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Société Générale: Jérôme Kerviel renvoyé devant le tribunal

Symbole malgré lui des dérives du monde de la finance, l’ex-trader de la Société Générale Jérôme Kerviel a été renvoyé lundi devant le tribunal correctionnel de Paris pour répondre des 4,9 milliards d’euros de pertes qu’il est soupçonné d’avoir provoqués.

Les juges Renaud van Ruymbeke et Françoise Desset ont signé lundi leur ordonnance renvoyant l’homme de 32 ans devant le tribunal, considérant que Jérôme Kerviel avait outrepassé son mandat en prenant des positions hors normes sur les marchés financiers.

Il sera ainsi jugé pour abus de confiance, faux et usage de faux et introduction frauduleuse de données dans un système de traitement automatisé, selon des sources proches du dossier, confirmant une information du Figaro.

Le jeune homme originaire de Bretagne, qui avait gravi les échelons de la salle des marchés de la Société Générale pour devenir trader, a pris des positions sur les marchés financiers atteignant jusqu’à 50 milliards d’euros en les dissimulant à la banque. Il est notamment soupçonné d’avoir eu recours à des ordres fictifs passés sur les marchés pour camoufler ses agissements.

Pour les juges d’instruction, Jérôme Kerviel a agi seul: son assistant trader, Thomas Mougard, a finalement été blanchi et bénéficié d’un non-lieu.

Les juges l’avaient dans un premier temps mis en examen pour complicité d’introduction de données frauduleuses dans un système de traitement automatisé, le soupçonnant d’avoir passé en connaissance de cause des ordres irréguliers.

Lorsque la fraude, découverte le 18 janvier 2008 par la Société Générale, a été annoncée le 24 à la presse, elle a provoqué un séisme sur les places financières internationales où l’on s’est interrogé sur la vulnérabilité du système bancaire et du marché.

Qualifié abruptement de “terroriste” par le patron de la SocGen Daniel Bouton, Jérôme Kerviel avait immédiatement reconnu sa part de responsabilité.

Changeant d’avocats, il a adopté ensuite une stratégie plus offensive, suggérant une implication pénale d’autres salariés de la banque. Ni les juges ni le parquet ne l’ont suivi dans cette voie.

Selon son avocat Me Olivier Metzner, qui n’a pu être joint dans l’immédiat, “la banque n’a pu ignorer la globalité des engagements réels de Jérôme Kerviel”. Or, si elle avait connaissance de ses agissements, le trader ne peut avoir commis d’abus de confiance au préjudice de la banque, soutient-il.

Pour Jean Veil, l’un des avocats de la Société Générale, qui n’avait pas confirmation lundi soir du renvoi de M. Kerviel, “si les informations sont exactes, la thèse de la Société Générale est confirmée en tous points par les deux juges d’instruction: la confiance de la hiérarchie a été abusée et M. Kerviel agissait seul”.

“Malgré ses changements de stratégie, M. Kerviel a été dans l’incapacité de convaincre les juges”, a ajouté l’avocat à l’AFP. Jérôme Kerviel encourt cinq ans de prison et 375.000 euros d’amende.

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