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Tensions autour de la mise en oeuvre de l’accord de Durban sur le climat

Cinq mois après l’accord de Durban, le lancement à Bonn d’un processus de quatre ans devant mener à la signature d’un accord global plus ambitieux contre le réchauffement planétaire a fait rejaillir les tensions récurrentes sur la répartition des efforts pour réduire le CO2.

Comme souvent dans les négociations onusiennes sur le climat, fragiles depuis le fiasco du sommet de Copenhague fin 2009, les questions d’organisation ont occupé une bonne partie des deux semaines de discussions qui se terminaient vendredi soir à Bonn (Allemagne). Un ordre du jour a enfin été adopté vendredi matin mais des consultations se poursuivaient pour lever les ultimes blocages sur la désignation des responsables de la conduite du processus adopté en décembre à Durban.

En Afrique du Sud, les 194 pays impliqués dans ces négociations avaient accepté le principe d’un nouveau régime juridique qui, adopté en 2015 et applicable à partir de 2020, engagerait tous les pays contre le réchauffement. L’objectif est d’être plus ambitieux alors que les promesses faites jusqu’ici ne permettront pas, selon les scientifiques, de contenir la hausse du thermomètre mondial à +2°C depuis l’époque pré-industrielle, limite que s’est fixée la communauté internationale.

Une étude présentée à Bonn estime que les actions menées actuellement pour réduire les émissions de CO2 préparent la planète à un réchauffement d’au moins 3,5°C. Chargée de lancer la mise en oeuvre des décisions de Durban, la réunion en Allemagne a vu réapparaître les tensions récurrentes entre la Chine, plus grand pays émetteur de CO2 au monde, et les pays industrialisés. “Il y a une sorte de division dans la pièce, un petit groupe de pays entrave ce que le reste de la pièce fait”, a regretté vendredi devant la presse le négociateur en chef européen Arthur Runge Metzger, évoquant un groupe de pays sur la même ligne comprenant notamment la Chine.

Principe de différenciation

“Nous sommes déçus et frustrés que les discussions à cette réunion se soient largement concentrées sur des questions de procédures”, a également regretté le responsable de la délégation américaine, Jonathan Pershing. La Chine avait refusé jeudi d’endosser la responsabilité des blocages, accusant au contraire les Etats-Unis, l’Europe et d’autres pays industrialisés de vouloir “échapper aux engagements juridiquement contraignants”.

Le processus a été lancé en 1992 en appliquant le principe de différenciation selon le niveau de développement pour les efforts à mettre en oeuvre contre le réchauffement. En vertu de ce principe, les pays industrialisés sont les seuls à avoir des engagements, notamment à travers le protocole de Kyoto. La Chine redoute que les pays développés profitent du lancement du nouveau processus post-Durban pour “s’extraire” de ce cadre contraignant et demandent davantage d’efforts d’ici à 2020 aux pays émergents. “Nous devons avancer vers un système qui reflète les réalités économiques modernes”, a souligné le représentant européen Christian Pilgaard Zinglersen.

Cette tension autour de la répartition des efforts explique principalement les blocages apparus à Bonn, notamment sur la désignation des présidents du groupe de travail chargé de mettre en oeuvre l’accord de Durban. “C’est un triste état des lieux”, a lancé aux délégués la Sud-Africaine Nozipho Joyce Mxakato-Diseko, soulignant que, pour la première fois dans ce cas de figure, il faudrait peut-être aller jusqu’au vote faute de consensus. “Le problème, c’est un manque d’ambition” général des pays contre le réchauffement, a pour sa part regretté Wael Hmaidan, directeur de l’ONG Climate Action Network International.

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