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Un cow-boy français au rodéo de Houston

Le rodéo de Houston a débuté le 3 mars. Pendant plus de trois semaines, les cow-boys venus des quatre coins des États-Unis vont se mesurer. Parmi les participants, un Français, Yvan Jayne qui reprend le chemin de la compétition après une grave blessure au rodéo de Waco en octobre dernier. Seul Français champion de rodéo, il s’est installé avec sa femme Leslie dans un mobil-home à Huntsville au Texas. Depuis quelques mois, la mère du cow-boy les a rejoints au pays du western. Reportage sur les terres texanes d’Yvan Jayne.

Il y a plus de dix ans, Yvan Jayne a quitté le Sud de la France pour celui des États-Unis. Un vent méditerranéen souffle depuis sur le Texas. La famille Jayne est passée par là. « Tu es fada ? », lance Corinne Jayne à son fils pour plaisanter. Les expressions et l’accent marseillais règnent dans le ranch de la famille française. Avec le chant des cigales, l’odeur des pins, du romarin et du thym plantés dans le jardin, on se croirait presque dans le Sud de la France. « Il nous manque juste la mer », s’accordent à dire Yvan Jayne et sa mère. Le cow-boy français a quitté l’Hexagone à l’âge de 15 ans pour effectuer une année d’échange aux États-Unis. Depuis, il n’a plus quitté le Texas dont il est tombé amoureux.

Une histoire de famille

Durant ses deux premières années, il a vécu chez sa famille d’accueil texane qui l’avait sélectionné parmi les nombreuses candidatures. Un hasard ? Pas vraiment. « Dans mon dossier d’inscription, j’avais bien fait comprendre que j’étais intéressé par les chevaux et le rodéo », explique-t-il. Ce dimanche ensoleillé de novembre, Yvan Jayne, sa femme et sa mère ont rendez-vous pour le déjeuner chez le « père américain », Mark Rigby. « Je l’appelle papa. Il n’a jamais eu de fils et moi je n’ai jamais vraiment eu de père en France », confie le jeune homme. « Il me donne des conseils dans tous les domaines. Il m’a appris à faire du lasso, c’est un expert », ajoute-t-il. Comme un père, « il m’arrive de le disputer comme lorsqu’il a rentré mon camion contre un arbre », se souvient Mark Rigby, vétérinaire et professeur à l’université de Sam Houston.

Avec une mère doublure équestre et un père organisateur de shows équestre, Yvan Jayne a grandi dans un univers entouré de chevaux. « Pourtant, longtemps il ne s’est pas intéressé au cheval. Il trouvait que ça puait, que ça attirait les mouches et que ça faisait mal au derrière, » raconte, amusée, Corinne Jayne. « Lorsqu’il avait 14 ans, son père l’a emmené sur un rodéo en Italie où il a découvert une ambiance très américaine avec des drapeaux et de la musique country. Il était parti avec un jogging et des baskets, il est revenu avec une paire de santiag et un chapeau de cow-boy », se souvient-elle. Depuis ce jour-là, sa passion pour le rodéo l’accompagne au quotidien même jusque dans la cour de récréation. « Un soir, le directeur du lycée m’a appelé pour me demander si c’était normal que mon fils attrape les poubelles de l’école au lasso ! », raconte la mère du sportif français. Effectivement, pas facile d’être cow-boy à Marseille, d’où son exil volontaire sur la terre sainte du rodéo.

Entre arène et salle de cours

Dès son arrivée au Texas, Yvan Jayne a effectué des stages de rodéo de quelques jours. Pour le reste, il a appris tout seul en s’entraînant quotidiennement avec le cheval que son père américain lui a offert. De Calgary à Houston en passant par Cheyenne, il débute à 19 ans une carrière professionnelle en participant aux rodéos les plus prestigieux des États-Unis et du Canada. Sa spécialité : le « bareback » qui consiste à rester sur un cheval surexcité durant huit secondes tout en faisant une belle monte. Dans cette épreuve, il a remporté plusieurs prix dont le troisième meilleur score de l’histoire du rodéo soit 92 points sur 100 lors du rodéo de Killeen au Texas. Quand il n’est pas sur les routes à la recherche d’adrénaline, il se rend aux entraînements des jeunes cow-boys non loin de chez lui pour faire partager son expérience. « Ils me regardent avec admiration. Je me mets dans leur bottes et j’aurais aimé aussi qu’un champion vienne me conseiller », explique le jeune homme.

Les jeunes, il les côtoie aussi dans les salles de cours. Le matin, Yvan Jayne est professeur de français au lycée de Huntsville depuis 4 ans. « Ils savent ce que je fais mais ils ne sont pas au courant que j’en fais à haut niveau », pense-t-il. Après un sondage rapide dans la classe, tous savent que « c’est un champion de rodéo », répond une jeune fille. Outre un revenu régulier et l’amour de transmettre la langue de Molière, « ce métier me permet d’avoir une bonne assurance médicale », confie-t-il. Un aspect essentiel lorsque l’on sait que les blessures sont fréquentes et souvent sérieuses dans le rodéo. La dernière en date pour le cow-boy français remonte au 10 octobre 2008 lors du rodéo de Waco. « Ma main est sortie de la poignée alors que ça ne devait pas arriver, puis j’ai fait un saut périlleux arrière avant d’atterrir sur la tête », se souvient Yvan Jayne. Résultat : une greffe d’une vertèbre, une interdiction de montée à cheval pour quelques mois et une grosse frayeur pour la mère présente dans les gradins. « J’ai gardé mon zen mais au fond de moi j’étais démolie. J’ai rien laissé transparaître pour ne pas l’inquiéter lorsque j’ai vu les radios de son dos », raconte Corinne Jayne.

Yvan Jayne a profité de sa convalescence pour entamer un master en construction agricole à l’université de Sam Houston. « Il faut savoir protéger ses arrières. Je suis dans un sport qui ne rapporte pas des millions. Entre 30 et 35 ans, je n’arriverai plus à être compétitif, il faudra bien que je gagne ma vie autrement », souligne-t-il.

Pour le rodéo de Houston, cinq mois après la terrible chute et les difficultés de la rééducation, il se sent prêt à remonter en selle. Avec un peu d’anxiété tout de même : « Dans le rodéo, la peur est toujours présente mais tu apprends à la maîtriser. Cela fait plus de cinq mois que je ne suis pas monté à cheval à cause de ma blessure, j’appréhende ! » explique Yvan Jayne.

Il sera dans l’arène de Houston les 15, 16 et 17 mars prochains et semble bien décidé à aller encore plus loin : « Si je gagne ce rodéo, c’est une place assurée aux finales du rodéo de Las Vegas, celui qui permet de déterminer le champion du monde. »

Après plus dix ans passés au Texas, Yvan Jayne a été naturalisé sous le regard fier et émerveillé des deux femmes de sa vie. « Je n’ai pas attendu d’avoir ma nationalité pour me sentir américain », précise-t-il. Désormais, rien ne le distingue de ses amis cow-boys américains hormis peut-être son goût prononcé pour le pastis et son éternel accent marseillais.

Infos pratiques sur le rodéo de Houston :

www.hlsr.com

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