Subscribe

Taxer les transactions financières: les économistes pas convaincus

La proposition de taxe sur les transactions financières, présentée mercredi en conseil des ministres, sera difficile à mettre en place d’un point de vue juridique et risque de ne pas être une arme efficace pour lutter contre la spéculation, estiment les économistes.

D’après ce projet, toute transaction sur les actions françaises sera taxée à hauteur de 0,1% à compter du 1er août. Celles sur certains contrats de couverture contre le risque de défaut de paiement d’un pays (CDS), ou faisant appel à certains types d’ordres liés au trading à haute fréquence, le seront à hauteur de 0,01%.

L’opération devrait amener 1,1 milliard d’euros par an dans les caisses de l’Etat, selon les prévisions du gouvernement, soit quatre fois plus que l’impôt de Bourse supprimé en 2008. “Sa mise en place a une finalité bien plus politique, en pleine campagne présidentielle, qu’économique”, estime Frédérik Ducrozet, économiste du Crédit Agricole CIB. “Par le passé, l’instauration d’une taxe unilatéralement par un seul pays n’a jamais prouvé son efficacité”, souligne-t-il, citant l’exemple suédois.

Stockholm avait instauré un tel impôt dans les années 1980, mais elle a fait depuis marche arrière face à la délocalisation de ses activités financières vers la City de Londres. Et les recettes pour l’Etat suédois ont été bien plus faibles que prévu au départ. “Paris espère dégager plus d’un milliard d’euros par an. Mais on ne sait pas comment le gouvernement a chiffré ce gain. Ce calcul paraît très difficile car les volumes de transactions d’une entreprise sont extrêmement fluctuants”, juge Jean-Louis Mourier, chez le courtier Aurel BGC.

Aux yeux des économistes, le champ restreint de la taxe voulue par Paris limite aussi son efficacité. Elle ne serait appliquée que sur les transactions concernant les entreprises dont le siège social est en France et dont la capitalisation boursière dépasse un milliard d’euros, soit une soixantaine de sociétés au final. “Pour des questions d’équité, il est regrettable que les nombreux groupes étrangers qui opèrent sur le territoire soient exemptés”, déplore Gilles Moec, chef économiste de Deutsche Bank.

L’objectif affiché par le gouvernement de créer une arme anti-spéculative apparaît aussi peu réaliste. “La spéculation est loin d’être un problème uniquement français et ne touche pas que les marchés actions, mais davantage celui des matières premières, des changes ou des produits dérivés”, souligne Renaud Murail, chez Barclays Bourse.

De même, les principaux acteurs du trading haute fréquence sont basés aux Etats-Unis, à l’image de Citadel, Getco et Knight, et ne seront donc pas concernés. D’un point de vue juridique, une telle taxe sera également difficile à mettre en place. “Comment l’Etat parviendra t-il à imposer des transactions réalisées sur les autres places financières? Un grand flou demeure sur cette question”, estime M. Mourier.

M. Moec s’interroge aussi sur la façon de taxer les porteurs de CDS à nu, qui ne détiennent aucune obligation sous-jacente, alors même que ce marché n’est pas régulé. Sur ce point précis, l’efficacité de la taxe sera de toute façon de courte durée, car cette pratique devrait être interdite dans toute l’Union européenne à partir du 1er novembre.

En revanche, la crainte de délocalisations d’entreprises exprimées par certains, à l’image de l’association Paris Europlace qui représente l’ensemble des acteurs de la place financière française, paraît peu fondée. “Il ne devrait pas y avoir de fuite massive”, estime M. Murail. Et de souligner: “Paris reste une place bien plus incontournable que Stockholm. Le montant de la taxe de 0,1% reste minime et ne devrait pas affecter les bénéfices des sociétés de gestion.”

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related