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Step up to the plate : famille, succession et petits plats

Après une série de portraits de grands chefs français, Paul Lacoste aborde dans son dernier documentaire, Entre les Bras (Step Up to the Plate), la thématique de la transmission d’un savoir-faire. Au cœur de l’Aveyron, sur le plateau de l’Aubrac, le célèbre chef Michel Bras s’apprête à céder son restaurant trois fois étoilé à son fils, Sébastien. En salle à partir du 14 septembre aux Etats-Unis, le film traite d’un sujet universel : la relation entre un père et son fils. Rencontre avec son réalisateur.

France-Amérique : Pourquoi avez-vous décidé de réaliser ce documentaire ?

Paul Lacoste : Il y a 12 ans, j’ai réalisé une série de documentaires pour la télévision française qui s’appelait “L’invention de la cuisine”. J’y racontais le processus de création de la cuisine en montrant les cuisiniers comme des artistes qui s’expriment avec leurs assiettes. Le premier d’entre eux était consacré à Michel Bras. En tournage, j’ai rencontré son fils, Sébastien. J’ai adoré ce couple et la relation qu’ils entretenaient. Alors quand j’ai appris que Michel Bras s’apprêtait à céder les rênes de son restaurant à son fils, j’ai eu envie de filmer cette transmission. La cuisine, c’est à la fois de l’art et de l’artisanat. L’artisanat se transmet facilement. Mais pour l’art, c’est autre chose. Je voulais montrer ce qui pouvait être transmis et ce qui ne le pouvait pas.

Comment expliquez-vous votre intérêt pour la cuisine ?

La cuisine est un territoire magnifique parce que cela parle à la fois d’art, de famille, de sensations, de souvenirs, de techniques, d’artisanat, d’industrie, d’amour… c’est d’une richesse inouïe. Les cuisiniers sont des artistes, mais pas des “intellectuels” comme le sont beaucoup d’artistes aujourd’hui. C’est cela que j’aime dans la cuisine.

Saviez-vous ce que vous alliez filmer dès le départ ?

Au début, je savais que j’allais filmer une succession extrêmement compliquée. Je me disais que j’allais filmer Picasso disant à son fils : “Allez, peins !”. Mais je ne savais pas comment la situation allait évoluer, si Sébastien allait grandir, s’affirmer. Je connaissais la question dramatique, mais je ne connaissais pas la réponse.

Quelle a été votre démarche ?

Dans un documentaire, ce n’est pas en se cachant que l’on obtient les meilleures séquences, mais au contraire en posant sur les gens un regard curieux, interrogateur. Je n’ai jamais pris parti entre le père et le fils, au milieu de ce grand problème familial. Cela s’est ressenti à la sortie du film. Le public était partagé entre ceux qui soutenaient Michel et ceux qui comprenaient Sébastien.

Où situez-vous la frontière entre prises instantanées et mise en scène ?

Cela dépend ce que l’on entend par mise en scène. Je n’ai jamais demandé à la famille Bras de jouer ou rejouer quoique ce soit. Je voulais filmer le vrai. Mais j’ai souvent réfléchi au cadre, à la situation dans laquelle nous nous trouvions. Je pense par exemple que Sébastien n’aurait pas spontanément fait goûter le plat à son père au Japon si je ne l’avais pas suggéré. Ça, c’est de la mise en scène et j’en suis fier. Mais si je me mettais à aimer plus mon rêve que leur vie, ce ne serait plus un documentaire mais de la fiction et j’embaucherais des acteurs.

Comment s’est déroulé le tournage ?

J’ai suivi les Bras pendant près de deux ans, à raison d’une semaine de tournage tous les deux ou trois mois. Pendant le tournage, j’étais inquiet pour mon film car je trouvais que cela manquait de crises. A quel moment Sébastien allait-il dire à son père de le laisser tranquille ? Mais en regardant les rushes lors du montage, je me suis rendu compte que le cheminement entre Michel et Sébastien se dessinait malgré tout. Ils m’ont ainsi convaincu qu’une passation pouvait se dérouler sans crise majeure.

Comment ont réagi les principaux intéressés ?

Sébastien était très enthousiaste à l’idée de filmer cette passation. Il considérait qu’elle serait plus efficace que chez le notaire. Ils m’ont donné carte blanche et m’ont fait une confiance absolue pendant tout le tournage. Quand je leur ai montré le film, ils ont bien vu que les problèmes étaient sur la table, que ce n’était pas un film d’entreprise. Ils se sont pleinement reconnus dans cette aventure et y ont retrouvé leurs défauts : le côté un peu tyrannique de Michel, celui plus timide de Sébastien. Le film leur a beaucoup plu au final. Je pense qu’ils comptaient sur ce film pour les aider à avancer.

Infos pratiques :

Step Up to the Plate (Entre les Bras), un documentaire de Paul Lacoste (1h20), en français sous-titré.

A partir du 14 septembre :
New York, NY – Lincoln Plaza Cinemas & Quad Cinemas

A partir du 21 septembre :
Washington, DC – E Street
Boston, MA – Kendall Square
San Diego, CA – Ken
Denver, CA – Landmark

A partir du 12 octobre :
Seattle, WA – Landmark
Minneapolis, MN – Landmark
Beverly Hills, CA – Music Hall
Pasadena, CA – Playhouse
Encino, CA – Town Center

A partir du 26 octobre :
St Louis, MO – Landmark

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