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Syndicats et patronat ébauchent à Matignon leur réforme idéale des retraites

Organisations patronales et syndicales ont exposé lundi à Matignon, au cours d’entretiens bilatéraux avec Jean-Marc Ayrault, leurs idées pour mener la réforme des retraites que le gouvernement promet pour l’automne afin de combler un déficit qui ne cesse de s’aggraver.

Le Premier ministre, entouré de Pierre Moscovici, Michel Sapin, Marisol Touraine et Marylise Lebranchu, a entamé lundi ses consultations pour préparer la deuxième conférence sociale des 20 et 21 juin. Les organisations patronales ont ouvert le bal: la présidente du Medef, Laurence Parisot à 8H30, puis les dirigeants de l’UPA et la CGPME. Après FO à la mi-journée, les dirigeants de la CFDT, de la CFE-CGC, de la CFTC et de la CGT devaient suivre.

Cette série de consultations sera conclue par une déclaration du Premier ministre. Les huit organisations seront ensuite toutes réunies à Matignon le 22 mai pour une “conférence de méthode” pour préparer la conférence en juin au Palais d’Iéna à Paris. Cette deuxième conférence sociale doit définir les sujets de négociation sociale pour les mois à venir et des calendriers de discussion sur des sujets comme les retraites ou la formation professionnelle.

Avec un besoin de financement de 20 milliards d’euros en 2020 et un déficit cumulé de l’ensemble des régimes de 200 milliards prévu à cette date, les retraites s’annoncent comme le sujet principal des prochains mois. Le gouvernement entend en effet faire voter à l’automne une nouvelle réforme, après celles de 2003 et 2010. Ces premiers entretiens ont permis aux partenaires sociaux d’exposer leurs revendications. “Le dossier des retraites doit être ouvert complètement, sans tabou”, a plaidé Mme Parisot à l’issue de sa rencontre.

Le Medef veut la retraite à “au moins 65 ans”

Si une désindexation des pensions n’est selon elle “pas souhaitable”, “il convient, dans un objectif de moyen terme, d’allonger la durée de cotisation”, a expliqué celle qui quittera en juillet la présidence du Medef. “Notre préconisation est d’allonger la durée de cotisation à 43 ans d’ici 2020 et de repousser l’âge légal de la retraite à au moins 65 ans à l’horizon 2040”, a-t-elle détaillé. “Nous ne serons pas très loin de ces propositions”, a dit pour sa part le président de l’Union professionnelle artisanale (UPA), Jean-Pierre Crouzet, “totalement opposé” à une hausse des cotisations, comme le président de la CGPME Jean-François Roubaud.

Ces premières positions laissent augurer d’un sérieux bras de fer avec les syndicats. Le secrétaire général de Force ouvrière Jean-Claude Mailly a “planté les banderilles” pour marquer ce que FO “n’accepterait pas”: relèvement de l’âge légal, allongement de la durée de cotisation ou désindexation. Pour FO, le seul levier est le niveau des cotisations: “on est prêts à regarder, y compris à accepter des augmentations de cotisations”, a-t-il déclaré à l’issue de son entretien avec le Premier ministre.

Dimanche, le secrétaire général de la CGT, Thierry Lepaon, avait lui prévenu que la future réforme des retraites allait “nécessiter une mobilisation d’ampleur des salariés” pour construire un “rapport de force”. Il a lui aussi prévenu que la CGT n’accepterait ni un allongement de la durée de cotisation ni une baisse des pensions. Il demande une réforme “structurelle” qui passe par l’augmentation des salaires et la croissance.

Le dossier divise les syndicats. Favorable à un allongement de la durée de cotisation, piste évoquée par le président de la République, le patron de la CFDT Laurent Berger a réclamé sur France Info une réforme de “fond”, “plus juste” et “plus lisible”. Mais celui-ci devait insister auprès du Premier ministre pour que “l’emploi” soit la “priorité” de la conférence. La CFDT propose d’y aborder sept grands thèmes, dont la lutte contre le chômage et le soutien aux chômeurs, la formation et “les emplois de demain”.

Le porte-parole du Parti socialiste David Assouline a assuré que la réforme des retraites serait “juste” et “pérenne” grâce à une “négociation exemplaire”. Dans l’opposition, l’ex-ministre UMP du Travail, Xavier Bertrand, a mis en garde contre une “réforme hypocrite”. Selon lui, “ce sont les retraités qui sont clairement dans le viseur du gouvernement”. Au Parti de Gauche, on jugeait que la présidente du Medef prenait “les salariés pour des pigeons et des idiots”.

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