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Tryo : “L’Amérique est loin d’être perdue”

Tryo est un groupe français de reggae. Il se détache de la scène française par ses sons venus des quatre coins de la planète et par ses textes engagés. Son quatrième album, Ce que l’on sème, bien que toujours dans la même veine que les précédents, se veut plus écologique en soutenant plus activement Greenpeace, une association qui lui tient à cœur. Rencontre avec Manu et Guizmo, deux des quatre membres de la bande, qui portent un regard optimiste sur les Etats-Unis.

Pourquoi avoir intitulé votre album Ce que l’on sème ?
Manu : Il y a d’abord le jeu de mots avec la première chanson de l’album, Ce que l’on s’aime, et le titre du disque résume bien l’implication de tout un chacun dans l’environnement. Nous sommes tous acteurs de quelque chose, nous avons tous un impact écologique, humain et intellectuel sur le reste du monde.
Guizmo : Il y a aussi un côté optimiste et présent. Ce n’est pas simplement l’idée du passé et de ce qu’on va laisser, il y a également le futur. Ce titre a vite été une évidence pour nous.

C’est un album qui se veut plus écologique que les précédents ?
Manu : Nous avons toujours eu une conscience écologique au travers de nos chansons. Déjà la première chanson du premier album, L’hymne de nos campagnes, s’inscrivait dans cette démarche. Ce nouvel album n’est pas plus écologique, mais ce qui l’est par contre, c’est le fait de travailler de façon plus significative avec Greenpeace aujourd’hui. Cela fait longtemps que nous travaillons avec eux et nous avons eu envie d’aller plus loin. Le disque sort cette fois avec un papier FSC, donc éco-responsable.

Depuis quand travaillez-vous avec Greenpeace ?
Guizmo : Pour certains d’entre nous, comme moi, nous sommes adhérents Greenpeace avant même Tryo. Il y a six ou sept ans, nous avons eu cette démarche de les appeler pour leur dire que nous faisions des concerts dans toute la France et qu’il ne fallait pas qu’ils hésitent à venir mettre un stand sur ces concerts s’ils avaient des choses à dire. Depuis, une amitié s’est créée entre nous.

Pourquoi avoir attendu jusqu’à aujourd’hui pour sortir un album avec Greenpeace en toile de fond ?
Manu : Nous avons défendu beaucoup de causes différentes et ce n’est pas forcément efficace de parler de plein de choses en même temps. Nous nous sommes rendu compte que ce qui nous réunissait le plus au niveau des convictions que nous pouvions avoir, c’était Greenpeace. Cela fait peut-être un peu cliché, mais nous arrivons à une période humaine où c’est maintenant qu’il faut agir car il y a vraiment des risques et des enjeux très importants. Le message de Greenpeace est très fort : il reste sept ans pour inverser la tendance du réchauffement climatique. Les spécialistes calculent les retombées qu’il va y avoir au niveau climatique, mais si le taux de CO2 continue de grimper au-delà de cette limite et que le réchauffement climatique aussi, nous nous dirigeons vers quelque chose que plus personne ne pourra maitriser.
Guizmo : De plus, Greenpeace est une association libre, indépendante politiquement et financièrement, ce qui nous correspond.

“Le thème de l’écologie est récurrent chez nous”

Quels sont les thèmes les plus forts pour vous ?
Manu : C’est le message de Greenpeace selon lequel il nous reste sept ans pour inverser la tendance du réchauffement climatique, c’est aussi zéro déforestation en ce qui concerne les trois poumons terrestres, c’est-à-dire la forêt congolaise, amazonienne et indonésienne, et enfin la réduction importante des émanations de CO2.

Comment cet album est-il sensé aider Greenpeace ?
Guizmo : Il y a un t-shirt en coton bio qui va être vendu sur toute la tournée au profit de l’association et il y a un bulletin d’adhésion qui a été glissé dans l’album, ce qui est une invitation claire à notre public de se rapprocher de Greenpeace. C’est déjà beaucoup car il faut savoir qu’en Europe, l’antenne française de Greenpeace est la plus petite, nous sommes le pays où il y a le moins d’adhésions.
Manu : A plus long terme, s’il y a des actions à faire, des moments où prendre la parole, nous serons là. Nous avons aussi envie d’organiser un grand événement au profit de Greenpeace. Nous en parlons, mais pour l’instant rien n’est fait.

Il n’y a pourtant que trois chansons sur l’environnement dans l’album. Est-ce suffisant ?
Manu : Ce n’était pas un concept de départ de faire un album 100% écolo. Il se trouve que le thème de l’écologie est récurrent chez nous puisqu’il est revenu sur tous les albums, mais ce n’est pas un concept. Quand tu écris une chanson, tu l’écris d’abord pour toi, et ensuite, si elle a une quelconque utilité publique et intellectuelle, tu essaies de l’amener le plus loin possible pour que le message passe.
Guizmo : On peut aussi être artiste, chanter des chansons d’amour et soutenir Greenpeace, l’un n’empêche pas l’autre.

Il y a toujours le côté politique dans vos albums. Vu que Greenpeace est une association apolitique, est-ce bon de mélanger les deux sujets dans un même disque ?
Guizmo : Nous ne sommes affiliés à aucun parti politique avec Tryo. Nous n’avons soutenu personne durant les dernières élections, même si nous avons notre point de vue et notre tempérament plutôt de gauche. Nous avons une distance avec la politique que nous n’avons pas avec les associations comme Greenpeace qui sont dans un combat bien précis. Mais notre métier reste clairement de faire de la chanson.
Manu : Nous sommes là pour faire du spectacle, pour divertir.
Guizmo : Le but de Tryo est de faire repartir les gens avec le sourire et de l’optimisme.
Manu : Tout le monde a un impact sur le reste des événements, donc agir ou ne pas agir, nous sommes tous quelque part des politiques. Nous nous considérons comme un groupe citoyen, si nous avons quelque chose à dire, nous le disons. Il y a des gens qui vont nous critiquer, mais nous avons au moins le courage de nos opinions. C’est cela qui est important.

“L’Amérique est capable du pire comme du meilleur”

Dans la chanson Marcher droit, une phrase m’a interpellée : “J’ai vu tout ce qui s’est passé. Le show médiatique pour un super président aux relents d’Amérique“…
Guizmo : Nous voulons parler de cette soudaine sympathie de la France avec l’administration Bush. Bien sûr, nous ne vivons pas dans la société américaine, mais en tant que citoyens du monde, nous voyons l’impact qu’a pu avoir la politique de George Bush, notamment en Irak, mais aussi dans son propre pays. Ce n’est pas le côté de l’Amérique que l’on préfère et le fait que Nicolas Sarkozy débarque avec cette espèce de tendresse et d’amitié pour George Bush, cela a été très choquant pour nous.
Manu : Quand on pense à ce qu’a dit George Bush au dernier sommet de la Terre par rapport au fait qu’on lui demandait de réduire ses émissions de CO2. Il a répondu par cette simple réponse : « la croissance économique et le mode de vie américain ne sont pas négociables ». Quand tu sais ce que nous pensons, tu comprends que nous avons pu être furieux. Maintenant, Nicolas Sarkozy est au centre de l’Europe puisque la France détient la présidence de l’Union Européenne en ce moment, et il a des propositions par rapport à l’écologie. Nous ne sommes pas d’accord avec toutes ces propositions, mais au moins il y en a.

En tant que Français, quelle image avez-vous des États-Unis et de leur politique environnementale ?
Guizmo : Je suis sûr que Greenpeace est bien plus active là-bas et qu’il se passe beaucoup de choses aux États-Unis. Nous en parlions avec les gens de Greenpeace qui nous disaient que si les États-Unis déclenchaient le mot d’ordre de non émission de CO2, cela pouvait être un vrai moteur pour l’humanité et à partir de là, tout pouvait aller très vite. J’ai un regard très optimiste sur l’Amérique. C’est un pays qui me semble loin d’être perdu, avec une force vive intellectuelle et artistique énorme. Mais nous ne sommes pas pro-américains en ce qui concerne leur politique internationale.
Manu : C’est une civilisation jeune par rapport à l’Europe ou au reste du monde, donc je me demande si elle a vraiment le recul nécessaire en ce qui concerne son impact sur le reste du monde, sur la puissance de sa culture et de sa communication. J’en doute. L’Amérique est capable du pire comme du meilleur.

Gardez-vous encore espoir en l’humanité pour se sauver elle-même et préserver la planète ?
Guizmo : Oui car quand nous parlons avec des associations comme Greenpeace, on se rend compte que l’on peut encore inverser la tendance. Mais il y a une telle urgence que cela devient de plus en plus difficile.
Manu : Qui sauve une personne sauve l’humanité toute entière. J’aime cette idée qu’un autre monde soit possible. Je pense malheureusement aujourd’hui que nous sommes l’espèce vivante la moins en harmonie avec la planète. L’idée est qu’on inverse cette tendance donc oui, espérons que l’humanité va y arriver.
Guizmo : J’ai du mal à imaginer que l’homme puisse disparaître du jour au lendemain sans réagir. Je ne peux pas penser ça.

Est-ce le rôle des artistes de s’engager ?
Guizmo : Chacun voit midi à sa porte. Pour nous, c’est important d’agir.

Avez-vous un héros de l’environnement ?
Guizmo : (rires)
Manu : Pour moi, c’est Hubert Reeves, l’astro-physicien Canadien. Je le trouve très philosophe et il a écrit un livre sur l’écologie qui s’appelle Mal de Terre et qui est passionnant.

 

Site officiel de Tryo :
http://www.tryo.com/

Myspace de Tryo :
http://www.myspace.com/tryolegroupe

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