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Tété et Eric John Kaiser : deux chanteurs en accord parfait

Tété, chanteur français à la plume subtile et mélancolique, a achevé ce week-end une tournée de deux semaines sur la côte Ouest des États-Unis. Il a partagé la scène avec Eric John Kaiser, un talentueux « troubadour » franco-américain installé à Portland. Rencontre avec deux chanteurs en accord… parfait !

Tété, vous êtes installé à Paris. Eric John Kaiser, vous habitez Portland depuis trois ans. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Tété : Je connais Eric depuis 7-8 ans. Nous nous étions rencontrés lors d’une répétition dans un studio à Paris avant qu’Eric ne parte à Portland. J’ai toujours été fan de la scène américaine et quand j’ai vu qu’Eric avait réussi à monter son projet de musicien à partir de rien là bas, j’ai décidé de le contacter. Je voulais venir jouer aux États-Unis, mais je n’avais pas de réseau. J’ai écrit à Eric pour lui demander s’il accepterait de jouer en deuxième partie de concert si je venais sur la côte Ouest. C’était un peu gonflé, mais Eric a accepté et j’étais super content.

Eric John Kaiser, comment vous êtes-vous retrouvé chanteur de l’autre côté de l’Atlantique ?

E.J.K.: J’ai commencé à Paris où je faisais beaucoup de musique en plus de petits boulots. Au tout début, je jouais avec un groupe d’amis, puis je me suis produit seul dans les cafés concerts, dans certains festivals et même dans le métro. Il y a trois ans, j’ai rencontré une Américaine qui habitait Portland. Je l’ai donc suivie dans l’Oregon, à l’autre bout de la planète. Notre histoire n’a pas marché, mais côté musical, j’ai senti que je devais rester. Portland est une ville géniale pour les artistes. C’est une sorte d’aimant pour les gens qui veulent vivre leur rêve musical, ce qui dégage une énergie créatrice extraordinaire. Il y a une culture du storywriting incroyable : beaucoup d’artistes arrivent sur la scène seul avec leur guitare et ils balancent une chanson avec un rythme et des paroles excellents.

Tété, vous êtes en train de préparer la sortie d’un nouvel album. Sera-t-il emprunt de mélancolie, comme vos deux derniers CD  (À la faveur de l’automne et Le Sacre des lemmings) ?

C’est vrai que ma musique est assez mélancolique et c’est sans doute dû à mon histoire personnelle. Je suis né au Sénégal, d’une mère antillaise et d’un père sénégalais. Je me définis comme un transfuge, parce que j’ai vécu dans beaucoup d’endroits différents. Ce mal d’ailleurs se reflète dans mes chansons. Mais je ne pense pas que cette mélancolie soit forcément complaisante. Elle peut avoir quelque chose de joli.

EJK : La mélancolie de Tété est une tristesse lumineuse.

Tété : Mes deux derniers albums traitaient de sujets assez graves, la crise, la redéfinition de certaines grilles de lecture. Pour mon prochain album, je souhaite faire quelque chose de plus joyeux.

Eric John Kaiser, votre premier album s’intitulait l’Odyssée et votre tout nouveau CD French Troubadour. Est-ce une forme d’invitation au voyage ?

Oui, j’essaye d’écrire chaque album comme un carnet de voyages. J’ai composé L’Odyssée lorsque je jouais à Paris et il est le reflet de cette ville. Mon deuxième album est davantage centré sur Portland et sur ses musiciens. Chaque album est la carte postale d’un endroit. Dans French Troubadour, je parle de mes rencontres à Portland, où je suis tombé sur des profils extrêmement différents. J’ai repris la tradition des songwriters américains qui très souvent décrivent des personnages et des parcelles de vie. Je préfère parler des autres que de moi.

Vous avez fait deux tournées communes sur la côte Ouest des États-Unis, une en 2008 et celle-ci. Quelles sont vos affinités musicales ?

Eric : Nous avons une culture musicale anglo-saxonne commune. Nous  aimons tous deux beaucoup ce qui se fait aux États-Unis. J’apprécie la musique française, mais souvent l’écriture compte plus que la manière de chanter et il est rare de retrouver le groove des chansons anglo-saxonnes. Ce que j’adore chez Tété, c’est qu’il est un des seuls Français à avoir ce côté groove !

Tété : J’admire beaucoup le côté volontaire et très investi d’Eric. Il est à fond dans ce qu’il fait. Et d’un point de vue musical, je pense qu’Eric non plus ne fait pas de choix entre les paroles et la musique. En France en effet, les musiciens donnent plus d’importance au sens. Nous avons une longue tradition de chanteurs à textes, Jaques Brel, Brassens, Piaf…Les États-Unis font davantage attention à la musicalité. D’ailleurs, ici, la voix est traitée comme un instrument à part entière.  Eric combine les deux aspects.

Vous êtes donc tous deux fans de la scène américaine. Quels musiciens vous ont le plus inspiré ?

Tété : J’ai été bercé par les Beatles pendant toute mon enfance. Et même si je ne comprenais pas les paroles, l’émotion et les sentiments étaient tellement forts qu’ils transcendaient la barrière de la langue.

Eric John Kaiser : Je suis moins fan des Beatles que Tété. Je préfère les Stones dans leur période 1968-1972. Leur musique a un côté instinctif et animal qui me touche beaucoup. J’aime bien aussi la période grunge de Pearl Jam et les Red Hot Chili Peppers.

Informations pratiques :

http://www.ericjohnkaiser.com/home.html

http://www.tete.tv/

 

 

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