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The Big Picture, le néo-polar d’Eric Lartigau

Adapté du best-seller de Douglas Kennedy, The Big Picture (L’Homme qui voulait vivre sa vie) transpose en terre européenne le thème de la perte d’identité. Le film sort en salles ce vendredi 12 octobre à New York. Entretien avec le réalisateur Eric Lartigau.

France-Amérique : Quels ingrédients vous ont séduit dans l’œuvre de Douglas Kennedy, The Big Picture ?

Eric Lartigau : Le point de départ du livre et du film, c’est le thème de l’identité. Avec les questionnements qui l’accompagnent : Qui suis-je ? Suis-je à la bonne place ? Est-ce que mes choix sont vraiment les miens ? Paul rêvait d’être photographe. Il est devenu avocat d’affaires… Il feint le bonheur conjugal mais sa femme le trompe. C’est un petit bourgeois qui s’accommode de ses petits mensonges. On tient tous un peu de lui. Par sécurité, par flegme ou par peur, beaucoup d’entre nous vivent dans le déni de leurs aspirations premières.

Paul voit dans un drame personnel une chance à saisir…

C’est en effet un accident qui l’amène à s’ouvrir, à se découvrir. Cet imprévu le pousse à devoir faire un choix terrible. Il décide de prendre l’identité d’un mort et de renaître en fugitif. Paul va devoir s’enfuir au Monténégro et se prétendre photographe. Il recommence tout à zéro, dans la peau d’un autre. Le film est un paradoxe car pour atteindre une certaine liberté, Paul va devoir  vivre caché.

Dans le roman, le héros est un trader new-yorkais qui s’enfuit dans le Montana. Dans le film, New York devient Paris et vous troquez les montagnes du Montana pour les rives du Monténégro...

Dans le livre, Ben Bradford est un trader qui a réussi à Wall Street. J’ai d’abord plaqué sa vie américaine sur celle de la bourgeoisie parisienne. Pour illustrer le danger qui le guette après l’accident, j’ai ensuite choisi la Bretagne pour sa mer agitée, ses vagues dangereuses. C’est une terre indomptable. Ensuite, Paul doit disparaître dans la nature et donc quitter la France. Je l’ai fait s’enfuir dans les pays de l’Est. Je pensais d’abord à la Croatie, mais ce n’était pas assez brut et perdu. Nous avons finalement choisi le Monténégro, car dans ces terres sauvages et dures il est encore possible de disparaître aux yeux du monde.

Existe-t-il selon vous un polar à la française comme dans les années 70, avec les  films d’Alain Corneau ?

Le polar français aujourd’hui est peut-être davantage lié à l’action que le polar psychologique d’antan. Je ne lis que très peu de polars même si j’adore Agatha Christie. Il y a eu de belles choses comme  le film 36 quai des Orfèvres d’Olivier Marchal. J’aime bien cet univers peuplé de gens pas forcement propres. J’aime voir au plus près leurs défauts, leurs contradictions personnelles. Ce qui me plaît, c’est l’être humain. Ses trajets de vie pas forcément louables. Je veux savoir ce qui se trame dans la tête des gens traqués. Comme Paul qui, même après avoir gagné sa liberté, va devoir subir au quotidien le poids des conséquences de son crime.

On vous connaissait comme un auteur de comédies avec Prête-moi ta main (avec Alain Chabat et Charlotte Gainsbourg). Seriez-vous capable de renchaîner avec une comédie après un film aussi sombre ?

Je ne sais pas encore. C’est possible que je reparte dans la comédie mais alors plutôt une comédie de mœurs. Ou pleine de contradiction.  A moins que ce ne soit avec un autre film noir… J’hésite encore mais je verrai bien. Il faut suivre ses envies !

Ça tombe bien, c’est un peu le message du film ?

Oui, bien qu’il ne soit pas nécessaire d’aller aussi loin pour s’éveiller à la vie je pense (Rires).

Bande annonce

Infos pratiques :

L’Homme qui voulait vivre sa vie (2010), un film d’Eric Lartigau avec Romain Duris, Catherine Deneuve, Marina Foïs et Niels Arestrup. Durée : 1h55 mn. En salles américaines à partir du 12 octobre.


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