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Un cœur métis en bandoulière

Ayélé Locoh-Donou a quitté, sans regret, le monde de la finance et des fusions-acquisitions pour lancer, dans la banlieue de New York, sa marque de sacs haut de gamme, avec la volonté d’apporter au concept d’Ayélé Design la richesse de son héritage multiculturel.

La jeune femme qui s’emballe en parlant des élevages des veaux foulonnés, des tanneries françaises et des artisans italiens, avoue volontiers qu’il y a encore quatre ans lorsqu’est née l’idée d’Ayélé Design, elle n’y connaissait rien. Elle a découvert sur le tas que le cuir français était sans rival mais que pour faire fabriquer 50 pièces par modèle et non 1000, il fallait se tourner vers l’Italie où subsistaient quelques familles d’artisans « qui font un travail extra ».

L’ancienne avocate d’affaires qui occupait un poste de conseiller de l’administrateur pour l’Afrique à la Banque Mondiale, ne regrette pas un instant sa reconversion, dictée par la passion et les impératifs de la vie de famille. Elle s’occupe de la conception de sa nouvelle collection de sacs qui se décline autour du cuir, son matériau de choix, et supervise la production. « J’ai toujours aimé la mode, et en particulier le sac, un accessoire qui révèle le style et la personnalité de la femme », explique-t-elle dans sa maison de Larchmont, qui lui sert de base.

En tournant le dos à sa carrière, Ayélé a le sentiment d’élargir de nouveau un horizon qui depuis toujours ignore les frontières. Fille d’un architecte togolais, elle était adolescente lorsqu’elle a quitté l’Afrique pour la France d’où était originaire sa mère. « Cela a testé ma capacité d’adaptation, se souvient-elle. J’avais  grandi dans un pays pauvre et avec la conscience profonde que j’étais privilégiée. Cette chance, je ne pouvais pas la dilapider. Il fallait que j’explose… C’est pourquoi j’ai choisi de faire des études de droit, assurer une carrière. »

Des années plus tard et sur un autre continent, mariée à Rod, un Américain, et mère de trois enfants, ce sens de la responsabilité s’est encore renforcé. Car si la jeune femme a créé Ayélé Design comme une vitrine de son « sens de l’esthétisme métis »,  une partie des profits générés par les ventes de ses sacs sert à financer des programmes humanitaires. « J’ai compris lorsque j’ai travaillé pour la Banque Mondiale que l’aide au développement telle qu’elle existe aujourd’hui ne profite pas à l’économie locale. Je cherche à soutenir des projets d’entreprise au Togo qui bénéficient directement aux habitants. Nous avons sponsorisé par exemple une usine de transformation de noix de cajou qui emploie une centaine de personnes. »
Le genre de réussite qui, est persuadée Ayélé, constitue, au-delà de sa qualité,  la valeur ajoutée et inestimable de ses produits : « Bien sûr mes clients apprécient le luxe et en ont les moyens, explique-t-elle. Mais je leur offre l’opportunité de donner un sens à leur achat. »

Elle a baptisé sa deuxième collection Josephine, en hommage à Josephine Baker, la vedette noire américaine de Music Hall dont la vie multifacette la fascine. Sur les sacs, on retrouve des franges, un rappel des fameux costumes de l’artiste et des motifs géometriques évoquent la période art-déco des années trente. Une boucle inspirée de la bijouterie touareg habille chaque modèle, l’ultime touche réminiscente des racines africaines d’Ayélé.

Pour l’instant, son modèle d’entreprise est bâti sur les ventes privées, à New York et dans sa région bien sûr, mais aussi Londres ou Paris, une formule qu’elle juge plus que satisfaisante en attendant d’avoir les reins assez solides pour ouvrir une boutique en propre. « J’avais commencé des discussions pour distribuer des sacs dans de grands magasins, il y a un an, mais avec la crise, il y avait le risque de retrouver les sacs soldés à 80 % et donc de voir la marque dévalorisée », poursuit-elle. Les ventes privées ont aussi l’avantage de maintenir un rapport qualité-prix favorable à sa clientèle (nldr, entre $500 et $2000 pièce). »Et surtout Ayélé est heureuse de pouvoir ainsi accompagner sa collection, raconter son histoire… « Mes acheteuses deviennent alors mes meilleures ambassadrices. »

Infos pratiques :

Présentation de la collection Josephine jeudi 10 décembre de 18 h 30 à 20 h 30
Amaridian Gallery
31 Howard Street, NY.
Renseignements et invitations à info@ayeledesigns.com

www.ayeledesigns.com

 

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