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Six mois après la marée noire, les pêcheurs sentent le poids de l’oubli

Six mois après l’explosion d’une plateforme dans le golfe du Mexique qui a entraîné une marée noire catastrophique dans le sud des Etats-Unis, les pêcheurs de la région craignent que les aides promises ne s’évaporent plus vite que le pétrole.

Tout au long des trois mois durant lesquels le pétrole n’en finissait pas de souiller le golfe du Mexique, les pêcheurs – de crevettes en majorité – et les ostréiculteurs ont occupé le devant de la scène médiatique. Le président Barack Obama, très remonté contre BP, l’exploitant de la plateforme, a plusieurs fois fait le voyage dans le “Vieux Sud” pour s’enquérir du sort des habitants du golfe du Mexique, dont la pêche est une des principales ressources. Mais près de 4,9 millions de barils plus tard, la “pire catastrophe écologique qu’aient connu les Etats-Unis”, ainsi que l’a qualifiée M. Obama, ne fait plus recette dans les médias américains. Et nombreux sont les pêcheurs qui disent toujours attendre de recevoir des compensations du fonds d’indemnisation de 20 milliards de dollars mis en place par BP. A l’instar des pêcheurs de la paroisse (comté) de Plaquemines, près de La Nouvelle-Orléans.

A en croire Byron Encalade, président de l’association des ostréiculteurs et d’une coopérative de pêche, 20% des pêcheurs et des ostréiculteurs de son village attendent toujours d’être indemnisés. “Je suis très déçu par l’état des choses six mois plus tard”, se lamente M. Encalade. “Ici, les ostréiculteurs ont connu une mortalité de 100% dans leurs parcs à huîtres. Ils n’ont plus rien”, explique-t-il au cours d’un entretien accordé à l’AFP. Surtout, quelque 70% des eaux du golfe fermées au moment de la catastrophe sont toujours interdites à la pêche. Pour les 30% restants, les autorités ont donné leur feu vert à la pêche et à la commercialisation des produits. Mais M. Encalade s’inquiète de ce que le secteur de la pêche, qui pèse environ trois milliards de dollars en Louisiane, souffre durablement de la mauvais image que lui a conférée la marée noire.

Mardi, le contre-amiral Paul Zukunft, un des responsables gouvernementaux chargés de la gestion de la crise, a expliqué qu’une “flotte de bateaux a été affrétée. A chaque prise, nous examinons de 50 à 60 espèces différentes de poissons.” Mais pour Byron Encalade, ça n’est pas assez. “Je sais que des analyses sont faites, mais il va falloir une campagne d’information très offensive pour que cela se sache. Ce n’est pas seulement en sentant et en observant les fruits de mer que nous allons nous en sortir”, martèle-t-il. A ce problème d’image s’ajoute celui engendré par le pétrole lui-même. Selon Jonathan Henderson, membre d’une association pour la préservation du golfe du Mexique, le brut est toujours bien présent dans la colonne d’eau. Le pétrole a certes été dispersé par des produits chimiques, “mais il n’a pas disparu. Il est toujours sur le sol marin et il continue à échouer sur nos plages et dans nos marécages de la Louisiane à la Floride”, explique M. Henderson. Le contre-amiral Zukunft a beau assurer que “le nettoyage” se poursuit, pour Jonathan Henderson, “la catastrophe continue. Avec le temps, les gens vont le comprendre. Ce que je crains, c’est l’impact (du pétrole) sur les espèces marines, les poissons. Cela pourrait s’avérer ravageur”.

 

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