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Thomas Balmès, le père de Babies, un « feel good movie » à la française

Thomas Balmès est le réalisateur de Babies, sorti la semaine dernière, et qui a remporté un succès impressionnant pour ce documentaire indépendant français. Le film, produit par Alain Chabat, suit la première année de la vie de quatres bébés : Mari à Tokyo, Hattie à San Fransisco, Ponijao en Namibie et Bayarjargal en Mongolie. Entretien avec le réalisateur d’un film « qui fait du bien » .

D’où est venue cette idée de filmer la vie de quatre bébés et d’en faire un documentaire ?

À l’origine de Babies, il y a un coup de fil, il y a cinq ans, de Christine Rouxel qui est une des dirigeants de la boîte de production Chez Wam. Avec Alain Chabat, son fondateur, ils avaient eu l’idée de filmer des bébés, sans narrateurs, avec juste de la musique. Ça devait s’appeler One, two, three et être construit comme un clip musical. J’ai aimé l’idée, mais je ne voulais pas adapter des images sur une musique, ce n’est pas ma manière de faire. Nous avons donc beaucoup discuté, et on a monté ce projet, de suivre des bébés, avant même qu’ils ne soient nés. Alain Chabat était très ouvert à mes idées, et c’est grâce à son soutien que j’ai pu m’embarquer dans ce projet qui était très fragile. Le système de financement des documentaires est copié sur celui de la fiction : on veut un plan, presque un scénario écrit à l’avance. Moi je n’avais aucune idée de ce qui allait se passer et des images que j’allais ramener ! Nous avions seulement quelques idées de départ : le documentaire serait un regard inversé sur l’ethnocentrisme, qui se concentrerait sur les « premières fois » des bébés et qui comporterait beaucoup de plans-séquences. C’était donc un projet expérimental, mais l’appui d’Alain Chabat nous a permis d’avoir des moyens ambitieux et de profiter de l’opportunité d’aller vers le grand écran. Le thème des bébés nous a aussi aidés, ça a un côté universel qui séduit.

Le documentaire montre la première année de bébés au Japon, en Namibie, en Mongolie et aux États-Unis. Comment avez-vous choisi les pays et les familles que vous avez suivies ?

Je ne cherchais pas de spécificités géographiques ou sociales. Les familles sont des métaphores, pas des illustrations d’une culture. Ce que je voulais, c’était explorer la relation des familles avec leur environnement et avec la modernité. Cela va de la vie nomade en Mongolie à la ville japonaise qui relève presque de la science-fiction. À part ça, je cherchais des familles aimantes, qui entoureraient l’enfant. Babies montre bien que les enfants ont des besoins simples, et s’ils sont satisfaits, alors tout va bien.

Babies a une forme très originale par rapport à d’autres documentaires : des plans-séquences de plusieurs minutes, pas de narrateur, les dialogues ne sont jamais traduits… Pourquoi avoir fait ces choix ?

Je ne voulais pas faire un film éducatif, mais quelque chose qui remet en question notre capacité à fonctionner d’une certaine façon. Je fais des films qui questionnent mais qui ne répondent pas. C’est le rôle du cinéma documentaire : ce n’est pas du journalisme, on n’est pas là pour expliquer ou pour répondre. C’est une équation entre le regard et la réalité. Le résultat est subjectif, mais ce n’est pas de la manipulation. C’est pour ça que je n’ai pas ajouté de narrateur. Je voulais laisser chacun faire son propre commentaire et ne pas assommer le public avec des réponses, des explications. On sous-estime la capacité des gens à voir des choses différentes, moins efficaces.
Je ne voulais pas non plus pointer et expliquer toutes les particularités des familles. Je ne cherche pas la différence. La réalité nous montre que nous avons bien plus de points communs que de différences, qui sont au final anecdotiques.

Les dialogues n’ont pas été traduits parce que ça aurait détourné des bébés et de leurs regards sur le monde. Le documentaire montre ce que eux voient et ressentent. Il y a une cohérence avec la musique de Bruno Coulais, sans mots distincts, et avec le cadrage qui ne montre presque que les bébés. Mais le documentaire est aussi une comédie. On ne se moque pas, mais on rit, de nous-même en tant que parents et de ce que l’on a été. J’ai assisté le week-end dernier à une projection, et les gens riaient beaucoup. C’est une drogue pour un réalisateur, de voir des réactions aussi positives. Les critiques américains ont parlé d’un « feel good movie », d’un film qui fait du bien, et c’est une définition qui me va.

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