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Sophie Calle larguée à New York

Dans une exposition participative, Sophie Calle a sollicité 107 femmes et leur a donné à lire, jouer, analyser ou interpréter sa lettre de rupture. Une exposition à Chelsea qui invite à gloser et réfléchir sur les déboires amoureux de l’artiste.

Rien n’est jamais privé chez Sophie Calle. Ce qui n’enlève rien à son œuvre : fidèle aux sentiments qui l’inspirent, elle a pris au pied de la lettre les derniers mots de son ancien amant, « Prenez soin de vous » (Take care of yourself) – expression sans doute la moins personnelle de cette lettre. Sophie Calle a « pris soin d’elle » en la transmettant à d’autres femmes, « choisies pour leur métier », précise l’artiste. L’exposition actuellement présentée à la Paula Cooper Gallery s’organise ainsi comme une relecture mosaïque de l’email de rupture de « X ».

Avec cette lettre qui déleste « X » du poids de sa maîtresse, Sophie Calle saisit au vol un droit de réponse. Elle offre sa rupture au regard scrutateur de spécialistes, à leur introspection ou leur analyse. L’artiste française s’est entourée de quelques people : la sexologue Catherine Solano, la diplomate Leila Shahid ou la journaliste Florence Aubenas. Avec l’aide de Daniel Buren et à travers un ensemble de photographies, réécritures, vidéos, chansons et danses, Amira Casar, Jeanne Moreau, les chanteuses Camille et Peaches sont exposées au milieu d’anonymes : une joueuse d’échecs, une traductrice, une lexicographe, une commissaire de police, une adolescente, et même un très symbolique perroquet, qui radote sur son perchoir.

Derrière cette opération impudique qui n’est ni un hommage ni un enterrement, ces femmes qui s’approprient la lettre de « X » sont appelées, fatalement, à se prononcer sur la nature de cette lettre comme sur celle de son auteur. Les mots auscultés et mesurés sont soumis à leur jugement et à leur verdict, parfois laminaire. «Rupture sentimentale, rupture technologique ? », se demande l’une d‘elles. « Il se la pète », estime une ado par texto. Une diplomate remarque que l’amant redoutait la confrontation, une psychologue retient la « sexualité anxiogène » qui transpire de la lettre. Le tout sans évacuer pour autant l’inconfort que peut susciter  cette démarche. L’écrivain Christine Angot voit dans le geste de Sophie Calle un « chœur de la mort » : ces femmes que l’artiste a convoquées se livreraient collectivement, selon elle, à la négation de l’homme en question.

Cet étalage intime n’est pas nouveau, Sophie Calle travaille depuis les années 70 à investiguer et cataloguer de façon frontale sa vie intérieure. Reliques et autres débris collectés au fil de ses expériences sont souvent mis en scène dans son œuvre. L’exposition « Prenez soin de vous » et sa rupture itinérante, présentées à la Biennale de Venise en 2007, ont voyagé à la BNF de Paris en passant aujourd’hui par Chelsea et seront bientôt visible au Brésil.

Infos pratiques :

À la Paula Cooper Gallery jusqu’au 23 mai
534 West 21st Street
212 255 1105

 

 

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