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TV5 Monde ou la diversité des regards

François Bonnemain, le président de la chaîne créée dans la mouvance de l’Organisation Internationale de la Francophonie, présente les nouveautés de la chaîne, fer de lance de la francophonie dans le monde.

La première chaîne de télévision en français est l’un des trois plus grands réseaux mondiaux avec les géants américains MTV et CNN. Cent soixante seize millions de foyers sont équipés pour recevoir TV5 Monde par câble ou par satellite et ainsi le meilleur des télévisions francophones, avec des sous-titrages en dix langues pour les francophiles.

France-Amérique : Diffusée dans 202 pays, avec 25 millions de téléspectateurs par jour, TV5 est une vraie réussite. Comment est né ce projet de chaîne francophone ?
Francois Bonnemain :
TV5 est née en 1984, à la suite d’une réflexion commune des chaînes de télévision publiques françaises, belges, suisses et canadiennes. Nous avons jugé que nous avions intérêt à nous associer, afin que nos programmes soient diffusés non seulement sur nos réseaux respectifs, mais également au-delà. Ces programmes pouvaient ainsi toucher un public plus large, à commencer par le public francophone africain.

F.-A. : Comment la chaîne a-t-elle pu ensuite s’étendre à l’Asie et l’Amérique, a priori nettement moins francophones ?
F. B. :
D’une idée de simple produit télévisuel – la diffusion de nos programmes –, nous avons rapidement évolué vers une idée plus politique, celle de la francophonie. TV5 constitue en effet un véritable portail vers le monde francophone, qu’il a été naturel d’étendre à d’autres continents, a priori non francophones. Nous pouvons ainsi leur présenter des programmes résolument différents, tout en défendant la langue française.

F.-A. : Comment s’est constituée la grille de programmes de la chaîne ?
F. B. :
De façon relativement simple. Nous avions au départ une banque de programmes, fournie par nos chaînes partenaires, qui comprenait notamment de l’information, et que nous avons complétée par des programmes produits directement par TV5. Nous avons ainsi peu à peu progressé afin de devenir une véritable chaîne généraliste et indépendante. La crédibilité de TV5 repose d’ailleurs sur cette multilatéralité. Lors de la première guerre du Golfe, la chaîne
a connu une très forte audience car elle présentait une information, non pas française, mais complètement multilatérale. En 2003, lorsque la France s’est opposée aux États-Unis au sujet de la guerre en Irak, d’autres pays, comme le Canada par exemple, avaient également des positions différentes. L’information que nous avons montrée alors, si elle n’était pas entièrement neutre, avait au moins le mérite d’exposer l’ensemble des points de vue. Cette diversité des regards, c’est tout l’intérêt d’une chaîne comme TV5.

F.-A. : Mis à part l’information, quelle est la politique de programmes à TV5 ?
F. B. :
Notre but est de faire valoir la diversité des programmes francophones, que ce soit le jeu, le sport, le divertissement ou le cinéma. C’est une expression complète de l’ensemble du programme audiovisuel. Mais là encore, les différences jouent : le divertissement québécois n’est pas le même que le divertissement français ! Cela permet donc à nos téléspectateurs d’avoir une vision plus ouverte. Par ailleurs, TV5 se fait en quelque sorte l’ambassadeur
de la production francophone, en lui donnant les moyens d’être vue, mais aussi d’être achetée. Le cas de Fort Boyard est révélateur : sans TV5, jamais ce jeu n’aurait été décliné à travers le monde.

F.-A. : Quelles sont les nouveautés de la grille de programmes actuelle ?
F. B. :
D’abord, davantage de programmes jeunesse. Pour pérenniser la chaîne, il faut qu’elle s’adresse très tôt aux jeunes générations. Ensuite, un gros effort sur le cinéma. Notre public le réclamait, notamment aux États-Unis. Et les producteurs français se sont aperçus que TV5 pouvait être un bon moyen de diffuser leurs films à l’étranger. Nous avons donc ajouté une troisième case de cinéma, vite devenue très populaire, et proposons désormais des films de plus en plus récents. Nous tâchons aussi de permettre une meilleure connaissance
du cinéma francophone, par la diffusion de cycles, comme ceux récemment consacrés à Tati ou Louis de Funès, et par une présentation des films. C’est une mise en perspective qui me semble essentielle.

F.-A. : Quels sont les défis de la chaîne aujourd’hui ?
F. B. :
L’évolution du paysage télévisuel et des technologies impose aujourd’hui des investissements, que ce soit en termes de production, de distribution, ou de diffusion. Nous visons donc une amélioration de nos programmes, par la production propre ou la co-production avec nos partenaires, ainsi qu’un large
développement technologique, dans la haute définition ou dans les nouveaux
modes de diffusion – Internet et numérique terrestre notamment.

F.-A. : Cela pose la question budgétaire. L’avenir de TV5 passe-t-il, comme
il se murmure, par un rapprochement avec France 24, RFI et RFO ?
F. B. : Notre objectif est de pérenniser le financement de TV5. Aujourd’hui, notre budget est fixé chaque année selon les contributions des différents pays partenaires. Il est donc difficile de nous projeter vers l’avenir. Or, on voit bien aujourd’hui, avec les craintes actuelles de France Télévisions par exemple,
qu’une chaîne de télévision ne peut être pilotée à court terme. Alors, c’est vrai, des négociations sont en cours. Si ces projets de rapprochement peuvent conduire, en accord avec nos partenaires, à une meilleure lisibilité du financement de TV5, ce ne pourra être que positif.

La version papier du programme de TV5 est diffusée tous les quinze jours dans France-Amérique. On peut aussi le retrouver en ligne sur www.tv5.org

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