Subscribe

Soudan du Sud : découverte d’un charnier, les rivaux Machar et Kiir se disent prêts à discuter

Un charnier a été découvert au Soudan du Sud, après l’annonce en série de meurtres entre ethnies et au moment où les combats entre forces gouvernementales et rebelles de l’ex-vice président Riek Machar ne cessent de s’étendre.

Riek Machar, limogé en juillet, s’est finalement dit prêt à “engager des pourparlers” avec son rival dans Addis Abeba, au cours d’un entretien avec Radio France Internationale. L’ONU a annoncé la découverte du charnier à Bentiu, capitale de l’Etat pétrolier d’Unité. “Nous avons découvert un charnier à Bentiu, et il y en aurait deux autres à Juba”, la capitale sud-soudanaise, a affirmé depuis Genève la Haut-commissaire de l’ONU chargée des droits de l’Homme, Navi Pillay.

Elle a également dénoncé des “exécutions de masse, en dehors de tout jugement, le ciblage d’individus sur la base de leur appartenance ethnique et les détentions arbitraires” au Soudan du Sud ces 10 derniers jours. Ces déclarations font écho à des témoignages qui font état de massacres, meurtres et viols perpétrés sur la base de critères ethniques par des forces gouvernementales et les rebelles pro-Machar.

Un peu plus tôt, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, avait affirmé que l’ONU enquêterait “sur les accusations de graves violations des droits de l’homme et de crimes contre l’humanité”. “Ceux qui sont responsables à un haut niveau devront en répondre personnellement et faire face aux conséquences, même s’ils prétendent n’avoir pas été au courant des attaques”, avait-il ajouté.

Le Soudan du Sud est en proie à d’intenses combats depuis le 15 décembre, le président Kiir ayant accusé son ancien vice-président de tentative de coup d’Etat. Riek Machar dément, accusant Salva Kiir de vouloir éliminer ses rivaux, mais ses hommes ont depuis pris deux capitales régionales stratégiques : Bentiu et Bor, dans l’Etat chroniquement instable du Jonglei. Au moins 45 000 civils sont réfugiés dans des bases onusiennes débordées, dont 20 000 à Juba seule, selon l’ONU.

Face à l’ampleur de la crise, M. Ban a recommandé au Conseil de sécurité de renforcer de 5 500 hommes le contingent de quelque 7 000 Casques bleus déjà présent dans le pays. Des centaines de milliers d’autres personnes ont très probablement fui dans la brousse. Officiellement les récents combats ont fait 500 morts, mais là encore, ce bilan est certainement largement sous-estimé. Les combats touchent désormais la moitié des 10 Etats du jeune Etat, indépendant en 2011 : ceux de Jonglei, d’Unité, d’Equateur central (Juba), mais aussi du Haut-Nil ou encore d’Equateur oriental.

Efforts diplomatiques

Dans leur lutte politique pour le pouvoir, les deux rivaux instrumentalisent les antagonismes entre leur ethnie réciproque: les Nuer de Machar, les Dinka de Kiir. Réfugiés dans une base onusienne de l’ONU, deux Nuer ont raconté avoir été arrêtés avec 250 autres hommes par des soldats sud-soudanais, qui ont ouvert le feu sur eux dans un poste de police de Juba. Simplement, disent-ils, parce qu’ils appartenaient à l’ethnie de Riek Machar.

“Pour survivre, il fallait se recouvrir des cadavres des autres, et pendant ces deux jours, les corps ont commencé à sentir vraiment mauvais”, a dit l’un d’eux, ne donnant que son prénom, Simon. Le gouvernement nie être derrière toute violence à caractère ethnique. Mais de nombreux autres témoignages laissent penser qu’un schéma brutal de violences intercommunautaires, dont des meurtres et des viols, est en place depuis qu’ont commencé les affrontements.

Des informations similaires ont émergé de régions aux mains des rebelles pro-Machar, dont l’attaque d’une base de l’ONU par des jeunes nuer à Akobo, dans le Jonglei. Là, deux Casques bleus indiens ont été tués et l’ONU craint que des civils dinka qui s’étaient réfugiés dans la base aient été massacrés. La communauté internationale, ONU et Etats-Unis en tête, espère malgré tout toujours stopper l’escalade de violence par la diplomatie.

Les Etats-Unis ont été les parrains de l’indépendance du Soudan du Sud en 2011 et son principal soutien depuis. Riek Machar, qui dit toujours vouloir le départ de Salva Kiir, a informé le secrétaire d’Etat américain John Kerry de sa décision d’entamer des pourparler avec son rival, et, dans ce but, de la formation d’une délégation. Salva Kiir s’est déjà dit prêt à négocier. Au-delà de la catastrophe humanitaire annoncée, les combats menacent la production pétrolière sud-soudanaise, et l’économie dans son ensemble – l’or noir représente 95% de la fragile économie nationale.

Selon des analystes du groupe de recherche JBC Energy, citant le ministère du Pétrole du Soudan du Sud, “la production de pétrole de l’Etat d’Unité est à l’arrêt, ce qui entraîne une perte de production de 45 000 barils par jour”. “Alors que l’année touche à sa fin, le risque d’une guerre civile, qui pourrait entraver la production de pétrole du pays qui atteint environ 250 000 barils par jour, augmente”, ont-ils ajouté dans une note à leurs clients.

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related