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« Tout le problème est d’avoir la bonne vanne au bon moment ! »

Le festival de films français Col.Coa s’est achevé le week-end dernier à Los Angeles après une semaine de programmation chargée. Michel Hazavanicius est venu y présenter son nouveau « OSS 117 ». Douze ans plus tard, l’agent des services secrets, réputé pour sa bêtise et son arrogance drolatiques, repart en mission au Brésil. Entretien avec un réalisateur passé maître dans l’art du rire et de la comédie.

Peut-on dire que OSS 117 : Rio ne répond plus est une suite du OSS 177 : Caire, nid d’espions ?

Je préfère dire que c’est un OSS 2 plutôt qu’une suite puisque ce n’est pas l’histoire du premier film qui se poursuit dans Rio ne répond plus. OSS 117 est construit sur le modèle du film d’espionnage, un peu comme un James Bond. Chaque James Bond tout comme chaque OSS est le début d’une nouvelle aventure et non le prolongement du film précédent.

L’histoire se déroule en 1967, douze ans après l’époque du Caire, nid d’espions. L’agent OSS a-t-il évolué ?

Hubert Bonisseur de la Bath (l’agent OSS) n’a malheureusement pas évolué ! Quand j’ai écrit le scénario avec Jean-François Halin, je voulais faire un film très différent du numéro un tout en respectant le rendez-vous que j’allais donner au spectateur. Or ce rendez-vous, c’était bien évidemment le personnage d’OSS. En douze ans, OSS n’a donc pas changé  mais le monde qui l’entoure a énormément évolué. J’ai donc gardé tout ce qui constituait  OSS. On a renforcé son côté misogyne, raciste, en gros son refus d’accepter tout ce qu’il ne comprend pas.

Dans Le Caire nid d’espions, OSS s’en prend aux Arabes. Dans celui-ci, il s’attaque à la minorité juive. Quelles techniques cinématographiques utilisez-vous pour que le politiquement incorrect d’OSS ne se retourne pas contre le film ?

Les blagues sont hyper sécurisées. Il y a différents niveaux pour contrôler les vannes et empêcher qu’elles ne puissent être mal interprétées. Au niveau de l’écriture tout d’abord : l’histoire se passe dans les années 1960, ce qui donne au personnage une certaine innocence et permet de mettre une distance entre le personnage et le spectateur. Ensuite, vous noterez qu’Hubert ne parle jamais en son propre titre ; il ne fait que répéter les clichés et les idées préconçues  qu’il a entendus. Par exemple, lorsqu’il parle politique, il est le parfait reflet de l’idée qu’on se fait du Français de l’époque. C’est important aussi de faire confiance au spectateur et de  ui donner  la possiblilité  de se faire sa propre idée tout en lui montrant qu’OSS est un faux héros. De toutes façons, OSS se fait rembarrer en permanence, ce n’est pas lui qui gagne.

N’y a-t-il pas aussi une façon particulière de tourner les scènes qui aide le spectateur à prendre de la distance par rapport aux propos d’OSS ?

Si, mon idée était de mettre un maximum d’élégance dans la réalisation : le cadre rigide de la caméra permet de maîtriser parfaitement les sorties de scènes et de laisser un temps au spectateur pour l’aider à se faire sa propre idée.

Et comment Jean Dujardin a-t-il travaillé sur son personnage ?

Jean a été remarquable. Le personnage d’OSS demandait de faire tout un travail sur l’innocence et l’enfance. Jean a excellé dans sa capacité à ne pas vouloir se montrer plus malin que le spectateur.  Il n’a pas joué le rôle de la bêtise méchante et cruelle.

Comment avez-vous géré le rythme et l’enchaînement  des blagues dans l’écriture du scénario ?

J’essaye de me faire relativement confiance même si mon propos n’est pas de faire rire au maximum. Je suis très exigeant sur les vannes. Le film propose des règles du jeu  qui permettent d’encadrer l’humour. C’est mon côté un peu rigide ! Mais c’est parce que toutes les vannes ne rentrent pas forcément dans le style du film, il faut les sélectionner. Jean François Halin et moi n’avons pas vraiment de mal à trouver et écrire des blagues. Tout le problème est d’avoir la bonne vanne qui tombe au bon moment !

Comment s’est passé le tournage ?

L’ambiance était très détendue, parce que tout était prêt. Jean Dujardin et moi sommes tous les deux de gros bosseurs. J’ai travaillé comme un fou, pendant les six mois précédant le tournage, sur le story board. Du coup il n’y a pas eu de grosse surprise lors du tournage. On est toujours plus relax quand on a bien préparé.

La comédie est un genre très respecté aux USA. Pensez vous que l’humour d’OSS va être compris par le public américain ?

Le film n’est pas vraiment typique de l’humour français. On m’a d’ailleurs souvent souvent dit qu’OSS n’était pas une comédie française. En revanche, c’est vrai qu’il y a tout un travail sur le langage. Je ne sais pas du tout comment seront perçus et traduits les jeux de mots pourris d’OSS ! De toutes façons, je n’ai pas écrit ce film pour les Américains. Maintenant que je me retrouve ici à présenter OSS,  je me dis que j’aurais peut-être dû penser à ce public. Mais finalement, j’ai fait ce que j’avais envie de faire et c’est mieux comme ça !

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