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Sur un fil

C’est l’histoire d’un saltimbanque qui rêvait de marcher dans le ciel de Manhattan. C’est l’histoire folle du Français Philippe Petit qui, en août 1974, a défié les lois de la pesanteur en faisant l’équilibriste à 415 mètres au-dessus du sol, sur un fil tendu entre les deux tours du World Trade Center.

“Man on Wire”, qui donne son titre au film, c’est l’improbable objet du délit, que les policiers ont inscrit sur le procès-verbal de Philippe Petit. Le documentaire, tiré de son livre, To Reach The Clouds, raconte son épopée, l’idée qui a surgi, avant même que les tours soient construites, avant même de savoir marcher sur un fil. C’est Philippe Petit lui-même, avec sa gouaille et son anglais nerveux mâtiné d’accent français, qui raconte cette aventure. Les participants au “coup” ont été mis à contribution, de son acolyte Jean-Louis Blondeau à sa petite amie de l’époque, en passant par toutes les bonnes volontés attirées alors par l’ampleur du défi.

Loin d’être réduit à un exploit technique, l’épisode se révèle être une danse de vie, entre ces deux tours qui étaient à l’époque les plus hautes jamais construites au monde. Alors qu’il aurait pu effectuer la traversée en 5 minutes, Philippe Petit, approchant du but et voyant les policiers sur l’autre tour, prêts à se saisir de lui, fait joyeusement demi-tour, marche, saute, se couche, s’agenouille… et – suprême défi – regarde en bas. Comment fait-il pour ne pas être happé par ce vide magnifique? Lui-même semble ne pas le savoir. Il était si facile de basculer. En tout, il restera perché près de 45 minutes.

Le film, réalisé par le Britannique James Marsh, a ses défauts. Un peu trop écrit, il met en scène des reconstitutions superflues et kitsch, et le déroulé du documentaire est un peu compliqué, avec deux séries de flash-back imbriquées l’une dans l’autre. Le spectateur s’y perd un peu. Reste l’essentiel: l’enthousiasme et la vitalité de Philippe Petit, qui revit les scènes qu’il raconte devant la caméra, et l’émotion de ses complices qui, plus de 30 ans après, se remémorent cet acte insensé. On aurait d’ailleurs aimé voir la réunion de ce gang, en lieu et place des interviews figées… Pourtant le film, avec ses imperfections, permet de découvrir les dessous de cet exploit, qui, au-delà du défi, est en fait surtout une ôde à la vie et à sa poésie. C’est probablement ce qui a le plus touché les New-Yorkais, réalisant que Philippe Petit souhaitait, non pas faire la simple démonstration que l’acte était possible, mais réaliser une véritable performance artistique, sincère, et de la consommer jusqu’au bout.

Depuis, Philippe Petit a continué à tendre des fils entre les hommes ; il a relié les quartiers juifs et palestiniens de Jérusalem et, lors du bicentenaire de la Révolution française en 1989, il a marché sur un fil tendu entre le Trocadéro et la Tour Eiffel. Plus que n’importe qui sans doute, Philippe Petit éprouve le besoin viscéral de prendre de la hauteur… Il s’est d’ailleurs installé dans les Catskills, au nord-ouest de New York, où il a bâti une ferme de ses mains.

Le film, qui a réalisé le meilleur démarrage pour un documentaire depuis 5 ans à New York, semble réveiller la mémoire des New-Yorkais, et peut-être un sentiment de nostalgie. Sûr qu’aujourd’hui, avec le Patriot Act et l’obsession sécuritaire, ce terrorisme poétique ne pourrait plus avoir lieu. Surtout que le lieu du crime lui-même a disparu, rayé de la carte par l’action d’un terrorisme très concret, lui.


Man on Wire
, réalisé par James Marsh, avec Philippe Petit, Jean-Louis Blondeau. Durée : 1h34.

Liste des salles sur le site de Magnolia Pictures

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