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Simone Veil, une grande dame chez les « immortels »

Majestueuse dans son habit vert Chanel, Simone Veil, grande dame politique, rescapée des camps de la mort, féministe et femme préférée des Français, a fait jeudi son entrée à l’Académie française sous une Coupole vibrante d’admiration pour cette sixième “immortelle” de son Histoire.

Mme Veil, 82 ans, occupera le treizième fauteuil de la vénérable institution, laissé vacant par l’ancien Premier ministre Pierre Messmer, et qui fut aussi celui de Racine. “Mon père, “disparu dans l’enfer de Bergen-Belsen, quelques jours avant la libération des camps (…), révérait la langue française”, a relevé Mme Veil avec émotion dans son discours. “Plus encore que je ne le suis, il serait ébloui que sa fille vienne occuper ici le fauteuil de Racine”, a assuré la nouvelle académicienne, déportée avec sa famille à Auschwitz-Birkenau en 1944, à 16 ans.

Pas moins de trois présidents de la République étaient présents: Nicolas Sarkozy, venu finalement rendre hommage à Mme Veil après avoir annoncé mercredi qu’il n’irait pas Quai Conti, Jacques Chirac, qui lui a remis mardi son épée d’académicienne à la lame gravée de son numéro de déportée, et Valéry Giscard d’Estaing, académicien depuis 2003.

Son mari Antoine Veil et plusieurs de ses petits-enfants, ainsi que le Premier ministre François Fillon, ont également assisté à la réception de cette ardente féministe, qui fit voter la loi de 1975 portant son nom et légalisant l’interruption volontaire de grossesse (IVG), au terme d’âpres débats.

L’ancienne ministre et présidente du Parlement européen a déploré récemment que le Conseil constitutionnel, où elle a siégé pendant neuf ans, ne compte plus désormais qu’une seule femme. Avec l’arrivée de Mme Veil et la disparition en 1987 de Marguerite Yourcenar, première élue sous la coupole en 1980, cinq femmes portent désormais l’habit vert sur 40 membres. Les autres immortelles sont l’helléniste Jacqueline de Romilly, l’historienne Hélène Carrère d’Encausse et les écrivains Florence Delay et Assia Djebar. “Tout en considérant que la langue française demeure le pilier majeur de notre identité, je demeure surprise et émerveillée que vous m’ayez conviée à partager votre combat”, a-t-elle poursuivi, avec modestie.

Selon la tradition, Mme Veil a fait l’éloge de son prédécesseur et retracé le parcours “de ce héros de notre temps que fut Pierre Messmer”, décédé en 2007. “L’esprit de la France libre semble planer sur ce fauteuil”, occupé avant M. Messmer par Maurice Schumann, a souligné Mme Veil, avant d’évoquer son propre combat pour l’Europe.
Dans sa réponse, l’académicien Jean d’Ormesson a évoqué avec talent l’itinéraire de cette femme d’exception, née Simone Jacob le 13 juillet 1927 à Nice, et insisté sur l’épreuve des camps de la mort: “ce qui vous a sauvé du désespoir, c’est le courage, l’intelligence, la force de caractère et d’âme. Et c’est l’amour: il succède à la haine”.“Vous incarnez plus que personne les temps où le Mal s’est déchaîné (…) et où quelques-uns, comme vous, ont lutté contre lui avec détermination et courage”, a-t-il dit.L’écrivain a ensuite rappelé le combat de Mme Veil pour les droits des femmes. La loi Veil, “c’était une victoire historique. Elle inscrit à jamais votre nom au tableau d’honneur de la lutte, si ardente, pour la dignité de la femme”.

Quelque 150 militants anti-IVG, selon la police, ont manifesté à proximité de l’Académie pendant la cérémonie.

“Comme l’immense majorité des Français, nous vous aimons Madame”, a conclu M. d’Ormesson, charmeur. “Soyez la bienvenue au fauteuil de Racine qui parlait si bien de l’amour”.

 

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