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Tony Estanguet : “Marquer l’histoire n’est pas ma priorité”

Vainqueur lundi de l’épreuve de canöe-kayak, le Palois Tony Estanguet entre dans l’histoire en devenant le premier athlète français à devenir triple champion olympique dans la même discipline. Porte-drapeau à Pékin en 2008 et considéré comme l’un des capitaines de l’équipe de France olympique, le Béarnais de 34 ans revient pour France-Amérique sur son exploit.

France-Amérique : Après votre échec lors des Jeux Olympiques de Pékin, vous prenez une sacrée revanche sur le destin en remportant haut la main l’épreuve lors de ces Olympiades londoniennes. Est-ce un soulagement pour vous?

Tony Estanguet : Je suis tellement heureux d’avoir remporté cette médaille d’or que je ne pense plus trop à l’échec de Pékin en 2008. Ce qui est sûr, c’est que cet échec aura été une superbe source de motivation dans ma préparation à l’épreuve de Londres. Je ne pouvais pas rester sur un échec olympique et j’ai dû aller chercher au plus profond de moi-même pour retrouver les sommets de ma discipline. Au final, l’échec de 2008 m’aura servi de moteur pour la victoire cette année.

Vous remportez l’épreuve après un duel haletant face à votre rival de toujours, le Slovaque et double médaillé olympique Michal Martikan…

Michal Martikan est un superbe athlète qui marque l’histoire de cette discipline. C’est un concurrent de taille, mais cette fois-ci le sort a tourné en ma faveur. Cela fait plusieurs années que nous nous affrontons et nous nous sommes partagés les quatre dernières médailles d’or. Cette fois-ci, je gagne l’épreuve, mais j’ai dû aller chercher au plus profond de moi-même pour le battre.

Justement, pouvez-vous nous parler de votre course ?

Au départ, j’avais une légère boule au ventre. Mais je me suis dit qu’il ne fallait pas trop réfléchir et que je devais essayer de me donner à fond lors mon passage. Je savais que Michal Martikan avait réalisé un très bon chrono, mais je ne savais pas exactement quel était son temps. Vous savez, lorsque vous préparez votre course, il vaut mieux ne pas penser au temps mais plutôt à l’aspect technique, à savoir passer les portes de la meilleure manière possible. Je me suis senti à l’aise tout au long du parcours et j’ai réussi à finir premier. J’ai ressenti une grande joie lorsque j’ai vu que j’avais le meilleur temps.

Vous entrez dans l’histoire du sport français en devenant le premier athlète à remporter trois titres olympiques dans la même discipline. Qu’est-ce que cela vous fait d’intégrer le panthéon du sport national ?

A vrai dire, je n’étais pas là pour entrer dans l’histoire. Je voulais réaliser la meilleure épreuve possible et essayer de conquérir une nouvelle médaille. Mon objectif principal lors de ces Jeux aura été de me dépasser et de m’accomplir dans ma discipline. Je n’étais pas du tout dans une dynamique du “je dois devenir le premier Français à réaliser un tel exploit”. Marquer l’histoire n’est pas ma priorité.

Cette médaille d’or est-elle la plus belle de votre carrière ?

Je ne peux pas comparer mes titres olympiques car j’ai vécu de superbes moments à chaque occasion. Mais c’est sûr que cette médaille est fantastique. Gagner un titre a toujours quelque chose de particulier, surtout pour moi qui suis un grand amoureux de l’olympisme.

Pensez-vous venir défendre votre titre dans quatre ans à Rio de Janeiro ?

Disputer les JO en 2016, je n’envisage pas vraiment cette hypothèse à l’heure actuelle. On verra ce qui se passera à l’avenir. Je n’ai jamais été aussi proche de la fin de ma carrière, mais j’essaie de ne pas trop y penser. Je prends un maximum de plaisir depuis 20 ans et il est très difficile pour moi d’imaginer que tout cela va se terminer bientôt. Je n’ai pas encore pris de décision quant à la suite de ma carrière.

Quel est votre programme pour la suite des jeux Olympiques ?

Maintenant que mon épreuve est terminée, je vais essayer d’entrer à la commission des athlètes du Comité International Olympique (CIO) et de prendre un peu de temps pour aller soutenir mes compatriotes engagés dans les différentes épreuves.

Pouvez-vous nous parler de votre candidature à la commission des athlètes du CIO ?

C’est un groupe d’athlètes qui est élu et dont l’objectif est de défendre les intérêts des sportifs dans le cadre de l’olympisme. Pour entrer dans cette commission, il faut recueillir un maximum de soutiens et donc profiter des Jeux pour faire “campagne” et faire parler de soi aux athlètes. J’arpenterai le village olympique jusqu’au 8 août afin de rencontrer un maximum de sportifs. J’ai envie d’aider le comité olympique français à avoir plus de poids au sein du CIO car nous souffrons d’un manque de représentativité dans cette instance. Sur la centaine de membres, deux seulement sont de nationalité française. C’est trop peu.

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