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TOKYO! envahit New York

Après Paris, Je t’aime et avant New York, I Love You, Tokyo!, projet lancé par des producteurs japonais, rassemble deux cinéastes français, Michel Gondry et Leos Carax, et le sud-coréen Joon-ho Bong. Le film décrit, en trois segments, une métropole asphyxiante et labyrinthique. Rencontre avec les réalisateurs.

Les trois réalisateurs approchés par les producteurs japonais à l’origine de Tokyo !, ont été mis à contribution sans se concerter, ni communiquer : on leur a imposé séparément une seule contrainte, que le film soit tourné dans la capitale nippone.

Le premier volet du triptyque, Interior design est celui du Français Michel Gondry. Il suit un jeune couple d’étudiants japonais désargentés à la recherche d’un appartement et explore, sur le mode de la quête ontologique, les espaces mal fichus ou microscopiques que compte Tokyo. Seule échappatoire à cet aliénant calvaire, prendre la place des objets : la jeune fille finit par se transformer en chaise dans un appartement anonyme. Le cinéaste de La science des rêves et de Eternal sunshine of the spotless mind, à l’aise dans l’éthos de la grande ville japonaise, trouve dans cet univers minutieux et miniature un lieu propice qui fait écho à ses problématiques visuelles : « Je voulais ouvrir le film sur une scène avec des petites voitures miniatures, mais le film commence finalement de manière réaliste avant de devenir surréaliste, » explique-t-il.

Interior design est en fait une adaptation : Michel Gondry a acheté à la jeune dessinatrice Gabrielle Bell les droits de son comics, Cecil and Jordan in New York, qu’il a transposé à Tokyo. Il a associé la dessinatrice, qui l’a accompagné au Japon, à la réalisation : « La vision de Michel est très forte, je n’avais pas vraiment confiance en moi », remarque-t-elle.
Michel Gondry, qui vit à Brooklyn, a été « sensible à la politesse, à la courtoisie du pays. J’aime le protocole japonais. Un moine est même venu bénir le tournage. » Ce qui n’a pas empêché les heurts puisque la productrice japonaise du film a été arrêtée et envoyée en prison pour avoir laissé l’équipe tourner sans autorisation : « on a tourné dans un lieu où l’on ne peut pas avoir d’autorisation – mais elle est petite, alors elle est passée à travers les barreaux… » « Tourner sans autorisation oblige à tourner rapidement, de manière instinctive, » explique-t-il. « Aux États-Unis, on vous demande toujours ce que vous allez tourner, je déteste ça. »

Tokyo! marque aussi le retour sur grand écran de Leos Carax, cinéaste maudit de Boy meets girl et Pola X, qui n’avait pas tourné depuis 8 ans. Son segment, le provocant Merde suit une créature farfelue, et éponyme, sorte de Godzilla urbain, qui vit tapie dans les égouts et n’en sort que pour tout détruire sur son passage. Merde (Denis Lavant), personnage misanthrope et scandaleux, s’exprime dans une langue incompréhensible à tous, sauf à un magistrat français (Jean-François Balmer), qui lui ressemble étrangement, et qui le défendra lors de sa mise en accusation publique.

Outrancier et dérangeant, le film, écrit à Paris, n’est « pas un film sur Tokyo », comme l’explique le cinéaste. « Les producteurs m’ont demandé de participer au projet, ça s’est passé très vite, on a tourné en deux semaines. » L’idée de l’acte gratuit, qui anime le personnage, « vient de l’époque, de l’idée des enfants-terroristes à qui l’on promet des vierges au ciel ». « J’avais eu l’image un jour boulevard Sébastopol, d’une créature mal lunée, qui sortait d’une bouche d’égout. » Ce personnage monstrueux a été imaginé pour Denis Lavant, acteur fétiche de Leos Carax, formé au théâtre forain et à l’expérimentation : « je ne l’avais pas vu depuis 15 ans, mais ça a été très facile. Ensuite il a fallu inventer le langage de Merde, créer l’apparence du personnage. »

Outre les arrestations qui ont jalonné le tournage fastidieux, Carax raconte qu’il a dû tourner en une ou deux prises et parfois préparer les scènes dans des parcs : « c’était intéressant de tourner aussi rapidement, loin de chez soi, hors du temps ».

Shaking Tokyo, le dernier volet de ce film à sketchs, du sud-coréen Joon-ho Bong, cinéaste du film catastrophe délirant The Host, s’attaquant à un ermite urbain, confiné dans son appartement pendant dix ans, est finalement le plus convenu de ce tryptique urbain.

Info pratiques :

Tokyo! Sortie en salle le 6 mars 2009, au Sunshine Theater.

 

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