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Trophée des Champions à Montréal : « Une chance inouïe »

Samedi dernier, un match officiel de football français s’est pour la première fois déplacé au Québec. Petits et grands ont assisté pour venir assister au Trophée des Champions opposant Guingamp à Bordeaux. Dans une agréable ambiance familiale, ce match remporté par les Girondins de Bordeaux (2-0) fut d’abord une fête du sport.

Une, deux, puis trois marches. En courant. Le regard passionnément attiré par le haut de l’escalier, ce petit garçon québécois à tête blonde ébouriffée et tout de bleu vêtu livre, en quelques foulées, son impatience de découvrir le vieux stade olympique de Montréal. « Allez ! » lance-t-il à son père, un peu à la traîne et qui paraît un point moins excité. Surtout que le match ne commence que dans trente minutes. Il est 14 h 30 en ce samedi 25 juillet, et les supporters forment une longue queue devant la billetterie pour s’engouffrer dans l’antre de l’arène qui va accueillir le premier match officiel de football français déporté à l’étranger.

C’est bien évidemment un évènement pour les habitants de Montréal, qui n’accueille que très rarement des rencontres de haut niveau. L’Impact de Montréal, seul club professionnel de la ville, n’a forcément pas l’étoffe des clubs huppés de l’Hexagone. Alors, quand les Girondins de Bordeaux sont à l’affiche, c’est un match à ne pas rater. « C’est une chance inouïe. Je suis la Ligue 1 sur TV5 et cela fait des années que je supporte Bordeaux. Comme ils ont été champions cette année, je ne pouvais pas rater ce rendez-vous. Surtout qu’on ne voit que l’Impact ici. Ce n’est vraiment pas le même niveau, » témoigne Marc, un Montréalais dont les deux enfants laissent aussi joyeusement exprimer leur exaltation. Parmi cette foule aux multiples couleurs des clubs du « Vieux Continent », il n’est pas rare de croiser des Français. Et même des Bretons venus soutenir Guingamp, les pensionnaires de Ligue 2. « Je suis de Dinan et j’habite ici, à Montréal. On est vraiment super content, c’est inhabituel et même assez bizarre de venir supporter notre club préféré à quelques milliers de kilomètres de notre région », livre cette Bretonne pure souche.

Dans ce brassage d’accents francophones aux origines communes, l’ambiance est à la fête et à la convivialité. Et pas question d’apercevoir d’agressifs débordements. Les affrontements entre supporters rivaux, que les stades européens peuvent parfois connaître, ne seraient de toute façon pas les bienvenus. « On adore le football, on sent qu’un engouement spécial commence à émerger au Québec. Et aujourd’hui l’ambiance est superbe, les Français se fichent de notre dialecte mais on fait de bonnes blagues sur eux aussi, » convient un autre Montréalais, dont les enfants chaussent souvent les crampons.

À l’intérieur, dans les gradins et durant le match, une identique chaleur mais avec un certain bouillonnement est présente : les écharpes, banderoles et drapeaux sont de sortie et sont agités avec élan. Le public qui comptera jusqu’à 35 000 personnes entonnera même quelques chants à la gloire des deux équipes et fera vibrer les pierres grisonnantes du stade en amorçant une « Ola ». Pour preuve que le football déchaîne aussi les foules au pays des caribous.

 

Frédéric Thiriez, président de la Ligue de Football Professionnel, a répondu à quelques questions au micro de France-Amérique :

F-A : Comment le Trophée des Champions est-il arrivé ici à Montréal ?

F.T. : C’est une grande première et c’est une volonté délibérée de la Ligue française depuis plusieurs années. Nous voulons mieux faire connaître et aimer le football français dans le monde. Depuis un an, nous avons donc mis plusieurs projets en concurrence et le projet qui a recueilli l’unanimité est celui de Montréal.

Pourquoi ?

Il y a trois raisons. D’abord parce que le continent nord-américain est vraiment une terre d’avenir pour le soccer. La deuxième raison est l’attachement et les quatre siècles d’histoire commune qui lient le Québec et la France. La troisième raison est que le projet présenté par l’Impact et Joey Saputo était extraordinairement professionnel. Il nous a immédiatement séduit.

Dans quel projet s’inscrit-il ?

Aujourd’hui, le football européen doit s’exporter. La France a un retard considérable dans le domaine de la visibilité internationale. Ce que nous essayons de chercher à développer depuis plusieurs années est d’abord la diffusion de nos matchs à l’étranger. On a fait beaucoup de progrès mais pas assez. Et il y a surtout les tournées de nos clubs. L’exportation du Trophée des Champions, qui est un peu notre super-coupe, fait partie de cette politique de rayonnement du football français. À l’avenir, il se jouera tous les ans à l’étranger.

Qu’est ce qui a changé ici depuis la Coupe du Monde de 1994 aux États-Unis ?

Indéniablement, l’engouement extraordinaire des Nord-Américains pour le football. Aujourd’hui, il est le premier sport pratiqué au Canada, qui a augmenté son nombre de licenciés de 200 % en cinq ou six années. C’est maintenant aussi le premier sport pratiqué aux États-Unis (20 millions de licenciés). C’est une vraie révolution. Je pense qu’à l’avenir le continent nord-américain sera peut-être le continent où le soccer sera le sport le plus pratiqué dans le monde. On ne peut pas être absent de cette évolution.

Y a-t-il des intérêts commerciaux dans la promotion du championnat de France ici au Canada et aux États-Unis ?

À long terme bien sûr. Mais sachez que cette opération à Montréal n’a aucun caractère commercial pour nous. Nos dépenses sont couvertes par nos recettes et il n’y a pas de bénéfices. C’est un investissement blanc pour l’avenir.

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