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Train à Grande Vitesse : les Etats-Unis rattrapent leur retard

Le gouvernement américain a annoncé lundi qu’il allait consacrer 2 milliards de dollars au réseau ferroviaire. Les Etats-Unis prévoient de relier les principales grandes métropoles dans les trente prochaines années. Avec le TGV français pour modèle.

La locomotive est en marche. Avec plus de 10 milliards de dollars alloués à la création de trains à grande vitesse, le développement du transport ferroviaire aux Etats-Unis est sur de bons rails. Quelque 795 millions de dollars seront attribués à la région nord-est, la plus chargée du pays, pour relier Washington, New York et Boston. Un peu plus de 404 millions seront utilisés pour étendre les lignes du « Midwest ». Last but not least, environ 300 millions de dollars seront consacrés au secteur clé de la Central Valley en Californie, pour la relier à San Francisco.

Ce projet, l’un des plus créateurs d’emplois du plan de relance de Barack Obama, a rencontré un engouement considérable sur tout le territoire. Neuf Américains sur dix l’approuveraient, selon une étude publiée au début de l’année 2010.

Sur les 60 dernières années, plus de 1,8 billions de dollars ont été investis pour les autoroutes américaines et le réseau aérien. Sur cette même période, seul 3% du budget fédéral alloué au transport a été consacré au train. « Ça a marché en Europe, il n’y a pas de raison que ça ne prenne pas ici. D’autant que le marché de la voiture est en forte baisse. Et puis, le train existe déjà ici, mais il faut juste le rendre plus efficace par rapport aux autres moyens de transport », affirme Karen Rae, administratrice de la FRA (Federal Railroad Administration). Elle assure que le projet a été pensé de façon à ce que le temps de voyage en train soit le plus compétitif de porte à porte. « Et puis, il y a des trajets que nous allons créer où il n’y a pas de service aérien. Je suis convaincue que le train deviendra leader dans certaines régions », affirme t-elle.

Washington-Boston en seulement trois heures

L’un des tracés phares reliera toutes les grandes métropoles du nord-est des Etats-Unis : de Boston à Washington en passant par New York, Philadelphie et Baltimore. Et le tout en moins de trois heures, soit deux fois plus rapidement qu’aujourd’hui. Selon Amtrack, qui contrôle le réseau ferroviaire américain, la ligne pourrait voir le jour en 2040.

Alors que la population de ces cinq grandes villes devrait encore augmenter de plus de 10% d’ici à 2050, les embouteillages sur les autoroutes ont déjà augmenté de 60% sur les 20 dernières années. « Nous ne sommes pas là pour remplacer l’avion ou la voiture, assure Karen Rae. Le développement du train va tout simplement répondre à une nouvelle demande ». La FRA mise également sur le confort du transport pour attirer les passagers. Après avoir fait une étude en France, l’agence américaine de transport a conclu que les passagers préféraient le train à la voiture pour la qualité du voyage et non pour la vitesse. Le TGV devrait néanmoins atteindre les 350 km/h en Californie sur la ligne qui reliera San Diego, Los Angeles et San Francisco. Le projet a été âprement soutenu par l’ex-gouverneur Schwarzenegger qui a déjà rencontré à plusieurs reprises les dirigeants chinois dans le cadre d’un partenariat sino-californien. Selon lui, il sera possible de se rendre de Los Angeles à San Francisco en seulement trois heures d’ici à 2030.

La SNCF et sa filiale nord-américaine Alstom espèrent remporter de nombreux appels d’offres. Chaque Etat choisira quelle entreprise sera en charge de la construction des lignes. Le tout sera chapeauté par la FRA. « Nous allons conseiller les États et faire en sorte que Alstom, Siemens et tous les autres participent de manière assez équilibré à tous les projets » déclare Karen Rae. « La France est évidemment l’un des pays que nous avons le plus observé, poursuit-elle. Le TGV est un très bon exemple pour nous ».

Le train ne sifflera avant 2030

La plupart des projets ne devrait pas voir le jour avant vingt ou trente ans, si les travaux ne prennent pas de retard. Une durée que Karen Rae justifie par la superficie du territoire américain et par les nombreux organismes impliqués au niveau fédéral et local. « Il a fallu 25 ans rien qu’au TGV pour que tout soit fini. Il faut imaginer que ce que l’on fait, ce n’est pas de la superficie d’un seul pays mais de toute l’Europe ».

Mais certains obstacles se dressent sur les rails. Avec les dernières élections de mi-mandat et la victoire de candidats républicains sur des terres auparavant démocrates, l’apport promis par certains États pour certaines lignes pourrait fortement diminuer. John Kasichn, élu dans l’Ohio en janvier, a annoncé en conférence de presse au lendemain de son élection qu’il désirait utiliser l’argent à d’autres fins. « Le transport ferroviaire n’est pas le futur de l’Ohio. Le train est mort ». Autre inquiétude pour le gouvernement Obama, le républicain John Mica est président du comité des transports et infrastructures depuis le mois de janvier. Dans une interview donnée début novembre à l’Associated Press, ce dernier, partisan déclaré des lignes à grande vitesse, affirmait que « trop d’argent était prévu pour des projets marginaux », mettant en cause les lignes ne reliant pas de très grandes métropoles. Malgré ces bémols qui pourraient retarder certains tracés, Karen Rae n’est pas plus inquiète que ça : « le projet est trop avancé pour qu’il ne se fasse pas. »

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