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Un bastion de la francophonie à Los Angeles

Niché au coeur du Lycée Français de Los Angeles, le théâtre Raymond Kabbaz met la langue française à l’honneur dans la majorité de ses spectacles. Après Olivia Ruiz, c’est au tour de Yael Naim de venir fouler les planches californiennes. Rencontre avec son directeur, Pierre Leloup.

Comment est né le théâtre Raymond Kabbaz ?

Le Lycée français de Los Angeles a été fondé en 1964. Dans ces années de grand changement social aux Etats-Unis, la Californie restait pourtant un état où il était interdit d’enseigner une langue étrangère. Raymond Kabbaz s’est donc battu pour faire changer la loi, grâce à une volonté de fer et à une véritable bataille juridique avec le gouvernement californien. C’est dire à quel point ce lieu est symbolique pour la défense de la culture francophone aux Etats-Unis ! Je suis rentré au lycée comme enseignant d’art dramatique et de musique il y a 23 ans. Très vite, avec monsieur Kabbaz, nous avons eu le désir de monter une pièce en français avec les autres enseignants. En 1992, nous montions la Cantatrice Chauve, dans un petit théâtre d’Hollywood. Le public a été immédiatement au rendez-vous, et demandé d’autres pièces. Nous avons donc continué, chaque année, face à une demande grandissante. En 1997, Raymond Kabbaz a décidé de créer un espace dédié entièrement à la culture francophone : le théâtre est né en 2000, sur le campus du lycée français. Il souhaitait que son théâtre soit une fenêtre sur la culture francophone et européenne, et non pas spécifiquement française. Un lieu de découverte pour le public, mais aussi un espace d’inspiration pour les élèves.

Quels sont vos partenaires francophones ?

Nous collaborons régulièrement avec le Québec, la Suisse, la Belgique, le Maroc…Nous venons de recevoir le comédien Hamadi, venu présenter” Papa est en voyage“, un très beau spectacle sur le thème de l’immigration, de l’exil, et de l’intégration. Cette francophonie est passionnante car elle englobe plusieurs histoires, plusieurs cultures.

La langue française est majoritaire dans votre programmation ?

Je découvre des artistes chaque année en allant dans plusieurs salons et conférences sur la côte ouest, à New York, au Québec, en Avignon. Si la langue française est prioritaire dans notre programmation, nous sommes surtout à la recherche de talents, d’où qu’ils viennent. Ecléctisme et pluridisciplinarité sont nos mots d’ordre ! Nous recevons des artistes français, comme Francis Cabrel, Olivia Ruiz, Yael Naim ou encore Patrick Timsit, mais aussi des courts-métrages suisses, de la musique populaire québécoise, un groupe de bluegrass venu d’Alaska, de la danse espagnole…L’important c’est le mélange, la rencontre, et susciter encore et encore la curiosité des spectateurs. Disons qu’un peu plus de la moitié des artistes programmés sont francophones.
D’autre part, nous suivons deux lignes directrices: le théâtre est autant un espace pour nos élèves que pour le public de Los Angeles. Pour les étudiants, nous organisons un spectacle jeune public avec des horaires aménagés le matin, et nous avons plusieurs clubs d’art dramatique. Les élèves montent des spectacles, et présentent une pièce chaque année. Et puis bien sûr, le théâtre accueille le public venu de l’extérieur.

Finalement, quel est votre public ?

Avec une telle programmation, nous avons finalement un public qui “bouge” beaucoup: américains francophones, européens, africains. C’est aussi un bon moyen de créer des habitudes chez un public qui ne connait pas bien la langue française. On vient assister à un spectacle de danse espagnole, et on est accueilli avec une coupe de champagne, et une communauté fidèle de francophones.
Le public n’est pas toujours là où on l’attend. Il y a quelque temps, un groupe folklorique québécois, Le Vent du Nord, est venu au théâtre. Nous pensions que cela n’intéresserait que les gens proches de la culture québécoise. En fait, on a rempli la salle avec un public majoritairement américain. Nous avions eu un article dans le Los Angeles Times et les places se sont vendues en deux ou trois jours. Les gens viennent parce qu’ils ont confiance et qu’ils sont fidèles au théâtre. Nous commencons aussi à être reconnu comme un espace culturel très dynamique de Los Angeles, et plusieurs radios américaines sont devenues nos partenaires.

Je ne devrais pas le dire, mais nous avons reçu récemment Olivia Ruiz que je ne connaissais pas quelque mois plus tôt. Je l’ai découverte lors d’un passage en France. Une amie m’a fait remarqué que j étais vraiment en décalage avec la culture française! C’est un peu le cas du public français de Los Angeles, ce décalage est réel, et c’est important d’être aussi un lieu de transition, de lien, avec la France. Il y avait de vrais fans, venus de San Diego ou de San Francisco, qui avaient fait parfois trois heures de route pour la voir, et d’autres, qui sont venus par curiosité et ont découvert une artiste qu’ils ont beaucoup aimé. Je suis heureux que le théâtre déclenche ces rencontres, et nous oeuvrons à ce que cela continue de plus belle !

Informations pratiques:

Théâtre Raymond Kabbaz : www.theatreraymondkabbaz.com

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