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Un débat présidentiel médiatique mais peu influent

Dans la soirée du mercredi 3 octobre aura lieu le premier des trois débats entre Barack Obama et Mitt Romney. Les thèmes abordés concerneront majoritairement l’économie, le système d’assurance santé, la rôle de l’Etat et la façon de gouverner. Evénement médiatique majeur de la campagne présidentielle, il ne devrait pourtant pas être à lui seul à l’origine d’un inversement des tendances.

Au lieu de fêter ses 20 ans de mariage avec Michelle Obama, le président fera face ce soir à l’ex-gouverneur républicain du Massachusetts. Le journaliste Jim Lehrer posera les questions et sera responsable de la modération. Si Barack Obama entend creuser un peu plus son avance dans les sondages, Mitt Romney espère donner une impulsion déterminante après plusieurs semaines difficiles de campagne et la diffusion de la vidéo dite des “47 % de victimes dépendantes de l’Etat”. Le rebond de popularité suite au choix du colistier, Paul Ryan, ou dans le sillage de la convention républicaine de Tampa en août dernier, se fait toujours attendre dans le camp républicain.

Mitt Romney a participé à 36 débats dans le cadre des deux primaires du Parti républicain lors des quatre dernières années. En 2012, il est apparu comme un candidat plus modéré que ses concurrents et le mieux à même de défier le président. Le débat présidentiel est un nouveau défi car il doit lui permettre de convaincre des électeurs indépendants sans s’annihiler la base radicale. Barack Obama est considéré comme meilleur orateur que débatteur, plus à son aise dans les discours que dans les échanges animés. En 2008, ses interventions avaient pourtant été jugées meilleures que celles de son concurrent John McCain.

Le premier débat est généralement celui qui attire le plus d’audience. 52 millions de téléspectateurs avaient regardé le premier face à face en 2008. L’enjeu est de convaincre les électeurs indécis, particulièrement dans les “swing states” ou états bascules.  L’influence de cet événement médiatique sur les sondages et le résultat des élections reste cependant très contestée.

Débat télévisé et perceptions des candidats

En 2004, un groupe de chercheurs réunis autour de la professeur de sciences politiques Kim Fridkin à l’Université d’Arizona State a mené une étude afin d’étudier l’effet des réactions médiatiques immédiates sur la formation de l’opinion, pour savoir qui des deux candidats, George W. Bush ou John Kerry, avait “gagné”. Le débat seul fut projeté à un premier échantillon de téléspectateurs. Un autre groupe a assisté aux échanges des candidats puis à 20 minutes de commentaires post-débat de la chaîne NBC. Un troisième groupe a suivi le débat puis 20 minutes d’antenne sur CNN.

Le nom du vainqueur diffère en fonction de l’accès aux sources d’informations après ledit débat. Ceux qui ont uniquement regardé le débat considèrent Kerry comme le vainqueur, comme ceux qui ont écouté les commentaires de NBC. Quant à ceux qui ont suivi les informations post-débat de CNN, ils pensent que Bush a remporté la manche.

Fridkin conclut que l’impact des messages politiques des deux candidats est souvent altéré par les analyses immédiates des médias. Le format a aussi son importance. En 1960 déjà, les sondages montraient que ceux qui avaient suivi le débat à la radio pensaient que Richard Nixon avait été le meilleur, alors que ceux qui avaient regardé la télévision avait découvert l’image d’un vice-président sortant en difficulté, mal à l’aise avec le format et transpirant sous les projecteurs. Ils jugeaient majoritairement que Kennedy sortait vainqueur du débat.

Une étude de Tom Holbrook, professeur de sciences politiques à l’université du Wisconsin, montre que les débats télévisés ne modifient pas en profondeur les intentions de votes. Parmi les 16 débats analysés, les soutiens envers l’un ou l’autre des candidats n’évoluent en moyenne que de 1%. Les perceptions des deux candidats peuvent cependant évoluer à la marge à la suite des débats. Ce fut le cas en 1992 pour George H. W. Bush, qui eu la mauvaise idée de regarder sa montre alors qu’il était à l’écran. L’étude d’Holbrook est consultable sur le site politics-by-the-numbers.blogspot.com.

Le débat du jour, d’une durée de 90 minutes, débute à partir de 19h00, heure de Denver et peut être suivi en ligne sur le site dédié : http://www.youtube.com/politics. La semaine prochaine, jeudi 11 octobre, le vice-président Joe Biden et le candidat à la vice-présidence Paul Ryan échangeront dans le cadre de leur propre débat télévisé.

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