Française

Simone Veil, “éternelle”. L’ancienne ministre et présidente du Parlement européen, Simone Veil, a été élue jeudi à l’Académie française, au premier tour de scrutin, a annoncé l’institution. A 81 ans, elle reprend le fauteuil de l’ancien Premier ministre Pierre Messmer, décédé le 29 août 2007, avec 22 voix sur 29 votants, cinq bulletins blancs et deux marqués d’une croix signifiant le refus de tous les candidats.

Retour sur “une vie” de femme engagée

Charismatique et populaire, Simone Veil s’est engagée, au fil d’une vie marquée par sa condition de juive, dans les combats emblématiques de son époque, de la condition des femmes à l’Europe.

Attachée aux valeurs morales et républicaines, cette féministe inflexible fut la première femme secrétaire général du Conseil supérieur de la magistrature, la première ministre d’Etat, et présidente du premier Parlement européen.

Simone Veil, 81 ans, surnommée “Momone”, possède avec son chignon noué et ses tailleurs Chanel un côté rassurant et maternel mais son regard vert acéré est parfois traversé d’éclairs. Ils en disent long sur son caractère, exigeant, passionné, autoritaire, voire “épouvantable” selon certains, sur son esprit prompt à la rébellion et à la colère.

Née le 13 juillet 1927 à Nice, fille d’architecte, Simone Jacob est déportée en 1944 au camp de concentration d’Auschwitz, avec sa famille. Elle en revient avec ses deux soeurs, mais sans parents ni frère. “Je crois être une optimiste, mais, depuis 1945, je suis dénuée d’illusions”, a dit cette ennemie de la langue de bois qui n’oubliera jamais de reprocher à certains “amis” politiques leurs “dérives extrêmes-droitières”.

Elle rencontre en 1946 à Sciences-Po Antoine Veil, futur directeur général de la compagnie aérienne UTA. Le couple a eu trois fils, dont l’un est décédé en 2002, et douze petits-enfants.

Magistrate, Simone Veil rejoint en 1956 l’administration pénitentiaire puis s’occupe des problèmes d’adoption. Elle entre en politique en 1974 comme ministre de la Santé dans le gouvernement Chirac. Son combat pour faire adopter la loi – avec l’appui de Jacques Chirac et de la gauche et contre une partie de la droite – sur l’interruption volontaire de grossesse, fait d’elle pour longtemps la personnalité politique la plus populaire de France.

Les attaques qu’elle subit sont violentes. “On avait inscrit sur la porte de mon domicile: + Veil = Hitler +”, se rappellera celle qui est aujourd’hui présidente d’honneur de la Fondation pour la mémoire de la Shoah. Il restera, dans la mémoire collective, l’image d’une femme anéantie, pleurant fin 1974 en pleine Assemblée nationale mais ne cédant pas.

Tête de liste du centre-droit à la première élection de l’Assemblée des communautés européennes au suffrage universel, en juin 1979, Simone Veil est élue présidente du Parlement de Strasbourg, jusqu’en 1982. “Le fait d’avoir fait l’Europe m’a réconciliée avec le XXe siècle”, assurait cette pionnière.

Dans le gouvernement Balladur de 1993, elle devient ministre d’Etat, chargée des Affaires sociales, Santé et Ville. Partisane de Raymond Barre à la présidentielle de 1988, elle soutient Edouard Balladur dans la course à l’Elysée en 1995.

En 1997, elle préside le Haut-conseil à l’intégration et en 1998 siège au Conseil constitutionnel, jusqu’en 2007. Malgré le devoir de réserve imposé, elle appelle en 2005 à voter “oui” à la Constitution européenne.

Simone Veil, qui se revendique athée, est une centriste historique qui a rejoint l’UDF tardivement. Mais elle a incarné, comme ministre, la fibre sociale et a parfois pris des positions proches de la gauche. Son soutien à Nicolas Sarkozy en 2007 au détriment de François Bayrou, illustre sa singularité dans le paysage politique qui explique sans doute sa popularité.

Nicolas Sarkozy salue le “perpetuel courage” de Simone Veil

Nicolas Sarkozy a rendu hommage jeudi au “perpétuel courage”, à la “liberté” et à “l’indépendance d’esprit” de l’ex-ministre et présidente du Parlement européen Simone Veil, élue à l’Académie française au siège de Pierre Messmer.

Le chef de l’Etat “tient à rendre hommage au nom de la République à la +femme d’État+ toujours au service de la France et à son perpétuel courage dans ses combats pour la liberté des femmes, pour l’Europe ou pour la mémoire de la Shoah”, a indiqué l’Elysée dans un communiqué.

“Les Français ont pu mesurer au cours des années dans son action l’âpreté de toutes les luttes qu’elle a menées pour eux, mais aussi sa droiture, son irrésistible détermination, son ardente volonté: toutes ces qualités qu’elle a placées à leur service. Simone Veil appartient à leur mémoire commune et ils apprécient à la fois sa liberté et son indépendance d’esprit”, ajoute le texte de la présidence de la République.

Nicolas Sarkozy a également honoré “le parcours hors du commun de Mme Simone Veil, dont la Nation est si fière aujourd’hui: rescapée du camp d’Auschwitz dont une partie de sa famille ne reviendra pas, elle suivra par la suite le parcours de l’excellence républicaine qui la mènera de la magistrature aux plus hautes fonctions de l’État”.

“Plusieurs fois ministre, présidente du Parlement européen, membre du Conseil constitutionnel, elle est un exemple pour nous tous”, a-t-il conclu.

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