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Syrie : entre inaction française et isolement américain

Toute tentative de livrer des armes aux rebelles syriens a été éteinte par Manuel Valls, ministre de l’Intérieur du gouvernement Hollande. Il a persuadé le Président que les armes tomberaient probablement entre les mains de combattants islamistes français, volontaires en Syrie. Ceux-ci seraient au moins deux cents, Français convertis à l’Islam ou d’origine arabe. Les volontaires belges seraient aussi de l’ordre de deux cents. Manuel Valls a fait valoir que, tôt ou tard, ces militants radicaux reviendraient en Europe, aguerris par le combat et équipés d’armes sophistiquées.

Une autre raison inavouée du contraste entre les intentions affichées et le passage à l’acte : les réticences de l’Armée française envers la rébellion. Assad est le petit-fils d’un sous-officier alaouite qui fut supplétif de l’Armée française à l’époque où la Syrie était une colonie. Les Alaouites avaient alors été sélectionnés par les militaires français, comme le furent les Kabyles au Maroc, pour combattre les Sunnites qui résistaient à la colonisation. Ces Alaouites étaient perçus comme plus laïcs, progressistes et pro-Occidentaux que les Sunnites.

Il se trouve aussi que le grand-père de l’actuel Président Assad avait écrit, en 1935, au gouvernement français pour demander que la Syrie reste une colonie et ne devienne pas indépendante. Après l’indépendance, les sous-officiers alaouites se substituèrent à l’Armée française, en 1945, prirent le pouvoir et ne l’ont pas lâché. Ce pouvoir alaouite s’est depuis lors paré d’un discours laïc et progressiste, écrasant toute révolte qualifiée d’islamiste.

Au ministère français des Affaires étrangères à Paris et dans l’Armée où on a la mémoire longue, ce passé complexe éclaire les tergiversations présentes. D’autant que parmi les rebelles, les groupes démocrates et musulmans éclairés sont bien difficiles à repérer : ou sans doute ont-il été éliminés parce qu’on ne les a pas soutenus lorsqu’il était temps encore.

Les dirigeants français tiennent tout de même l’administration Obama pour responsable d’avoir bloqué toute intervention dés le début du conflit. Celle-ci, préconisée par le sénateur McCain,  aurait donné une chance à des mouvements démocrates avant qu’ils ne soient écrasés par l’alliance des Alaouites et du Hezbollah, tous deux d’obédience chiite, donc proches de l’Iran. Selon un diplomate français : “Obama est un isolationniste et Kerry un vieil aristocrate ignorant des rapports de force contemporains”.

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